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Black Shape of Nexus, groupe teuton de Mannheim qui arbore un superbe bison impassible et puissant, nous livre d’emblée des ambiances sombres dotées de tempos lents, très lents, ainsi que des basses fréquences. Vous l’aurez vite compris: ce jeune groupe formé en 2005, évolue dans les marécages du doom.
Récente démo sortie en auto-prod, les 4 chansons arborent des titres évidents: 1, 2, 3 et 4. Faisons simple, il n’y a de toute façon pas de paroles. La démo comprend des plages oscillant entre 10 et 20 minutes dans des séquences répétitives. Elle ne révèle de réelles nuances qu’à partir du 2e morceau, c’est-à-dire après plus de 25 minutes d’écoute attentive. Pas facile de prime abord mais intéressant par la suite. Black Shape of Nexus prouve qu’il peut utiliser les larsens des grattes à son avantage lorsque les down-tempos et la proximité certaine de l’ampli ne permettent plus d’éviter le feedback.
Si le caractère hypnotique et répétitif du style est bien connu des amateurs du genre, l’absence de vocalises ne facilite vraiment pas l’écoute. Néanmoins, il faut noter que la 3e plage nous réserve la surprise d’alterner des passages doom avec des envois plus “pleins” et plus groovy. Et la 4e plage nous gâte avec des larsens et autres bruitages similaires qui m’ont l’air sorti tout droit d’une machine plutôt que d’un instrument, le quintet comprenant un maître ès électronique en son sein.
D’emblée, on pense à Reverend Bizarre dans les intros et Saint Vitus pour la suite. Ces groupes sont cités purement comme influences ressenties et ne visent pas à taxer les musicos de plagiaires.
Enfin, chose importante, le mix de cette auto-prod est très correct, voire même tout simplement bon. Il convient donc de tenir à l’œil nos amis allemands.
Site du groupe:
www.myspace.com/sadhusonofabitch
Thib
(2006)
Déjà présent dans ces pages avec la sortie de ‘Backbone’ l’an passé, le quatuor scandinave n’a pas laissé beaucoup d’eau s’écouler dans son fjord avant de reprendre le chemin des studios nordiques en janvier dernier dans la même formation.
S’ouvrant sur ‘Beelzebuth’, morceau aux relents terriblement seventies dont les parties vocales font immédiatement penser à Ozzy du temps où il était autre chose qu’un guignol qui amuse les ados boutonneux devant leur télé, ce quatre-titre se détache un peu du punk’n’roll scandinave pour s’approcher de formation dans la veine des teutons de Red Aim. ‘Flames Of Molock’ persiste dans le même registre avec la même intensité vraiment heavy et un cri d’intro qui rappellera au plus vieux d’entre nous les grandes heures de gloire du heavy metal des eighties. On change un peu de registre avec ‘Giant’ et sa ligne de basse vrombissante dont le tempo est un peu moins pied au plancher que les deux premiers titres comme pour laisser l’auditeur reprendre son souffle avant ‘Stagnant’ titre plus branché fuzz qui laisse presque une impression d’inachevé à cette seconde production qui devrait ravir les nostalgiques de l’époque où le Madman officiait dans Black Sabbath.
Contact:
www.thehearsemen.com
www.myspace.com/thehearsemenfromsweden
chris
(2008)
Il y a encore de ces petites plaques auto-prod qui peuvent vous filer la chair de poule et c’est bien le cas avec la petite dernière – ou plutôt la première démo – de Ramon Zarate. 4 titres plus arrachés les uns que les autres pour vous faire comprendre que ces 4 Liégeois (Belgique) sont capables de mettre la zone dans un ensemble super cohérent que je vais essayer de vous décrire en quelques lignes.
D’abord 2 bonnes couches de grattes bien épaisses et visqueuses à souhaits qui, une fois répandues, résisteront à tous les détachants même en faisant bouillir. Et puis cette basse bien pleine qui vous ajoute de la rondeur dans ce monde de brutes où un batteur au jeu détonant et formidable fait montre d’une parfaite maîtrise des grooves, contre-temps et roulements 100% rock’n roll. Le tout est surplombé par une voix rappelant un poids lourd des 90’s en la personne de Tad Doyle.
4 morceaux seulement et pourtant un palette musicale assez large où la 1ère plage bien stoner laisse ensuite la place, en ouverture de la 2e chanson, à un riff bien grungy cher au géant susnommé du groupe éponyme TAD. Là on commence à se détendre sur le cuir d’une superbe Dodge Superbee et il n’y a plus qu’à se prendre la 3e claque qui tente une subtile aventure dans un environnement doom parfois à limite du sludge. Que du bon, que du bon, pour aboutir enfin sur une puissante note finale et 4e tuerie en guise d’épilogue.
Le groupe utilise peu de gratte solo et le fait parcimonieusement plutôt au profit d’atmosphères moites et inquiétantes. On sent que les mecs ont de la bouteille et la rage en ventre. S’ils savent utiliser la côté crade du son à leur avantage, il faut cependant faire remarquer que le mix de cette démo faite maison est de très très bonne facture. A ce sujet, ne vous fiez pas au son compressé et aseptisé de my space et procurez-vous la démo pour quelques dollars. J’en veux pour preuve le caractère net et percutant du son de la batterie (et l’excellent batteur avant tout évidemment) sur la démo.
Bref, 4 garçons à contre-vent qui ne décrocheront pas la Star’ac (tant mieux) mais qui ne demandent qu’à être produits par un label soucieux de la musique avant le look. Une toute belle découverte!
Contact:
www.myspace.com/ramonzarateband
Thib
(2009)
Ne lésinant pas sur les moyens, la formation originaire de Tarbes nous gratifie d’un premier effort livré dans un écrain de grande classe mondiale. Comme bien souvent dans l’univers merveilleux du stoner, la créativité est à l’ordre du jour non seulement en ce qui concerne la partie musicale, mais aussi la conception de la pochette. Proposé dans un cartonné très rigide au format quarante-cinq tours et accompagné d’un encart – sur lequel je vais revenir – en noir et blanc, le cd est packagé à la manière des bons vieux vinyls pirates que les plus anciens d’entre nous croisaient chez leurs bouchers préférés avant que le numérique parte à l’assaut du foyer de la ménagère du vingtième siècle.
Le fameux flyer – dont j’ai parlé plus haut pour ceux qui suivent – est un disclaimer rédigé par un groupe qui n’a pas les moyens de se battre contre la machine commerciale et qui s’est retrouvé contraint à passer l’ensemble des samples à l’envers pour être épargné par les fameux droits d’auteurs qui lui auraient coûté grosso modo un euro par sample pour chaque pièce pressée. Les extraits que nous proposent Jojo (basse, clavier et chant), Niko (guitare et chant), Denis (clavier et chant), Filip (chant et ordinateurs), Julien (uniquement batterie) et Yann (qu’à la six-cordes) sont de cours dialogues et déclarations qui, passées à l’envers sont inintelligibles car aussi claire que de l’hébreu parlé par un Leton zozotant qui a une patate bien chaude dans la bouche et le nez bouché à cause de la grippe AH1N1 (en gros j’y pige que dalle !). Qu’à cela ne tienne – même si le type qui essaie de communiquer avec moi aurait plus de chance à se faire comprendre en klingon – l’univers musical de Dispenser The Dispenser demeure une extraordinaire invitation aux voyages interstellaires et ça passe plutôt bien mon garçon !
Autoreverse – qui tire donc son nom de l’exercice de style auquel le groupe s’est plié pour ceux qui suivent, les autres, j’ai leurs noms – a été enregistré l’année passée par ces jeunes gens au fur et à mesure de l’avancement de leurs morceaux et mixé durant de longs mois par Teteban. Cette autoproduction est composée de onze plages originales qui s’étale sur près de trois quarts d’heure.
Sur le plan musical, outre la singularité apportée par les samples inversés, la formation me fait tour à tour penser à Nebula, aux Eagles Of Death Metal ou à Sheavy avec une petite touche de Jesu ou de Knut pour les nappes synthétiques qui se déploient le long de certaines plages. Selon la stratégie ébauchée par ces types pour s’attaquer à nos conduits auditifs, on verse dans les tempi rapides assénés à grands coups de riffs saturés comme sur la bombe ‘The End Of The Rainbow’ durant laquelle les claps viennent conforter l’ambiance frénétique ou dans le planant ‘Eat The Lips’ qui semble parvenu directement de la planète opiacée. Alliant soigneusement l’aspect urgent des compos et la touche apaisante, ‘Karl’ est à la fois un compromis intelligent, un exemple concis de ce que pratique Dispenser The Dispenser et mon titre préféré.
Comme ces garnements se produisent régulièrement sur scène, je ne saurai que trop vous encourager à aller les supporter car ils le méritent.
Contact:
www.myspace.com/dispenserthedispenser
chris
(2006)
Alors que l’exercice incontournable de la demo représente pour la majorité des groupes un tâtonnement dans la tentative de définir un style et un son propre, offrant à l’auditeur une série de pistes intéressantes (ou moins intéressantes) qui mériteront d’être développées par la suite, d’autres groupes, beaucoup plus rares, débarquent d’emblée avec un travail dont l’aboutissement et la maturité ne laissent planer aucun doute sur le potentiel dont ils disposent. C’est très clairement le cas de Paranaut.
Originaire de Portland, Oregon, ce trio à la biographie classique faite de rencontres fortuites, d’une volonté de créer une musique intense et originale et de tournées intensives dans les clubs locaux a sorti voici presque un an cet album auto-produit dont les qualités ne cessent de m’impressionner. Par son côté oppressant et mélancolique, on serait de prime abord tenté de classer « The Hills Fell Silent » au rayon Doom, terme que se révèle rapidement trop étriqué pour définir la richesse et la complexité des huit morceaux ispirés d’une de leur montagne locale qui s’étirent sur plus de 70 minutes et nécessitent une série d’écoutes attentives pour être totalement assimilés. Imaginez Neurosis en beaucoup plus lourd et moins calculateur, délaissant les développements hyper travaillés au profit de jams parfois bruitistes et souvent hallucinées et vous aurez une vague idée de la manière dont sonne ce groupe difficilement comparable. Ici, pas de structures alambiquées ou de riffs complexes, simplement une suite de titres propres à développer des climax à base de guitares sous-accordées, de vocaux principalement gutturaux pourtant propices à réconcilier tous les allergiques à ce style tant décrié et d’un batteur phénoménal adepte des roulements en tous genres qui contribuent un peu plus à brouiller les pistes. Capable d’inclure des passages d’une légèreté et d’une beauté sombre rehaussée par la présence de claviers triturés dans tous les sens ou d’utiliser un accordéon le temps d’une intro qui soudain les fait sonner comme The Black Heart Procession, ces trois-là ne ménagent pas leurs efforts pour nous déstabiliser et nous happer dans un tourbillon d’émotions contradictoires dont on ressort décontenancés. Après trois titres plus abordables dont un « Derelict Years » ultra heavy qui ravira les fans de High on Fire, les morceaux s’affranchissent des structures classiques et évoluent au gré d’une inspiration sans limites, frôlant parfois le drone, combinant des rythmiques presque tribales et des riffs d’une profondeur abyssale avant de rebondir sur des passages mélodiques où vient parfois pointer un piano, comme c’est le cas sur « … and They Have Fallen » sur lequel il apporte un contrepoint surprenant et introduit une deuxième partie beaucoup plus apaisée, avec comme seul fil conducteur une tension permanente sous-jacente à tout l’album dont il s’avère très difficile de décrocher. Que ce soit sur les titres plus courts ou sur ceux qui dépassent allègrement les dix minutes, on ne décèle jamais aucune longueur ou la moindre tentative de remplissage malgré la propension du guitariste à partir dans des délires incontrôlés pendant que les deux autres continuent à tracer droit devant eux, imperturbables, offrant à notre équilibriste l’occasion de toujours retomber sur ses pieds. Ceci s’illustre parfaitement dans « Maelstrom of Heart », titre massif d’une noirceur oppressante qui parvient à captiver tout au long de ses 15 minutes en s’appuyant sur une seule idée, la guitare laissant la place à un clavier poussé dans ses derniers retranchements pour un solo, si on peut utiliser ce terme pour définir cette succession de bruits, que même les fans de SunnO))) qui en connaissent un rayon niveau bizarreries ne devraient pas trouver inintéressants.
Paranaut, retenez bien ce nom, vous en entendrez reparler prochainement, c’est une évidence.
Contact :
www.myspace.com/Paranaut
Jihem
(2008)
2e plaque pour notre combo noisy/sludge liégeois et toujours pas de label pour signer ce formidable groupe. Il faut dire que le quatuor ne donne pas dans l’easy listening. Si le prédécesseur Lungville nous révélait un chaos ambiant et une exploration de la noirceur de l’âme humaine, on ne bascule pas de l’autre côté de la force pour autant avec The Clever.
La batterie se révèle toujours d’une précision millimétrique et alterne avec brio les déchaînements soniques et les breaks tamisés. La gratte et la basse ne fonctionnent que très rarement à l’unisson et se révèlent de redoutables complices dans les dissonances maîtrisées. Et cette voix criarde et rageuse mais également teintée de désespoir s’aventure sans plagiat dans les délires vocaux de Tom Waits sur l’album Bone Machine. Mais dans cette description somme toute décousue, on distingue dans leur musique un univers très personnel où le groupe dévoile maintenant toute son imagination et surtout impose sa vision des choses.
Dans ce monde de chaos, la surface musicale audible n’est que la croûte – peut-être disgracieuse et repoussante de prime abord – qu’il faut percer pour y discerner les subtilités magnifiques et profondes des ambiances. D’ailleurs, Ultraphallus a plus d’un créateur d’ambiances et d’un bourreau des atmosphères qu’un simple groupe avec des chansons. On ne peut dès lors s’empêcher de penser que leurs humeurs troubles ne se limitent pas à une simple lecture au laser ou à la noirceur d’un vinyle. Bien au contraire, leur rayon d’action devient un spectre dantesque que l’on mariera volontiers au 7e art essayiste ou encore aux techniques scripturales et graphiques peu communes. A l’écoute de cette plaque et après une simple visite sur leur site, on comprend aisément que les musiciens se révèlent être des explorateurs plutôt que de simples instrumentistes. Le trip n’en est que plus intéressant.
Ultraphallus nous délivre ici un 2e crû de toute beauté et se taille une place de maître dans un style peu reconnu. Que leur manque-t-il? Ah oui, un label please…
Contact:
www.ultraphallus.be
www.myspace.com/ultraphallus
Thib
(2009)
Je vous avais déjà parlé de Roadfever, le quatuor genevois aux vocaux féminins qui balance avec panache un rock ripoliné puisant ses influences dans le bon gros rock pratiqué par des formations étasuniennes et qui a un rendu fort agréable s’approchant de formations comme les barbus de ZZ Top, les néos rockers psychédélique seventies de Black Crowes ou les bikers de la bande Zakk Wylde. J’avais d’ailleurs chroniqué le premier jet dans ces pages et mon cœur s’envole à l’écoute de ce premier album qui bien qu’étant autoproduit à tout le potentiel de certaines sorties ‘labellisées’ voir plus encore !
Au niveau de l’artwork la formation s’est bien lâchée avec un skull marqué du chiffre treize et des illustrations sur lesquelles le quatuor pose devant des bolides US. Très cohérent et soigné, l’écrin de ce premier réel cd témoigne du professionnalisme qui anime cette bande de plus tout-à-fait jeunes. Le livret de douze pages propose aussi les paroles des onze plages composées par David et Manou ce qui demeure assez rare dans le(s) style(s) qui nous fédère(nt) ici.
En ce qui concerne la musique, les titres proposés ici sont exactement identiques à ceux qui étaient alignés sur la première démo, mais dans un ordre différent et surtout sous une nouvelle forme. La production assurée par le guitariste chevelu du groupe présente ses compositions sous un angle nouveau et plus abouti. Le lifting opéré sur les plages leur a fait gagné en puissance sans toutefois versé dans les plans bourrins ; Roadfever reste Roadfever. Le côté un peu aigu et métallique de la première ébauche qui n’avait pas été réalisé dans de pareilles conditions appartient au passé. Ripolinés presque à l’extrême, les titres sont plus profonds et aussi plus lourds. Les guitares ont été queqlue peu bridées et les backings ont été renforcés en testostérone. Pour le reste, la qualité d’écriture demeure intacte et la formation demeure fidèle à son style : le rock’n’roll pur jus sous perfusion directe du Pays de l’Oncle Sam !
‘Wheels On Fire’ qui ouvre désormais les hostilités demeure mon titre préféré parmi les plages que proposent ces quatre personnages au look fort proche de la Black Label Society. Je souhaite le meilleur à ces musiciens talentueux qui vont foutre la fièvre sur la route lors de leurs prochaines prestations devant le public de Romandie ou d’ailleurs…
Contact:
www.roadfever.ch
chris
(2007)
N’ayant d’autoprod que l’absence actuelle de label sortant cette plaque, cette production est le premier forfait de ce jeune groupe allemand originaire de la région de Nürnberg. Ce premier jet d’une qualité époustouflante est un appel du pied appuyé aux structures traitant le style musical que nous affectionnons sur ce site. Vu les qualités évidentes de cette galette, il y a fort à parier que nous retrouverons ces lascars ultérieurement dans d’autres sections de ces pages virtuelles et partout dans l’univers.
Le quatuor, qui évolue dans une configuration rock très standard, s’articule autour de Christian Bauriedel à la guitare ainsi qu’aux voix, de Philip Niebisch à la basse, de Markus Simbürger à la seconde guitare et de Kai Wochele derrière les fûts. Intégralement constitué de compositions maison, ce skeud a été enregistré par le groupe lui-même en avril deux-mille-six pour ce qui est des instruments. Les parties vocales ont été mises en boîte l’été suivant au Insect Sauna Studio ; le mastering et le mix final est à mettre au crédit du groupe aussi, de son second guitariste pour être précis.
L’évolution des techniques d’enregistrement ainsi que les prix pratiqués actuellement pour le matériel permet à ce groupe de sortir aujourd’hui un disque de qualité professionnelle dans un registre que le groupe décrit comme un mix de musique psychédélique de la fin des seventies et de stoner rock moderne avec des influences blues.
De fait nous avons affaire à des garnements qui nous gratifient d’un premier effort de plus d’une heure dans un trend qui devrait faire mouche auprès des inconditionnels de formations comme Los Natas, Elephantum ou Colour Haze avec une touche progressive sur certains des quatorze titres ici proposés. Les choses démarrent très sérieusement avec ‘Another Night’ et son gros son biens stoner et ses variations de tempi. On enchaîne avec ‘Flüsterasphalt’ plus lent et lancinant qui tourne durant plus de trois minutes et s’avère une totale réussite.
On attaque dans l’aérien pour ‘Restelssness’ qui transpire ses influences seventies par tous les pores. Après une petite minute de slide intitulée ‘Secretly’ qui s’insère bien à l’ensemble, on passe à l’amphigourique ‘The Brain That Does Not Fit’ qui s’étale sur plus de douze minutes en zappant plusieurs influences qui vont du folk au fuzz en passant par des plans très psychédéliques ; certes très bien mis en forme, ce morceau m’a laissé un peu froid en regard de ce que la formation nous propose. Passons à la prochaine : ‘El Bigote De La Bestia’ attaque bille en tête dans un créneau psyché avec des sonorités très garage avant de virer de bord pour se perdre dans un bon vieux rock proche des Beach Boys puis une transition dépressive qui fait le lien avec un retour au style utilisé au début. Ca semble un peu tordu comme ça, mais ça s’écoute plutôt agréablement.
Le titre éponyme débarque avec force artifices estampillés désert qui le rapproche de Monkey 3 avec les chants en plus. C’est donc une réussite ! The Drowning Symphony – la partie conceptuelle de l’album – débute pour quatre morceaux qui sont à mon sens les meilleurs de ce cd dont je suis déjà un inconditionnel. En amuse-bouche instrumental : ‘Incapable’ et ses relents désertique qui mettent bien en scène des guitares intergalactiques ; l’entrée c’est ‘Glory Ages’ qui lorgne vers le rock progressif bien saccadé ; le plat de résistance c’est le lancinant ‘Listlessness’ et ses incursions de piano bien senties qui flirte presque avec Nick Cave ; le dessert ‘Drunken Lens’ renoue avec les grosses guitares saturées et les martèlements frénétiques.
La dernière plage à m’envoûter avant le barré et éphémère ‘Astray’ ainsi que le nettement plus barré et interminable ‘Schlummerfuntion’ c’est l’instrumental ‘Tiredness’ qui évolue calmement tout en douceur et de manière unplugged.
Bon ben je vais m’arrêter là, mettre en veille ma pomme, éteindre la lumière, mettre le loudness à fond et pousser le volume dans des niveaux totalement indécents pour me perdre dans cet univers cosmique et presque jouissif.
Contact:
www.underbrooklynpalms.de
www.myspace.com/underbrooklynpalms
chris
(2006)
Ultraphallus, c’est avant tout un quatuor liégeois (Belgique) qui évolue dans les eaux troubles du sludge. La première référence qui peut surgir à leur écoute est surtout à rechercher du côté des Melvins. Mais ils serait beaucoup trop simpliste et réducteur de résumer ce groupe à une telle comparaison avec les givrés d’Outre-Atlantique.
A dire vrai, la première référence qui m’est venue à l’esprit à l’écoute de leur musique est d’ordre littéraire: le sublimissime et douloureux Voyage au Bout de la Nuit de Céline. Les 4 mecs revendiquent la noirceur de l’âme humaine et son exploration. Et bien une telle expédition est franchement réussie. C’est moite comme un mauvais trip en terres africaines pendant la période coloniale. C’est effrayant et glacé comme une matinée d’hiver dans les tranchées de la Somme juste avant de servir de chair à canon lors de l’assaut final. On retrouve aussi ce genre de road movie terrifiant et ces ambiances glauques dans Apocalypse Now de Coppola pour le 7e art, qui s’inspira d’ailleurs du Coeur des Ténèbres de Joseph Conrad.
Mais trêve de littérature et de cinéma. Ici, il s’agit bien de musique. La guitare est lourde et compressée à souhaits avec une basse qui n’hésite pas à pousser la disto dans des structures complexes et des riffs non conventionnels. Ne comptez pas sur la voix pour vous rassurer dans cet univers de noirceur! Seule la batterie rythme le tout d’une frappe limpide et assurée, tel un télégraphe savamment maîtrisé après des années de pratique.
Ce premier album intitulé Lungville fait suite à la démo U1 sortie en novembre 2004. La première plage est un crescendo chaotique où le seul point de repaire est le tempo rigide du charleston. Une voix inquiétante point doucement à travers le spectre sonore pour aboutir en un cri long et douloureux. La 2e plage nous rassure par sa première apparence de rectitude mais c’est pour mieux tromper l’auditeur. Il faut peu de temps aux musiciens pour dévier dans des mid-tempos tortueux aux riffs à rallonge. L’approche rythmique de la 6ème plage me laisse pantois tant cela semble chaotique mais ô combien structuré et magnifiquement interprété. Je vous laisse le soin de découvrir cette perle sans donner une description de chaque plage.
Côté design, on distingue une pointe d’ironie (ou de lucidité) avec ce style façon Belle Epoque, qui fut d’ailleurs le prélude à 2 cataclysmes planétaires entrecoupés d’une période d’instabilité notoire et de profonde dépression. Une manière bien appropriée pour annoncer la tempête…
Décidément, Ultraphallus est un groupe qui connaît très bien son sujet et digresse volontiers tant avec ses instruments qu’avec les images sombres de la vie qu’il véhicule avec brio et sincérité. A suivre sans le moindre doute.
Contact:
www.ultraphallus.be
www.myspace.com/ultraphallus
Thib
(2006)
Ca nous vient de Corinthe mais ce n’est pas du raisin. Logés pas loin d’Athènes, nos 4 apollons (voir photo ci-dessus) nous livrent leur version du stoner via cet EP auto-produit sorti en novembre 2006. Cette petite galette hellénique compte 5 titres.
D’entrée de jeu, on remarque un bon sens du groove et un penchant certain pour les mid-tempos et les riffs léchés au point où la tendinite en devient impensable. Des graves, des graves et encore des graves, on ressent l’aridité des pleines grecques sous un cagnard de mille feux. Les hommages au Sab sont omniprésents avec, notamment, une flopée de contre-temps marqués à l’unisson par les musicos. Les morceaux sont d’assez bonne facture et la voix dessert bien les riffs, même si le mix devrait la mettre plus en avant dans des vocalises plus enlevées.
Là où ça pèche un peu, c’est au niveau de la prod et du mix de la batterie. La grosse caisse et le charley sont absents et la caisse claire doit avoir été troquée contre un tonneau de Dash pour sonner aussi faiblarde. Le cogneur n’assure en plus que le minimum syndical, ce qui n’aide pas. Quelques fautes de goûts à la grosse caisse et on tire une moue quelque peu mitigée. Ok, c’est une auto-prod et on sera moins sévère avec eux qu’avec les nantis produits. Néanmoins, c’est vraiment dommage de ne pas avoir plus de patate même à un haut niveau sonore. Bon, il faudra sérieusement mettre la pression sur les fûts!
C’est quand même sur une note positive que je vais terminer cette chro en vous disant que, même si la section rythmique et le couple prod/mix peuvent laisser l’auditeur dubitatif, c’est avant tout sur scène qu’il faudra juger ce groupe qui, avec un son plein, doit certainement mieux envoyer le bois.
Contact:
www.myspace.com/1000mods
Thib
(2007)
Deux ans après la sortie de la première démo en duo, le quatuor français est de retour avec un live qui nous fera patienter jusqu’à la sortie, en janvier deux-mille-huit, de son premier album.
Grand amateur d’exercice live, j’engage cette plaque dans mon lecteur pour découvrir une production dont les titres sont issus de trois sessions différentes et s’étalent sur près d’une heure. On attaque avec la parie burnée de la chose capturée à Paris au TNT. Ce live électrique et agité n’est pas exempt de reproches au niveau technique, mais il a un rendu brut qui me plaît bien car les productions en public entièrement rééditées en studio et ripolinées à l’extrême manque de tout ce qui rend intéressant ce type de sorties…
Les six titres issus de ce concert sont tirés du registre ‘guerrier’ de la formation hexagonale à l’exception de ‘The Cathodic Way Of Life’ dont le rendu est proche d’Alice In Chains version ‘SAP’ ou ‘Jar Of Flies’. Ca attaque bien, la rythmique est entraînante et les grattes saturées font bien le job. Les morceaux de la première prod ont gagné en maturité et les parties vocales sont plus assurées. Les injonctions au public présent ce jour-là rythment bien cette partie du disque.
Le chapitre acoustique enregistré lors d’une session sur La Grosse Radio débute avec ‘The Cathodic Way Of Live’ que l’on retrouve pour la seconde fois ici et qui est une grosse bombe même si cette version n’est pas exempte de reproches. Les deux plages qui l’accompagnent sont déjà présentes sur la première démo et sur la partie plugged de cette sortie, rien de nouveau sous le soleil donc, mais une nouvelle interprétation apaisée loin d’être dégueu. On termine cette page de l’histoire d’Alcohsonic avec ‘Big City Life’ – qu’on trouve trois fois sur cette prod et une fois sur la première autoprod – dans la version video du titre. Plus peaufinée et mieux produite, cette chanson nous donne un bon aperçu de ce que pourrait être le long format à venir l’an prochain.
Contact:
www.myspace.com/alcohsonic
www.alcohsonic.net
Chris
(2007)
En direct de Stockholm, nous 4 gaillards nous distillent un stoner chaleureux et groovy made in Sweden. Pas vraiment un modèle d’originalité puisqu’on reconnaît tout de suite la “Swedish stoner touch” à la manière de Dozer et Astroqueen sans oublier Asteroid.
Mais bon, il n’y a pas à dire, tout est en place: le batteur pilonne grave, le bassiste soutient le groove de base tandis que le gratteux fait parler la fuzz bien baveuse et que le chanteur évolue entre le cri et chant où la dernière syllabe de chaque phrase est bien allongée. Le son est très bon bien que sans la moindre surprise. Le set au plan technique semble parfaitement maîtrisé. Quelques changements de tempo dans les morceaux laissent entrevoir un groupe rôdé qui doit certainement foutre le souk sur scène.
Si le design de l’album autoprod est très sobre et appréciable, celui du site montre encore combien ce groupe appartient à la scène stoner suédoise. Je laisserai le soin au lecteur de se faire son idée à ce sujet en visitant les liens ci-dessous.
Cette plaque contient 7 morceaux qui tiennent la route mais on attend d’un tel groupe confirmé au plan technique une plus grande diversité dans sa palette sonore et dans les structures de ses compos, tout cela afin de s’extraire du carcan décrit un peu plus haut. Ponamero Sundown possède un bon potentiel que les musiciens doivent encore exploiter. Ce groupe mérite d’être suivi.
Sites du groupe:
www.myspace.com/ponamerosundown
www.ponamerosundown.com
Thib
(2007)
Encore un grand mystère du stoner pour ce groupe anciennement connu sous le nom de 18 Speed Tranny et tout récemment rebaptisé Analog Machine: après 3 plaques auto-produites sous leur ancien sobriquet, le groupe n’a toujours pas trouvé chaussure à son pied en matière de labels et se doit de produire de sa propre poche cette démo 4 titres.
Je ne peux m’empêcher de ma gratter la tête à l’écoute de leur travail passé et surtout à l’écoute de cette démo d’excellente facture: que faut-il faire auprès des labels pour qu’ils signent cet excellent groupe? Analog Machine est loin d’être le seul groupe dans le cas. On dirait que leur ville d’origine, Chicago, est un terrain de prédilection quant à l’occurrence de tels non-sens… Affaire à suivre…
Bon, la démo maintenant! D’excellente facture, même en auto-prod, elle nous révèle un côté plus direct et plus engagé du groupe. Tout y est très bien en place jusqu’aux bridges remplis de wah-wah. Les riffs sortent de la forge à chaud et sont ciselés façon heavy tandis que la batteur pilonne non pas l’enclume mais les fûts de main de maître en toute complicité avec le bassiste. La voix teintée de delay y trouve une place de premier choix et nous offre de sympathiques plongées dans les 80’s en évitant soigneusement les plans puffés, criards, kitsch et hautains.
Sur un départ à la Black Sab période Volume IV, nos amis entament leur parcours et bifurquent ensuite vers de gros riffs bien heavy que Monster Magnet ne renierait pas. Une section rythmique infaillible soutient pleinement l’édifice. Pas besoin de speeder, les mid-tempos font gagner de la puissance. La gratte dessert superbement les bridges avec des soli intégrant des éléments rythmiques (comprenez par là que le gratteux peut balancer un accord à l’octave plutôt que de jouer les guitar hero à tout-va).
Je suis bien conscient que l’industrie du CD souffre mais je ne comprends toujours pas: si ça continue, Desert Rock va devoir organiser une cellule terroriste spécialement dédiée à la promotion des groupes oubliés via le harcèlement intempestifs des labels. Ces El Desdichado du stoner ont pourtant bien une tour à défendre que nul ne pourra leur abolir (hommage à Gérard de Nerval). Même si leur “luth constellé (pardon, leur guitare) ne porte pas encore le soleil noir de la mélancolie” (encore merci, Gérard), on ne peut s’empêcher de penser que ces mecs doivent briller sur scène.
Contact (ils n’ont toujours pas changé les noms des sites…):
www.18speedtranny.com
www.myspace.com/18speedtranny
Thib
(2005)
Tirant son nom de la mythologie monothéiste, ce trio belge est actif depuis le printemps 2002. C’est à cette époque qu’Olivier a décidé d’allier ses talents de chanteur/guitariste à ceux de Stass qui s’est installé derrière les fûts. La formation s’est d’abords focalisé sur les reprises de standard rock’n’roll en duo, avec un faible pour Black Sabbath, et en quête de la perle rare qui assurera la basse. Après de multiples changements de bassiste, le groupe engagea une bassiste le temps de quelques concerts. Finalement Alex est venu compléter la formation qui a accouché de ce premier effort.
Mis en boîte en novembre 2004 sur d’authentiques bandes analogiques au studio Haut-Regard, ce premier quatre titres débute sur un vrombissement de basse vite rejoint par un martèlement sobre et efficace pour le bref ‘Death To The Droids’, un morceau de rock’n’roll pur jus qui n’est pas sans rappeler certains titres rentre-dedans des légendes de Kyuss. Le tempo se fait plus lent sur ‘Snowdrop’, une plage psychédélique fortement imprégnée de relents seventies. ‘Pussyfire’ suit dans un registre assez semblable puisqu’on devine ses jeunes gens bercés depuis le plus tendre enfance par les mélodies d’Hendrix. Pour clore ce premier effort ‘Rise & Shine’ remonte un peu la pression avec ses riffs incisifs. Ce morceau assez proche de compos de Dozer comme ‘Supersoul’ ne peut que laisser présager le meilleur pour cette formation du Plat Pays.
Contact:
http://users.skynet.be/gogofmagog/
www.myspace.com/gogofmagog
Chris
(2005)
Herba Mate, trio italien formé en 2001 par 3 potes issus de la même rue, tire son nom d’une tisane d’Amérique du Sud à laquelle les Argentins sont accros. De la chaleur, de la dépendance et de l’hypnotisme, le tout dans une scène de désert. Mais les mecs ont aussi de l’humour à le lecture du jeu de mots qui constitue le titre de leur E.P. Un petit clin d’oeil à Josh s’imposait…
En seulement 4 titres bien ajustés, Herba Mate nous fait découvrir 2 facettes de sa personnalité: l’une dans 2 longs instrus atmosphériques et planants, l’autre dans 2 morceaux plus appuyés à la structure évidente et à la gratte pleine de flanger qui nous rappelle Love Has Passed Me By sur le Wretch de Kyuss, sans oublier les refrains catchy et les lignes de chants limpides.
Bref, on retrouve des roots façon heavy sans tomber dans le kitsch ou le hard FM, notamment grâce à un mix qui conserve au son une touche brute. Chose importante à faire remarquer, c’est que les paroles sont en italien, le chanteur ayant préféré s’exprimer dans la langue de Dante. Et bien ici, rien à redire. Ca sonne juste et sans correction. Comme quoi, tant en espagnol qu’en italien ou en anglais, le stoner peut trouver sa voie (voix?).
On leur souhaite en tous cas de continuer leur parcours en Italie et même d’aller voir au-delà des frontières. Surtout continuez à travailler ces ambiances profondes et prenantes.
Contact :
www.myspace.com/herbamate
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Thib
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