Quand tu habites dans une ville portuaire anglaise gavées d’habitats sociaux mais que ta commune fait tout pour promouvoir la culture et se sortir de sa piètre image, il est un peu normal que tu te tournes vers les arts et quoi de plus normal encore que de te mettre au sludge? (Ceci devrait prévaloir pour tous les groupes issus des zones industrielles déclassées sauf ceux de Birmingham qui ont déjà fait main basse sur tout le reste). Donc, Battalions, quartet anglais venu de Hull, fait crisser sa hargne sur galettes numériques depuis dix ans tout juste et sort son Pure Humber Sludge, soit 15 titres de graisse à ouïr pur jus.
15 titres… Mazette, ça fait beaucoup, non? et bien il a une petite subtilité, Battalions offre en fait pour ses dix ans une compilation remaster de ses deux premiers albums, Nothing to Lose et Moonburn, avec respectivement les 8 premiers titres et les 7 suivants. Donc si tu connaissais déjà le groupe, tu peux passer ton chemin, à moins d’être un fan absolu souhaitant jouir d’une meilleure qualité acoustique. Pour les autres, voici ce qui compose le groupe : Le chant est un hommage au papier de verre, sous toutes ses formes. (Sauf le papier de 1000 car tous les puristes vous le diront, “ça caresse bien trop, c’est pas un grain acceptable!”). Les mélodies sont aguicheuses et franches, parsemées d’un metal sudiste qui rend les compositions très enthousiasmantes. Battalions fait mouche à chaque titre prouvant ainsi qu’il connait son affaire.
Les descentes de la batterie sur “Hoods Up, Knives out” soulignent la gratte dont les riffs marquent l’oreille au fer rouge pendant que la voix te griffe le cerveau. A peine le temps de reprendre haleine avec trois morceaux que “Bog Faced Roy” vient foutre des coups de talon sur ce qu’il reste d’encéphale (Et à ce stade tu n’as pas encore épuisé la moitié de l’album). Le quartet s’adonne à des recettes musicales éprouvées mais au sein de morceaux distribués comme des rafales de coups dans les dents, à l’instar du grassouillet “Skin Job”.
Le son remasterisé pour l’occasion ne fait qu’ajouter au plaisir de l’écoute et les anglais ont donc redébarqué dans leurs plus belles hardes pour leur anniversaire. Afin de parfaire la sauterie, les gars ont convié Chris Fielding, frappeur de cordes basses chez Conan pour remixer le tout.
Battalions c’est un sludge humble (c’est marqué sur la boîte) qui ne cherche pas à foncer dans l’excès à tous les coups, juste une musique tantôt défouloir (“Moonburn”, “Betrayal and delusion”) tantôt ronde et dedelinante juste ce qu’il faut (“Shitstorm Trooper”, “God Century”). Des morceaux comme “Lotion Basket” aux frontières du thrash démontrent une polyvalence constante qui ne laisse pourtant jamais apparaître de faille entre les styles explorés. Pure Humber Sludge se comporte comme une galette pensée d’un trait. Battalions a eu de la suite dans les idées avec ses deux premières productions et a su maintenir de la cohérence entre ses compositions cet album en est la preuve.
Pour les amateurs de coups de poing dans le ventre, de musique bien faite et de subtilité grasse, Battalions est le groupe qu’ils vous faut. Ça se passe volontiers de commentaire et ça s’écoute en toute relaxation (ou pas). Battalions est un 4×4 sludge qu’on remercie de nous avoir convié à son dixième anniversaire car Pure Humber Sludge est une sacrée fête.
Ten Foot Wizard est de ce type de groupe jouant d’une musique qui ne colle pas vraiment à son environnement. Alors qu’ils auraient pu devenir une énième copie séduisante de Black Sabbath, les anglais ont préféré prendre le large pour modeler leur stoner rock à l’image d’artistes comme Brant Bjork, Karma to Burn ou encore Queen of the Stone Age. Après un premier album prometteur (Return to Infinite) doté d’un artwork inoubliable et d’un Sleeping Volcanoes, sorti il y a déjà 5 ans, mieux produit et plus complet, le sorcier aux grand pieds est de retour avec Get Out Of Your Mind.
Pas le temps de s’affaler dans un fauteuil que Ten Foot Wizard affole déjà nos hanches avec les riffs clutch-esques de “Namaste Dickhead” et les ambiances desert rock, quasi punk, de “Broken Man” faisant inévitablement penser au shaman de Palm Desert. Les ambitions musicales du groupe n’ont pas changé avec Get Out Of Your Mind. L’idée principale reste de masser la nuque de l’auditeur avec un groove globalement southern rock et de la claquer le plus souvent possible en allant piocher dans le punk, le doom ou des ambiances stoner plus musclées. Le morceau éponyme “Get Out Of Your Mind” représente bien cette volonté de nous faire réagir en permanence avec cette association de couplets groovy à souhait, de refrains stoner puissants et de breaks aussi costauds qu’un pilier de bar anglais. Le tout est complété par un pont tout en descente de gamme et un solo bien classique venant surfer sur le riff du refrain, qui se plaît alors à varier de tempo. Le dernier morceau “King Shit Of Fuck Mountain” en impose tout autant avec son virage epic doom clôturant l’album d’une façon assez inattendue.
Mais si Get Out Of Your Mind est aussi efficace et entrainant, c’est en grande partie grâce au chant de Gary Harkin. Toujours en pleine maitrise de la palette du chanteur de stoner, le chant de Gary vient aussi se superposer comme un caméléon aux différents styles empruntés par le groupe. On le retrouve notamment en sosie de Josh Homme sur le très influencé “Noble Lie”. Sur “Working Towards a Bitter Future” il emprunte un chant crié éraillé, donnant la sensation d’écouter un split avec Dopethrone, et poursuit dans ce type de chant plus extrême sur la fin de “How Low Can You Get” ainsi que sur “King Shit Of Fuck Mountain”.
Avec Get Out Of Your Mind, Ten Foot Wizard confirme les qualités que l’on avait déjà pu constater sur leurs précédents albums. On retrouve même la face plus amusante du groupe avec le titre stéréotypé “King Shit Of Fuck Mountain” ou avec “How Low Can You Get” sur lequel le groupe s’amuse à étirer en lenteur la fin du morceau (Sans oublier cette nouvelle façon de saluer son voisin que l’on aime moins… “Namaste Dickhead”). Avec un son encore plus étoffé que sur Sleeping Volcanoes, les mancuniens montrent qu’ils peuvent embrasser tout les styles affiliés à la scène stoner et réussissent à conserver une cohérence permettant de ne pas transformer le disque en un melting pot de références balancées aléatoirement. Efficace, sans prise de tête et diversifié, voilà un très bon album de saison pour se la couler douce et profiter de l’été les pieds dans la Mersey.
Red Mesa est un groupe cruellement méconnu : le trio américain est implanté au nouveau mexique, un état dont le principal fait d’arme est d’avoir servi de décor à Breaking Bad, mais un peu moins connu pour sa scène rock vibrante, c’est un euphémisme. Être signé sur un label pour le moins discret n’aide pas non plus à sa visibilité sur le vieux continent. Et pourtant, ils ont produit un disque remarquable avec ce The Path to the Deathless, leur troisième album déjà.
Mais autant vous prévenir : diantre que cet album est difficile ! Le cerner complètement prend des jours et des jours… Pourtant, ce n’est pas un gros bébé : 40 minutes, 7 chansons… Mais finalement 7 reflets différents d’une même musique, complémentaires, qui ne se marchent jamais sur le pied. Du coup, l’album est plus le fruit d’une collection de chansons que d’un genre bien défini, même si le groupe ne se détache jamais trop de son corpus musical : un gros stoner fuzzé chargé au metal US 90’s nerveux, picorant ici ou là des plans doom, psyché ou autres joyeusetés. Bref, la trame est assez large pour se faire plaisir.
Et le groupe s’en donne à cœur joie, en enquillant des compos taquinant chaque fois l’excellence (en terme d’efficacité d’abord). Pour tout dire, après des dizaines d’écoutes, on ne sait toujours plus où donner de la tête : le doom-duo “Ghost Bell” / “The Path to the Deathless”, deux excellents mid-tempo enchaînés, riffs fats à souhaits sur lit de fuzz, et chant éructant option gravier. On enchaîne avec une curiosité, “Desert Moon”, un titre co-écrit (et chanté) par Dave Sherman (Earthride, Spirit Caravan, etc…), encore un mid tempo parfaitement servi par le chant bien malaisant de Sherman, qui se voit transcendé au milieu du morceau par un break parfaitement bienvenu. Autre guest de luxe un peu plus loin : c’est Wino qui vient éclabousser “Disharmonious Unlife” de son chant profond et inspiré. Là aussi, le titre est riche et varié : après son intro plutôt lente, les guitares se font plus électriques et viennent pousser un peu Wino aux fesses, le grand monsieur délivrant au final une excellente interprétation (en particulier sur le break préparant la conclusion du titre, amenant notamment un long, superbe solo). Histoire d’aérer une galette un peu dense, le groupe cale 2 petites pépites aux vertus bien différentes : “Death I Am” en milieu de rondelle propose une balade électro-acoustique ultra-catchy (votre serviteur est le 1er surpris, pas vraiment amateur du genre habituellement), tandis que “Revelation” plus loin apporte le parfait revers de la médaille, avec un pur glaviot metal-punk de 2min30, nerveux et efficace. De manière audacieuse, Red Mesa clôture sa rondelle avec son titre le plus long et progressif, “Swallowed by the Sea”, un titre à la fois heavy et enlevé, porté par des sonorités orientales originales (superbes arrangements de violons notamment, largement mis en avant).
Le disque n’est pas parfait toutefois : ce dernier titre se cherche un peu trop, “Death I Am” est un peu trop long… Mais plus globalement ce qui le rend perfectible est aussi ce qui le rend complexe et attachant : en 7 titres (dont un “presque-intro” et deux autres très marqués par leur chanteur-invité), on a parfois l’impression de voir portfolio, un échantillon… Il nous manque un ou deux titres pour apporter le peu de densité qui rendrait ce disque plus cohérent et plus lisible.
Mais la critique est superficielle, car la démonstration est éloquente en soi : ce disque de stoner-doom US a tous les atouts en main pour amener Red Mesa à un niveau de notoriété un peu plus conforme à leur talent.
Avec un pédigrée de Rennais et un nom qui fleure le particularisme ultra local on pourrait s’attendre à une farce heureuse et riche musicalement lorsque l’on découvre Druids of The Gué Charette et leur album Talking To The Moon.
Il suffit d’aller voir leur biographie Facebook ou Bancamp pour apprendre notamment qu’ils sont “les porte-parole d’une secte païenne polythéiste bretonne prônant la consommation hallucinogène de Suze dans les bars-tabacs, l’instauration d’un empire communiste galactique par la force des armes, ainsi que la béatification des tortues ninjas.” Et figure toi qu’il y a un peu de ça. Druids of Gué Charette c’est une bande de potes qui invoquent leur Bretagne natale vêtus de robes de druides,mais il y a du sérieux là dessous. On comprend vite que sous le capuchon de bure les gars doivent porter veste en cuir et casquette à clous.
Il est compliqué de définir les druides, ces êtres étranges et polymorphe sont bien prompts à se transformer et c’est exactement ce que fait le présent groupe en jouant sur tous les tableaux du rock. Avec son chant chuinté tel qu’on n’en avait pas entendu depuis Besnehard et Akhenaton, ça part dans tous les sens, on retrouve des bouts de Stooges, de Doors, de Joy Division, de Black Sab’ des sons inspirés d’éléctro et d’un tas d’autres trucs pop désuets. Les pistes sont des brûlots ne dépassant qu’occasionnellement les quatre minutes, soit un condensé de rock et de psyché efficace
Il s’en serait fallu de peu pour que ce groupe ne figure même pas chez nous la filiation avec lnotre ligne éditoriale n’étant pas si évidente que la promo du groupe voudrait le laisser croire.Il y a bien le rocailleux de la voie, le groove de la basse, les effets psyché qui ponctuent la galette, mais on est aux limites du monde connu pour l’auditeur puriste et borné qui n’aura plus qu’a se tourner vers des groupes comme Ecstatic Vision et à se pencher de toute urgence sur la piste “It’s Alright To Fail Sometimes”
Mais voilà dans notre télescope on a regardé la lune où danse un monde post rockabilly totalement allumé à l’infusion de racine de gentiane. Ce monde danse au son de “Talking To The Moon” comme il aurait pu danser il y a encore quelques temps au son de The Texas Chainsaw Dust Lovers, autre enfant d’un monde musical riche et sans limite.
Lorsque sur “Parasite” la basse donne le tempo et que la batterie vient la doubler, la montée en puissance se fait par pallier, jusqu’à ce que le chant retrouve sa constante swingue et que la gratte étrille l’auditeur et il y a indéniablement un fond de ce qui fait notre orientation chez Desert-Rock, mais le groupe brouille si bien les pistes qu’on a du mal à déceler systématiquement quoi .
On pourrait chercher à justifier une audition répétée et ces quelques lignes quasi hors sujet et je n’en trouve pas d’autre que le plaisir d’avoir eu entre les oreilles une plaque bien foutue et hors norme, l’œuvre d’une assemblée qui se définit comme anti super groupe et ne ment pas sur ce point ni sur le reste d’ailleurs. Talking to the moon est un album franc du collier et il danse nu dans la nuit faisant prendre l’air à une musique psychédélique bien trop souvent ralentie dans sa progression.
On avait presque oublié leur discrète existence mais voilà que Curse The Son refait surface après trois ans d’absence et un Isolator que j’avais trouvé plutôt plaisant. Avec une rondelle du nom de Excruciation sous le bras, le trio du Connecticut ( Devenant sur cet album quartet à l’occasion de quelques tours de passe-passe vocaux et instrumentaux ) vient défendre sa vision d’un monde fait de Stoner et de Doom.
Navigant toujours sur des eaux troubles mal genrées, Excuciation est un album qu’il faudra aborder avec circonspection Plutôt inégal, il ne faut pas beaucoup d’écoutes pour se convaincre que cette plaque n’est pas fastoche à poncer. Les premiers morceaux laissent présager un bel ouvrage, avec une entrée en matière pêchue sur un “Suicide by Drummer” qui fait le pont entre une Stoner vif et un poisseux Doom incantatoire. Il faut relever l’enchainement avec “Disaster in Denial”, une piste certes Sabbathesque mais néanmoins actuelle. “Black Box Warning” en seconde partie d’album vaut le coup d’être rejouée et avoine autant que le très Heavy dernier titre, “Phoenix Risin”.
Une fois cela dit, un virage existe en plein milieu du disque. Allez jeter une oreille sur le grandiloquent “November”, ses mélodies et chants en chœur auront tôt fait de vous mettre en tête que quelque chose cloche, surtout lorsque la piste s’arrête nette pour faire place à “Worry Garden” dont l’outro est à peine plus léchée.
L’auditeur patient pourra s’arrêter sur la mélopée du titre éponyme qui laisse tout de même la place à de rondes sonorités de basse qui calment le doute brièvement tout en tirant l’auditeur vers “Devil Doctor Blues” quelques pistes plus loin, une balade pour bagnard sous le soleil de Louisiane.
Tout ceci fait que pris individuellement les morceaux de l’album se défendent bien globalement, mais une fois le tout articulé autour de deux piste hiatus, Excruciation reste bancal et transpire la gène. Je ne vais pas te mentir ami lecteur, si j’ai un peu sauté sur cet album avec le plaisant souvenir du précédent, j’ai eu pas mal de difficultés à aborder dans sa globalité le travail fourni cette fois-ci par Curse The Son.
Le groupe ne manque pas de talent, ni d’idées mais il ressort de ce disque un travail hybride et curieusement assemblé. Le vrai problème d’Excuciation réside sans doute dans une approche musicalement maîtrisé mais trop riche du point de vue des atmosphères. En conséquence on ressort de l’audition étourdi et ce sans trop savoir pourquoi.
Le dernier album de Bell Witch nous avait bouleversé : il y a trois ans, le duo nous a proposé avec son somptueux Mirror Reaper l’un des disques de doom atmosphérique les plus poignants de sa génération, un disque où se mêlaient désespoir profond et renaissance enivrante. Redevenu duo (pour rappel, Bell Witch a vu son batteur décéder juste avant Mirror Reaper justement, produit en son hommage, avec le successeur Jesse Shreibman derrière les fûts – il occupe désormais le siège de manière pérenne), le groupe ne s’est pas lancé dans la composition d’un nouveau disque. En même temps, on les comprend, la montagne sera difficile à dépasser. Avec ce disque, c’est un pas de côté et une piste plus facile qu’ils décident d’emprunter : ils préfèrent emboîter le pas de leur ami, Erik Moggridge, et son “projet solo” (c’est un concept), à savoir l’entité Aerial Ruin. Point d’opportunisme dans la démarche : les gars sont potes depuis toujours, partenaires musicaux depuis les premiers pas de Bell Witch (vous retrouverez Moggridge caché dans les crédits de tous les albums de Bell Witch, et en particulier derrière les lignes de chant les plus éthérées de Mirror Reaper). Bref, les gars écrivent pendant plusieurs mois, Moggridge apporte quelques bouts de compos, les gars jamment autour, et voilà ce projet aboutir et atterrir sur nos platines.
Comme dit précédemment, aborder ce disque comme successeur de Mirror Reaper est la garantie absolue de déception. Ce fut pourtant la première approche de votre serviteur et… la chute fut rude. Ce Stygian Bough (volume I, car les gars semblent résolus à lui donner une ou plusieurs suites) partage pourtant beaucoup de points communs avec Bell Witch évidemment : la lenteur, le travail sur les ambiances, l’aération des compos, et globalement cette idée du juste nécessaire instrumental. Difficile de dire ce qui fondamentalement éloigne les deux projets. Au final, un élément majeur émerge pourtant : Stygian Bough est plus ouvert, plus optimiste, plus aérien, là où Bell Witch nous amène plutôt dans les bas-fonds sinistres pour, parfois, nous faire entrevoir quelques parenthèses d’optimisme.
En acceptant ce constat, le disque prend finalement des atours plus séduisants, et on lui reconnaît volontiers bon nombre de qualités incontestables. Le travail d’écriture est simplement remarquable, encore une fois : chaque titre comporte au moins un ou deux riffs puissants desquels dérivent des vagues mélodiques lentes et – c’est vrai – assez captivantes au final. Les cinq compos (dont deux beaux bébés de presque vingt minutes chaque) déroulent, sinuent, se calment, s’éteignent puis se rallument, avec toujours cette exigence de ne jamais faire du répétitif absolu, toujours construire, aller à bon port. Pas une mesure ne ressemble la précédente. Le travail d’instrumentation vient soutenir cet effort (l’ajout de la guitare de Moggridge n’est pas directement décisif, mais il apporte une dimension mélodique plus marquée), même si au final la production n’a pas le “sel” que pouvait transmettre le génial Billy Anderson.
Musicalement, le trio “artificiel” ne s’éloigne pas complètement de Bell Witch mais l’emmène très souvent loin de son doom de référence pour l’amener sur des pleines séquences de folk plus emblématique de Aerial Ruin en solo, à l’image de “Heaven Torn Low I” (où les vocaux limite moniacaux de Moggridge pourront faire lever quelques sourcils) ou de l’instrumental “Prelude”. Mais c’est clairement quand il remet les pieds dans le lugubre que l’étincelle renaît, à l’image de la première moitié du somptueux “The Unbodied Air”, colosse protéiforme sinistre, où les quelques growls salvateurs de Desmond remettent un peu l’église au milieu du village.
Passée la déception des premières écoutes, et si l’on ne voit pas ce disque à l’aune du dernier Bell Witch, il faut reconnaître à cet album une beauté incontestable, et quelques fulgurances de très grande classe. Ce constat seul suffit à placer ce disque dans les meilleurs du genre parus ces derniers mois, et donc à justifier son acquisition pour les esthètes du doom les plus ouverts. Ce n’est tout simplement pas le disque que l’on attendait (espérait ?), il faut donc l’envisager différemment : positionné en passerelle entre Bell Witch et Aerial Ruin (quoi de plus logique ?), il trouve un espace musical peu exploré, où il s’installe et s’impose comme un disque remarquable.
Huanastone ? Un tel patronyme évoque immédiatement les immenses étendues de Patagonie (là où certains exilés français cultivent toujours leur liberté de penser) mais aussi certaines substances prohibées qui vous emmènent dans l’espace pour bien moins cher qu’avec Space X. Pourtant, quand on se penche un peu plus sur la bio du groupe, on s’aperçoit que nos 4 amis sont plutôt originaires du pays de Zlatan et des meubles en kit… Car oui, Huanastone est un groupe suédois, ce qui est synonyme depuis plusieurs années maintenant de classic rock délicieux et de sonorités seventies irrésistibles. Pour l’amateur que je suis de cette décennie bénie des dieux, il ne me restait plus qu’à me jeter goulûment sur cette galette en espérant retrouver des potes de chambrée de Graveyard, Horisont ou encore Gaupa.
Huanastone existe depuis 2012 mais il faut attendre 2016 et la sortie d’un premier EP pour découvrir le groupe qui verra le chanteur d’origine déserter sa troupe pour être remplacé par Tobias Gonzalez, le seul des 4 à ne pas avoir un nom à consonance nordique… Une première tournée s’organise en… Croatie (?!), recevant un accueil chaleureux et de bonnes remontées de la presse. Depuis ses débuts, le groupe s’emploie à produire une musique « honnête », c’est-à-dire un rock « roots », sans fard ni overdubs. La musique doit être ressentie, vécue et elle doit imprégnée le public et l’auditeur. 2017 voit la sortie du premier LP Second stone, une galette qui suinte le rock psychédélique vintage, le stoner dans sa plus pure expression, le tout saupoudrée de quelques touches grunge. Bref, de quoi contenter tout le monde. Et çà tombe bien, tout le monde sera content et acclamera le groupe, tout comme Argonauta records qui va s’empresser de signer la nouvelle pépite venue du froid.
Juin 2020 : le monde sort peu à peu de sa torpeur due au confinement, on remet le nez dehors et on retrouve la joie d’écouter des nouveautés. Arrive alors Third stone from the sun, la suite logique de Second stone, du moins pour le titre. Sous une pochette qui nécessite des lunettes 3D se cache un trésor : car oui, Huanastone frappe fort, très fort même, et ce dès ce « Viva los muertos » qui mérite d’emblée le titre de classique de l’année 2020. Pas follement original (on a cent fois entendu un tel riff et un tel déluge de décibels) mais terriblement efficace. Et pour ne rien gâcher, la voix angélique de Tobias Gonzalez est parfaite. C’est donc la bave aux lèvres et avec un sourire que n’aurait pas renié le Joker qu’on continue l’exploration de cet opus avec « Bad blood », introduit par un riff d’une précision chirurgicale. Arrive alors le titre « Oliver », découpé en 2 parties (une douce intro de 90 secondes suivie d’une partie plus musclée) avant la petite merveille de cet opus, « Third stone from the sun », une ballade mid-tempo qui contient assez de blues dans ses veines pour poser un sourire sur B.B. King de là où il est.
Allez, on s’attaque à la face B avec « Carnivore » qui, cette fois, fera se dandiner Johnny Winter dans sa tombe. « She’s always » continue dans cette veine avec, toujours, cette voix éthérée et ce jeu de guitare prodigieux de finesse, de justesse et de feeling. On joue dans la cour des grands, là, pas de doute… Il ne reste plus qu’à laisser filer le saphir sur le sillon pour découvrir « Neverending » (avec, encore une fois, cette douceur mordante dans la composition) et terminer sur les chapeaux de roue avec le bien nommé « La petite mort » et son intro tétanisante et sa tellurique guitare. Non, vraiment, quel pied cet album !
On ne va pas tourner autour du pot : si vous aimez les guitares, le rock, la musique et la vie en général, jetez-vous sur Huanastone ! Avec un tel potentiel et un tel talent de composition et d’exécution, il y a fort à parier qu’on entendra parler d’eux dans le futur comme les enfants légitimes de Graveyard. En tout cas, moi, je le pense sincèrement car ils le méritent grandement. Un fort bel album.
Mais qu’est-ce qui se passe dans la tête de Mantar ? Après un 3ème LP réussi mais finalement peu surprenant, sur un label bien établi, on pouvait penser que la machine était sur les rails, et que la mécanique tournée – album – tournée – break – tournée était en route pour quelques années encore. Et là, paf, le duo teuton débarque avec sous le bras un album à l’artwork chelou, sur son propre label (!), composé de reprises… de grunge ? Le groupe évoluant dans la frange extrême d’un sludge coriace, on les imaginait peu baigner dans ces atmosphères musicales désormais un peu surannées. Disons-le tout net : à l’approche de ce disque, on ne sait pas à quoi s’attendre.
Comme tout disque de reprises, l’approche de l’auditeur est différente selon que l’on connaisse ou pas les chansons originales. Coup de bol pour votre serviteur, il ne connaissait pas 3 des huit chansons avant d’appuyer sur play, ce qui rend l’écoute d’autant plus attrayante. Ça commence par “The Bomb”, le brulot énervé de L7, transformé en glaviot sludge au chant growlé d’écorché de Hanno et au son de gratte colossal emblématique de Mantar (notons au final que cette phrase peut s’appliquer à chacune des 8 reprises). L’hommage à L7 ne s’arrête pas là, puisque l’album leur rend honneur plus tard sur “Can I Run”, un titre plus emblématique de leur style musical (issu du même album “Hungry for Stink”), basé sur un riff bien entêtant en mid tempo. La gratte rythmique omniprésente sur l’original se voit ici revêtue d’une étoffe quasi-doom, rappelant le son d’un vieux Type O Negative. Pas inintéressant, mais probablement le titre le plus éloigné du Mantar que l’on connait. On passe ensuite à l’un des titres les plus punkisant du disque avec la reprise du “Puss” de Jesus Lizard, fidèle sur sa totalité, jusqu’à son lick de guitare catchy bien caractéristique, mais bien métallisée dans son ensemble, pour une opération réussie. On arrive à l’un des titres les plus connus de l’ensemble, avec le classique “100%” de Sonic Youth, dont le riff nonchalant originel devient évidemment une attaque guitaristique en bonne et due forme. A noter que les gars se sont même inspiré de l’esprit “skate board” du clip originel pour leur propre vidéo de ce titre… Votre serviteur découvrira grâce à cette galette le groupe Mazzy Star, avec un titre très catchy, sur lequel le timbre tessons-de-bouteille/gravier-sec de Hanno rend vraiment honneur au chant low profile de la chanteuse originelle… On repart sur des terres plus punk avec l’énervé “Bruise Violet” des Babes in Toyland, pour l’une des meilleurs interprétations du disque : le duo accélère un peu le tempo de l’original, la joue basique côté arrangements, et frappe fort, avec notamment un break et un riff typiquement Mantar-tien, pour un titre finalement moins punk que l’original. Le “Who you Drivin’ Now” de Mudhoney, pas leur titre le plus intéressant, est honnête et l’esprit plus léger et moins énervé que les autres chansons retenue est bien retranscrit… mais sied un peu moins au “genre Mantar”. On finit par une dernière saillie punk avec le “Knot” de 7 Year Bitch, dont le mur d’ampli du frêle guitariste densifie un contenu par ailleurs fidèlement retranscrit.
Le track-by-track est finalement éloquent : la fidélité est ici au rendez-vous, ce qui, dans un album de reprises, ne signifie qu’une chose : le respect de Mantar pour ces compos est évident. Fallait-il pour autant en proposer un album (plutôt court par ailleurs : moins d’une demi-heure) ? La seule réponse qui vaille est : pourquoi pas ? Et donc par extension : bien sûr ! Mantar nous a toujours habitué à faire absolument ce qu’ils avaient envie de faire, et cette incartade à leur jeune carrière avant qu’elle ne devienne routinière est une éclaircie salvatrice pour qui les pensait perdus pour la cause. Qualitativement, l’album est loin d’être ridicule, et même s’il s’avère hétérogène – de par sa nature même, en réalité – il est très plaisant de l’écouter en boucle, les potards bien calés sur 11. Une très sympathique parenthèse, surprenante à plus d’un titre – et finalement, en extrapolant un peu, probablement annonciatrice d’excellentes perspectives pour la suite du groupe.
Dans la longue et cabossée carrière de Wino, l’escapade solo, voire acoustique, trouve un écho important depuis 2009. Punctuated Equilibrium d’abord, album sublime qui faisait rugir guitares et batterie (par Jean Paul Gaster) mais était signé de Wino. Puis Adrift, il y a 10 ans tout juste, a fait étal, en 10 titres dont deux reprises, que la musique de Wino, même dépouillée, savait toucher au cœur. Depuis, trois escapades avec Conny Ochs , guitares classiques sous le bras, ont continué de creuser le sillon presque Americana de la démarche. 2020, The Obsessed est remis en selle et malgré les sempiternels problèmes de visa empêchant Wino de venir distordre la vieille Europe, le sémillant bientôt soixantenaire semble enfin en paix avec sa musique. L’occasion d’une nouvelle escapade acoustique ? Fou serait celui qui n’accueille pas l’idée avec enthousiasme.
« Not bad » pouvait-on entendre, de la bouche de Wino, à la fin de “Forever Gone” sur Freedom Conspiracy, l’une des trois escapades avec Conny Ochs, datant celle-ci de 2015. Il semblerait que ce titre ait beaucoup plu à son auteur pour, qu’en plus d’être réenregistré pour l’occasion, il donne son nom à l’album. “Crystal Madonna”, autre pépite de Freedom Conspiracy a aussi été revisitée pour l’occasion. Mais quel intérêt au final ? D’autant plus que les premières versions brillent bien plus par leur naturel. Et c’est bien là le malaise de cet opus : malgré quelques très belles chansons (citons “No Wrong”, “Taken”), Wino a le souffle court et de nombreux morceaux se révèlent simplement ennuyeux (“Dead Yesterday”, malgré de jolies paroles, “Was is Shall Be”, avec pourtant l’émouvante participation de sa fille pour les cœurs). Et la présence de “Isolation”, reprise hors sol de Joy Division, m’amène à deux réflexions :
Il me faut ici parler de la participation de Wino au premier volume des deux consacrés au chanteur Townes Van Zant publiés par My Pround Mountain et rassemblant autour des textes sublimes du chanteur rien de moins que Scott Kelly, Mike Scheidt, Steve Von Till, John Baizley, Nate Hall, Dorthia Corttrell (Windhand), Stevie Floyd (Dark Castle) et Katie Jones. Ces deux disques sont magistraux et doivent être écoutés.
Puisque Wino semble avoir une envie presque crépusculaire de s’exprimer par le biais de textes dépouillés d’artifices électrique, dans une démarche qui rappelle le Johnny Cash des American Recordings, il gagnerait vraiment à trouver son Rick Rubin et à laisser percer ses blessures, de chanter sa mélancolie et de se mettre bien plus à nu qu’il le fait sur ce disque finalement bien en deçà de la décennie acoustique qu’il vient de traverser.
Le point vinyle
Difficile pour moi de trop fouiller les versions proposées par Ripple Music, seul label avec qui, en tant que collectionneur de vinyles, il m’est arrivé d’avoir d’irréconciliables soucis. Reste que leur site internet parle d’une version bleue, d’une autre marron et d’une version noire. Les tests-pressing sont même encore disponibles, ce qui par ailleurs n’est pas très bon signe quand au succès de l’album.
Encore un énième groupe de retro-rock, fleurant bon les amplis vintage et les influences 70’s bien calées derrière les oreilles… Derrière ce groupe sans prétention se cache pourtant le énième projet de Ron Van Herpen, guitariste ayant usé ses cordes dans quelques prestigieuses maisons, dont Astrosoniq et The Devil’s Blood ne sont pas les pires… Accompagné de ses potes Rob et Rob (le triple R de RRRags… vous suivez ?) le gars a décidé il y a 3 ans de se permettre cette parenthèse débridée et fun, et sort avec ce High Protein son second album.
N’y allons pas par quatre chemins : le disque se déguste comme une petite friandise. Car le bonhomme sait écrire, et les compos de ce High Protein en tirent plein profit. On y retrouve une poignée de petit brulots nerveux (le groovy “The Fridge”, “Messin”) ou de titres rock bluesy efficaces (“Demons Dancing”, “Sad Sanity”). Petite étrangeté anachronique, ce “Sugarcube” au milieu de l’album semble écrit par les Hellacopters (le chant pourrait être être attribué à Nicke Andersson), poussant le mimétisme jusqu’à ce son de gratte garage jusqu’à l’os. Morceau le plus marquant du disque, ce “Dark in the Day” entêtant fait tourner son riff lent mais ô combien accrocheur sur huit généreuses minutes… Un peu rébarbatif quand même sur la longueur…
Trop court (33 minutes seulement), le disque ne manque néanmoins pas de relief. Sans autre prétention que de sortir un bon petit album, RRRags fait le job, respecte les codes, et y apporte une touche qui distingue le trio d’un bon nombre de ses “congénères musicaux”. Excellent songwriting, variété et une énergie positive font de ce disque une vraie bonne surprise.
Formé en 2005 à Vérone, Kayleth fait partie de ces groupes biberonnés par le stoner californien des années 90 et le rock plus spatial de Monster Magnet. Après deux albums à nous conter des histoires de voyages intersidéraux, le quintette s’est décidé à rentrer sur notre bonne vielle Terre tout en se mettant à la place d’explorateurs revenant sur notre planète après un long périple.
Au garage l’astronef donc, et bonjour la carlingue pleine de poussières ! 2020 Back To Earth démarre pied au plancher avec “Corrupted” et l’on retrouve d’emblée l’énergie des riffs et des synthés qui faisait la force de leur second album Colossus. Rien de bien original jusqu’ici mais l’entame de l’album offre tout de même quelques effets et enchainements qui annoncent la couleur de l’album. Car 2020 Back To Earth complète intelligemment cette base puissance et spatiale des premiers albums avec des ambiances rappelant Truckfighter sur “Cosmic Thunder” ou “By Your Side”, notamment par la simplicité des rythmiques et les effets apportés sur les guitares. On y retrouve aussi des sonorités plus lourdes sur “Sirens” ou “Delta Pavonis” qui est porté par un duo basse/guitare massif venant s’opposer aux synthés lumineux et à un chant qui essaie tant bien que mal de nous faire décoller vers des hauteurs inconnues.
Ce troisième album de Kayleth est fournis en influences et serait presque trop riche musicalement si on le comparait à ses prédécesseurs. Mais cette volonté du groupe de ne pas reposer sur leurs acquis donne toute sa saveur à 2020 Back To Earth qui nous livre une belle panoplie de payasages. On imagine les côtes d’un pays ensoleillé avec des morceaux aussi simples qu’entrainants comme “Electron” ou “By Your Side”. Puis on part pour des contrées plus aériennes et rocailleuses avec “Lost in the Canyons” et “Avalanche”. Tout ce chemin nous amène finalement devant le moulin à eau de Mapledurham avec “Sirens” et son atmosphère doucement occulte. L’album se termine par l’OVNI “Cosmic Thunder” qui vient marteler nos oreilles avec son groove rappelant des groupes de pop-rock comme Franz Ferdinand. Porté par des synthés de l’espace, le titre indique parfaitement la fin du voyage. Kayleth décide finalement de retourner dans sa soucoupe volante pour repartir au loin…
Cette variété dans le son de 2020 Back To Earth se distingue aussi par l’intégration intelligente d’éléments vocaux ou instrumentaux moins évidents. Le morceau le plus représentatif de ce sentiment étant sans doute “Lost in the Canyons” avec son planant mélange de psychédélisme et de vitesse contrasté par une seconde partie pesante et mélancolique, sublimée par un solo de saxophone (et le saxophone c’est comme la carioca… Une fois que tu y goutes, tu ne veux plus que ça…). On peut aussi sentir une influence punk-rock sur les refrains des titres les plus énergiques.
En finalité, Kayleth livre ici un très bon album de stoner-rock, variant les plaisirs tout en restant efficace et percutant. Au delà des qualités musicale de 2020 Back To Earth, il faut aussi loué le chant de Enrico Gastaldo qui, tout en restant simple, s’accorde naturellement sur chaque morceau et augmente l’enthousiasme qu’on a en écoutant le disque. Au fil des écoutes, on se prend même à penser qu’il ne serait pas étonnant de voir Kayleth continuer à étoffer leur horizon musical… En tout cas, le rendez-vous est pris pour la prochaine aventure !
Il y a une année le trio d’Austin, TX s’était rappelé à notre bon souvenir en publiant un single qui n’avait de single que le nom. Deux énormes jams : « Visitors » et « Early Purple », affichant respectivement 18 et 16 minutes, constituaient ce retour aux affaires qui fit s’humidifier les calbutes élimés des plus anciens d’entre nous. Disparus des radars depuis trop longtemps, les Texans font partie d’une liste d’intervenants qui nous émoustillaient déjà alors que nous lancions ce site et que les concerts typés stoner se caractérisaient par une proportion égale de spectateurs et d’intermittents du milieu culturel présents dans les salles lors des shows en nos terres !
Tia Carrera n’est pas le fait d’amateurs de belles carrosseries US et teutonnes, mais d’une triplette active dans le registre du jam purement instrumental et sacrément couillu. Active depuis une vingtaine d’années, la formation s’articule autour de son batteur Erik Conn et de son guitariste Jason Morales. Ils se sont acoquinés avec Curt Christenson qui tient la basse comme il le fit déjà sur l’impressionnant single cité plus haut (des fois que vous suiviez) ; ce dernier s’était illustré par le passé avec Dixie Witch (encore un blaze qui va faire lever la cornette aux ancêtres), Unida et Crimson Devils. C’est le guitariste de la bande qui s’est chargé de capter et mettre en boîte ce nouvel opus dans leur ville natale. Il est intéressant de noter qu’étant spécialisés dans les jams, ces lascars possèdent une pléthore d’enregistrements dans leurs tiroirs et, l’improvisation faisant partie intégrante du truc, on se demanderait presque comment ils ont sélectionné les pistes proposées sur cette sortie présentée par Small Stone (ce qui constitue en soi un gage de qualité).
Annonçant 37 minutes au compteur sur vinyle (voir le point dédié ci-dessous), cette production cogne les 71 minutes en CD avec l’ajout des 2 titres du single précédent (vous suivez toujours ?) en bonus 100% gratos pas cher ! Outre le titre éponyme, les plages réunies sur Tried and True sont d’une durée tout à fait digérable pour les ceusses qui n’affectionnent pas tant le registre de l’impro dans lequel Tia Carrera se situe nettement au-dessus de la mêlée (et je vous rassure : ces Étasuniens pratiquent la distanciation sociale avec les plans pour hippies). Le tiercé en plage A (pour les amateurs de microsillons) : « Layback », « Taos » et « Swingin’ Wing » s’articule comme une progression débutant par une tuerie à la rythmique métronomique qui évolue subtilement vers le jam, avec une présence allant crescendo de la guitare saturée qui part dans tous les sens sans jamais taper dans l’expérimentation obscure ; l’expérimentation étant plutôt du côté de la fin abrupte de « Taos » qui m’a laissé comme deux ronds de flan. On demeure au rayon rock à rouflaquettes avec un travail énorme – de la part d’un guitariste – pour mettre en valeur les parties de basse qui tabassent les tympans.
Une fois son popotin décollé du canapé (l’endroit où on sauve la planète en 2020) pour retourner la chose, les aficionados du 33 et un tiers de tours continueront leurs tribulations en terres jams version bourrin avec le concis « Zen And The Art Of The Thunderstorm » qui tape plus dans l’arrivée de l’orage au loin que dans le rayon cosmique enfumé à l’encens. Trois minutes de larsens et coups de boutoirs à la batterie font place à une tuerie magistrale. « Tried and True » est une expérience que j’approuve en tous points ; le titre de l’album, qui flirte avec le quart d’heure, constitue un véritable carnage. Ce dernier morceau justifierait d’ailleurs à lui seul l’acquisition de cette production car rarement l’exercice de style confiture n’a atteint un tel niveau. La guitare distordue se fraie un chemin sur un fond martial soutenu par un tambourinement impeccable avec toujours ce travail magnifique sur le rendu de la basse. La progression atteint son paroxysme a mi-parcours et devient obsédante : elle plonge l’auditeur dans une transe et surclasse tous les shamans de la Cordelière des Andes. Ce final de classe internationale frappe juste ainsi que fort, et le seul reproche que l’on puisse lui opposer c’est de clore cet album tant on en aurait voulu plus.
Les revenants du Sud-Ouest des USA signent un sans-faute pour ce comeback. Leur nouvelle livraison est un carton total, d’une intensité ahurissante. Le talent est une fois de plus au rendez-vous avec cette nouvelle salve de titres, sur lesquels la tension de l’exécution orientée live s’avère maîtrisée de main de maître, avec une approche artistique pugnace sans être que bourrine. C’est quand ils veulent qu’ils en rebalancent une nouvelle couche bien grasse !
Point vinyle :
Ce chef d’œuvre du jam bien burné sera dispo en deux versions « deluxe gatefold » différentes : un marbrage de jaune, de blanc et de vert ou un mélange de rouge, d’orange ainsi que de blanc. C’est les Germains de Kozmik Artifactz qui se chargent du job. La production sera limitée à 500 pièces et si vous passez par Small Stone vous n’aurez pas le choix ; vous prendrez ce qui viendra et ça vous changera la vie bande de petits capricieux mal éduqués !
Boom, l’album surprise du mois nous est venu de Denver, Colorado, morne patrie dont le sludge ou le doom ne font pas forcément partie du patrimoine culturel le plus traditionnel. Tant et si bien qu’on était passé à côté de ce duo-devenu-trio, qui a pourtant déjà sorti une petite poignée de disques, et dont le cheval de bataille semble être l’autoproduction à tout prix (avec en contrepartie une faible visibilité, dommage). Le groupe, plus ou moins actif depuis neuf ans, propose une musique à la base sludge-doom assez évidente, mais à la personnalité bien trempée, le tout étant assorti d’une vraie prise de risque, sur chacun des titres.
Une écoute rapide des titres qui composent la rondelle devrait vous faire rapidement toucher du doigt la teneur de leur production, à commencer par “The Fool’s Journey”, dont le riff brise-nuques du refrain, plombant à souhait, est aussi… sans paroles ! Quand on a un riff aussi fat on ne le dégrade pas avec des vocaux inutiles… Le titre de 10 minutes prend même plus tard un virage lugubre aux confins du funeral doom sur sa seconde moitié, lente, lourde et poisseuse, avant de clôturer par une cavalcade thrash pur jus, option riff-mâchoire-serrée. Pffiou… Pour bien remettre l’église au milieu du village, “Scales of Maat” déroule son riff au groove pachydermique, puis après une série de breaks venus de nulle part, se vautre dans un sludge doom bien gras, dont le chant guttural doublé file la chair de poule. Vous avez dit classique ? Ravalez vos viles pensées : “The Chasm at the Mouth of the All”, après un court instru acoustique guitare/violon (!), se lance sur une intro sautillante en son clair et chant crooner (!!), pour mieux balancer sur son refrain un pur high-kick de stoner doom nerveux, avant de revenir en mode cowboy… Retour au classique avec “Archonic Manipulations” et son imparable riff heavy incisif en double guitare, avant de revenir à un ovni en clôture : après un autre titre de transition instrumental à la guitare acoustique hispanisante, l’intro de “Prima Materia”, dans la même tonalité, déroule ses couplets mélodiques en électro-acoustiques sur quasiment 5 minutes avant de lâcher quelques refrain stoner pur jus, avec toujours le chant nerveux et graveleux à souhait de Grant Netzorg. Tout s’enchaîne ainsi dans un tourbillon de styles musicaux qui s’entremêlent dans un déluge ininterrompu de goudron dans ses formes les plus variées, allant taper un peu partout où ça fait mal, entre doom et sludge, allant même picorer en terres post-metal (“Lightchild”) et autres joyeusetés ténébreuses, selon l’effet souhaité.
Pour autant, In the Company of Serpents ne tombe jamais dans le piège de l’exploration WTF un peu stérile : au bout de quelques écoutes à peine, ses incursions dans des sentiers musicaux en mode “hors pistes” s’avèrent parfaitement intégrées, pertinentes, et servent bien les compos. Un constat loin d’être évident en première approche ! Encore une fois, donner sa chance au produit et persévérer fut payant. Bien servis par une production soignée et efficace, sans chichis, les gars proposent finalement une demi-douzaine de vraies compos efficaces, nerveuses et originales. Un album bien foutu, qui défriche et renouvelle le(s) genre(s) de fort belle manière, avec talent et audace.
Pour beaucoup d’amateurs de stoner, le nom de Brant Bjork est automatiquement associé à Kyuss et Fu Manchu. Les deux lignes de son curriculum vitae qui ressortent, celles qu’on retient, celles que le DRH biffera au Stabilo pour éventuellement retenir la candidature. Cette période sur laquelle les interviews ne cessent de vouloir revenir est pourtant finie depuis bien longtemps et sa carrière solo a depuis largement dépassé tout ce qu’il a pu faire avant.
Comme s’il voulait inconsciemment ou non que tout le monde se mette bien ça en tête, son 13ème album se nomme Brant Bjork. Fini aussi le &. Plus de The Bros, The Operators, The Low Desert Punk Band.
L’autre raison qui est moins sujette à interprétation, c’est que Brant retrouve la méthode de travail de ses débuts en jouant de chaque instrument. Tout comme il l’avait fait sur le cultissime Jalamanta, cet album ne doit dans son interprétation rien à personne d’autre que Brant.
Plus de 20 ans séparent son premier album qui aurait pu s’appeler Brant Bjork d’ailleurs, de ce nouvel opus. Deux décennies de musique, de tournées, de rencontres et donc d’influences. Deux décennies qui font que même si la méthode est la même, le résultat ne peut qu’inévitablement être différent. Ne vous attendez donc pas à un Jalamanta 2, ce n’est pas le cas. Les grincheux diront que ce n’est malheureusement pas le cas.
Bien qu’un retour aux sources, cet album n’est absolument pas un changement de cap ou une quelconque révolution. Brant utilise les mêmes recettes avec les mêmes ingrédients et arrivent donc peu ou prou au même résultat. C’est cool, c’est agréable à l’écoute, surtout que la production est aux petits oignons, mais ça ne changera pas la face du rock’n’roll.
Globalement homogène, l’album est bien construit et ne souffre d’aucun temps mort. Un peu court avec ses 8 titres pour moins de 40 minutes, on évite le remplissage avec des titres moyens ou trop longs et on évite surtout la lassitude. Quelques petites fulgurances par-ci par-là mais nous sommes ici avec un album relativement calme, ne se hasardant que rarement sur des rythmes plus soutenus et parcourant des chemins connus. On peut bien entendu regretter le temps où Brant Bjork prenait des risques (Saved by Magic en est le parfait exemple) mais il a toujours fait ce qu’il avait envie de faire, ni plus ni moins. Et sur cet album, il avait visiblement envie de tranquillement poser ses rythmes, de ne pas bousculer les choses.
L’ensemble est de bonne facture et fait le job, on ne s’ennuie pas pour peu qu’on aime ce style cool et détendu. Brant Bjork poursuit donc son chemin, à son aise.
Le constat final est le même que pour la plupart des albums de Mister Cool. Si vous avez aimé les précédents, celui-ci trouvera sa place sans vous décevoir aux côtés des autres. Si vous n’avez jamais accroché au rock tranquille du californien, passez votre chemin.
Initialement formé en duo en 2008, Mountain Witch s’est rapidement retrouvé trio après que les 2 René (Roggmann et Sitte) aient enrôlé le bassiste Tobert Knopp l’année suivante. Un premier album qui n’aura pas soulevé les foules paraît en 2010, puis un deuxième, l’excellent Cold river, leur ouvre les portes de la reconnaissance du milieu. Gavé de stoner blues jusqu’à l’os, cet album transpire la classe et la pureté du son est remarquable. Trois ans plus tard, en 2016, le sulfureux Burning village les fait passer d’un blues rock sensuel à un stoner doom plus musculeux, le groupe ayant décidé de changer de braquet au fil du temps. Ce qui fait qu’on ne sait pas trop à quoi s’attendre avant l’écoute du dernier bébé du trio, intitulé Extincts Cults et paru chez This charming man records après quatre années de silence.
Déjà, on jette un œil à la playlist : 6 titres pour 33 minutes de musique, difficile de faire plus concis. On imagine donc un album immédiat, qui ne prendra pas de chemins de traverse pour aller à l’essentiel… Dès le titre d’ouverture, « Capping day », l’alchimie entre la galette et l’auditeur est quasi-immédiate, avec ce son si vintage et cette voix doublée, comme au bon vieux temps… Un régal pour les nostalgiques mais qui laissera sans doute circonspect les plus jeunes d’entre vous, plus habitués au déferlement de guitares hurlantes et de riffs de basse qui fissurent les murs. Les bases sont bonnes, on a hâte de découvrir si la suite sera du même acabit… On enchaîne avec un « Back from the grave » très old school, peut-être trop d’ailleurs, avec des nappes de synthé d’un autre temps et qui n’apporte finalement pas grand chose au titre qui se suffit à lui-même avec une rythmique volontaire, des riffs efficaces et toujours cette voix doublée qui, ici, dénature un titre qui aurait mérité une production plus rentre-dedans. Et ce, même si ce n’était sans doute pas les intentions premières de Mountain Witch.
On continue à pester envers la production étouffée à l’extrême avec un titre comme « Worship you », qui aurait sans doute mérité une cure de Red Bull tant ce titre, avec une mise en avant accrue de la basse et de la batterie, aurait tout déchiré… Dommage, et c’est sans doute le principal reproche que l’on fera à cette galette : le trio allemand, en voulant tenter de plaire au plus grand nombre, en a oublié les fondamentaux du stoner : ce qu’on veut, nous, c’est prendre une grosse mandale dans la tronche, dodeliner du croupion et onduler de la crinière à s’en déboîter la nuque… Bon OK, Mountain Witch n’a jamais eu l’intention de devenir le nouveau Monolord mais quand on possède autant de qualité d’écriture avec des titres de la trempe du morceau éponyme « Extincts cults » qui dépasse les 7 minutes, on peut se montrer exigeant et critique. Et sans doute un peu de mauvaise foi aussi, cet album étant au final sacrément bien foutu et particulièrement agréable à écouter.
« Man is wolf to man » et son intro à la « Paranoid » nous emmène doucement vers le final intitulé « The devil, probably » qui conclut parfaitement cette galette avec, pour la première fois depuis le début, une production à la hauteur de la composition, la guitare étant particulièrement mise en avant. Avec Extincts cults, Mountain Witch ne briguera sans doute pas le titre de meilleur album de l’année mais il saura contenter les amateurs de galettes vintage qui sentent le formica, la brocante et la naphtaline. Pas inoubliable, mais ce serait tout de même dommage de passer à côté.