En cette période de confinement, nous avons tous besoin de nous évader un petit peu. Et comme par hasard, les américains de King Buffalo sont de retour avec Dead Star, un nouvel EP fait pour élargir les murs de nos salons et de nos esprits. Pour ceux qui auront la chance de les découvrir avec Dead Star, King Buffalo c’est d’abord un couple batterie/basse au groove hypnotisant. C’est par-dessus une guitare aussi psychédélique que lourde amenant des soli peut variés mais toujours bien ficelés. Et pour compléter cela, nous avons la somptueuse et multiforme voix de Sean McVay.
On retrouve dès l’ouverture de ce nouvel EP le morceau “Red Star pt.1/pt.2” et ses 16 minutes (morceau le plus long du groupe, c’est à noter). Le titre est parfaitement maîtrisé par le groupe avec une première partie au groove puissant et psychédélique puis une seconde partie beaucoup plus énergique dans les riffs. Le chant peu présent se fait envoutant et nous plonge un peu plus dans l’univers des américains. On pense tout d’abord aux ambiances de Om notamment sur la première partie du morceau, mais un élément vient très vite faire penser à Samsara Blues Experiment… le synthéthiseur !
King Buffalo aime expérimenter autour de sa base psych rock/rock progressif et sur Dead Star leur son s’est fortement fait influencer par cet instrument. Plus ou moins mis en valeur, il est présent sur chaque piste pour apporter une épaisseur supplémentaire aux mélodies ou pour distiller une ambiance spatiale propre au synthé. Le groupe pousse l’expérimentation jusqu’à proposer sur “Ecliptic” un trip futuriste façon John Carpenter où le synthé vient prendre toute la place sur le reste. l’interlude est court mais le voyage est marquant et se poursuit sur “Eta Carinae” qui fait danser les étoiles sur fond de riffs sabbathiens. L’EP est aussi ponctué par deux autres interludes plus acoustiques, portées par les harmonies guitare-voix qu’affectionne particulièrement le groupe.
Tout comme Repeater sorti en 2016, Dead Star reste un bon EP en proposant des instants de grâce propre au groupe (“Red Star pt.1/pt.2” ou “Dead Star”). On peut préférer le format album de King Buffalo, car plus complet et permettant de plonger plus loin dans l’univers du groupe. Mais le format EP leur donne une liberté permettant de les observer sous un angle différent. A voir donc si on retrouve du DeadStar sur la prochaine sortie du groupe, mais en attendant, restons dans notre fusée pour profiter de leur musique.
Vous l’avez sans doute déjà remarqué dans votre entourage : dites à vos proches que vous écoutez du rock et vous serez, suivant le genre que vous écoutez, un barbu hirsute gavé de bière qui passe son temps à glander (stoner), un hippie sur le retour qui ne pense qu’à s’envoyer des pétards (psych) ou, et c’est sans doute le plus mal vu de tous les genres, un dangereux égorgeur de chats buveur de sang (doom). Bon, j’exagère à peine (quoique ma vénérable grand-mère vous dira le contraire…) mais le petit microcosme du stoner regorge de personnes adorables, serviables et, la plupart du temps, sacrément calées en histoire du rock. Alors, fatalement, quand vous vous mettez à écouter le dernier bébé d’un groupe dénommé Lucifer, les fanatiques de Christine Boutin montent sur leurs grands chevaux pour répandre la bonne parole évangélique et hurlent à qui veut l’entendre (oui, d’ailleurs, qui sont ces gens qui veulent l’entendre ? Au bûcher!) que le rock n’est que dépravation, satanisme, croix retournées et ôde au Malin.
A ces ayatollahs du bon goût qui bouffent du pain sec et picolent de la Villageoise tous les dimanches matin lors de leurs réunions païennes (interdites depuis le Coronamachin, il faut bien des points positifs au confinement), nous conseillons l’écoute du troisième album de Lucifer, justement et fort logiquement dénommé III. Ici, malgré le patronyme du groupe fondé en 2014, point de violence, pas une goutte de sang et encore moins d’appel à retourner les cimetières. En effet, malgré des chansons prénommées “Ghosts”, “Midnight phantom”, “Leather demon” ou “Cemetery eyes”, on a plus droit à un tour de manège façon manoir hanté chez Disney qu’à un incendie d’église du côté de la Norvège. Et ce n’est aucunement une critique, bien au contraire : c’est mélodique, fort bien achalandé côté guitares et la voix de la délicieuse Johanna Sardonis surmonte le tout avec grâce et délicatesse.
Si vous aimez le doom pur et dur, il est évident que l’écoute de Lucifer vous laissera dubitatif (ce qui ne signifie pas « mon chibre à des poils », soyons clairs) mais pour ceux qui aiment le bon rock à l’ancienne avec juste assez de clair-obscur, cet album saura contenter vos cages à miel. Et puis, si vous voulez pousser le vice, la maison vous recommande de vous pencher sur l’album “Destroys minds & reaps souls” de Coven pour vous rendre compte que, déjà en 1969, une sublime demoiselle du nom de Jinx Dawson donnait dans la magie noire et les rites vaudous. 50 ans plus tard, Lucifer en est le digne héritier…
Il était une fois 5 garçons vivant à Ioannina, charmante ville de plus de 110.000 âmes nichée au bord d’un lac et située au nord-ouest de la Grèce. C’est une ville étudiante, jeune et vivante et c’est donc ici que vivent nos 5 gaillards, tous férus de rock. Nous sommes en 2010, la scène stoner grecque est sur le point d’éclore et, avec lui, le groupe Villagers of Ioannina city, un nom de scène d’une simplicité évidente. Une première démo est enregistrée mais le succès est relatif, le pays n’étant pas (encore) friand du genre. Pourtant, le groupe décide de mixer stoner et folk traditionnel grec pour un résultat, s’il n’est pas encore au top niveau pour lutter contre les grosses écuries, assez original pour attirer l’attention sur eux.
Quatre ans passent, les Villageois arpentent les salles du pays et balancent une première salve du nom de « Riza ». Addictif dès les premières secondes et bénéficiant de compositions psychédéliques à la fois étranges et magnifiques, l’album trouve son public, le groupe fait la tournée des festivals estivaux et se fait un nom dans le circuit. Puis, plus rien, 5 longues années de mise en sommeil. Et 5 ans sans nouvelles, dans le petit monde du stoner, c’est long, très long. Trop long. Mais on l’a vu avec le dernier Lowrider ces dernières semaines, plus c’est long, plus c’est bon…
Septembre 2019, nos amis villageois sont de retour et balancent sur la toile l’album « Age of aquarius » (l’album sort ces jours-ci en physique chez Napalm Records)… L’intro, justement intitulée Welcome, déclare à qui veut l’entendre « bienvenue dans une nouvelle ère »… Villagers of Ioannina city a affuté ses gammes, décortiqué religieusement la production actuelle et en a tiré cet objet, « Age of aquarius », sous un artwork d’une beauté à couper le souffle. Pourtant, du souffle, il va vous en falloir pour reprendre votre respiration après le titre éponyme, couplé à Welcome, près de 12 minutes en apnée totale ou la voix angélique d’Alex Karametis vous entraîne dans un tourbillon de sensations, comme un tour de Space mountain mais en cent fois plus intense. Cà continue avec un sublime Part.V qui vous laisse pantois de bonheur, en apesanteur sur le monde des vivants avec des arpèges de guitare divins et toujours cette voix d’une sublime douceur qui vous emporte loin, très loin… On ne va pas détailler tous les titres car ce serait redondant et le dictionnaire ne comprend pas assez de superlatifs pour exprimer ce que l’on peut ressentir à l’écoute d’un tel monument.
« Age of aquarius » est sublime de bout en bout, ce qui n’était pas gagné d’avance vu sa longueur de 66 minutes. Mais cette heure et ces 6 minutes de bonheur font éclater les barrières entre les genres, rassemblent les humains et brisent les conventions qui veulent que le stoner soit une musique de niche. Un nouveau cap a sans doute été franchi par Villagers of Ioannina city : celui d’atteindre la cîme de l’Olympe, tutoyer les cieux et s’approcher un peu plus du paradis. En tout cas, l’auditeur, lui, en est plus proche que jamais…
Lee Dorrian continue sa mission d’activiste de la cause, avec depuis quelques temps la branche “Relics” de son label Rise Above, destinée à réhabiliter d’anciens groupes (généralement anglais) passés en quelque sorte à côté du succès que leur talent aurait pourtant justifié. Il faut dire que les années 70 proposaient aux artistes une grande liberté, mais aussi peu de structure d’accompagnement : pour 1 groupe dont le succès explosait et qui se retrouvait convoité par les plus grosses maisons de disques, des dizaines de formations plus obscures ne bénéficiaient d’aucune visibilité et s’étiolaient, usés ou démotivés. C’est un peu le cas avec Cycle : le groupe du Nord-Est de l’Angleterre s’est construit au début des années 70 un succès populaire local incontestable, a sorti un premier album autoproduit, publié à quasiment 100 exemplaires ! Quelques années plus tard, ils en ont enregistré un second en 1973… qui n’est jamais sorti ! Le groupe s’étant arrêté ensuite, les enregistrements ont pris la poussière, et Dorrian nous propose donc enfin de les entendre, évidemment un peu tardivement, avec un son impeccable pour des enregistrements d’époque.
Le disque proposé par Rise Above Relics reconstitue donc l’entièreté des enregistrements du groupe : ses deux albums, mais aussi deux raretés (des démos de 1975, avant qu’ils ne se séparent). Soit plus d’1h20 de musique quand même ! Un gros bébé à digérer, que le puriste pourra écouter album par album… A noter que l’édition CD propose un beau livret de 40 pages, avec documents d’époque et notes détaillées sur la carrière du groupe.
N’y allons pas par quatre chemins : le potentiel du groupe ne met que quelques minutes à se faire jour. Les premiers titres, leur variété, leur richesse, leur inventivité, suffisent à installer ce qui est un acquis pour le reste de l’écoute du disque : le talent est au rendez-vous. Le premier album (les six premiers titres) propose déjà en lui seul une vitrine foisonnante du spectre musical du groupe : du rock garage de “Rich Man, Poor Man, Pig” à la pure balade ultra catchy “Mr Future”, en passant par le trippant “Father of Time” en mode heavy space rock, et même cette imparable bluette électro-acoustique “S.B. Blues” faisant penser à du Santana (les leads de guitare, les percus), bref tout y passe.
Le second album ne montre aucune baisse de régime, en proposant lui aussi une demi-douzaine de brulots où se dessine une recrudescence d’influences prog, mais aussi space rock (voir la suite de “Father of Time”, dont on retrouve une vision plus “space” avec bruitages dignes des Hawkwind les plus cheesy), sans jamais s’éloigner d’une belle structure rock / heavy rock, à travers quelques perles comme ce galopant “Travelling Man” ou un “In the Beginning” à tiroirs, suave mid-tempo chaud comme la braise, au son de gratte juste rêche comme il faut sur les attaques heavy, et lisse et coulant sur les plans les plus calmes. De manière aussi logique que finalement vertigineuse, les dernières démos du groupe l’amènent encore vers de nouveaux territoires, avec un “Walking Through the Darkness” qui les voit se frotter au funk-soul (cette attaque de guitare, cet orgue…) tout en balayant plein d’autres courants en moins de 6 minutes, tandis que l’annonciateur “Dawning of the Last Life” les voit proposer un mid tempo un peu alambiqué où les sonorités space rock un peu clichés (beep beep bloop) viennent finir d’enrober le morceau.
Quatorze chansons, donc, où se mêlent trésors d’inventivité (des breaks venus de nulle part, des arrangements chelous, des plans instrumentaux décalés), mais surtout deux facteurs qui font toute la qualité de ce disque : en premier lieu, le talent de composition de ces trois britons laisse rêveur, les riffs et les mélodies sont incroyables (croyez-en la parole de votre humble serviteur : après une seule écoute, vous vous rappellerez des mélodies de “Confusion”, Mr Future” ou autres “Earth & Sun”), les structures variées, les instrus toujours bienvenus… Après de nombreuses écoutes, on est à chaque fois un peu plus bluffé. L’autre facteur clé de cette galette, c’est ce sentiment d’ouvrir une fenêtre directe vers les “vraies 70’s”, à travers un groupe qui n’a probablement pas pu apporter une pierre significative à l’édifice musical dont on a hérité (faute à pas de chance, cf. intro de cette chronique) mais qui en propose une image authentique et qualitative, avec tout ce qui caractérisait cette période musicale pour les groupes de rock : des bases blues solides, une créativité débridée, et des plans musicaux “dans leur jus”. On dégustera ainsi des montagnes de soli de guitare remarquables, un son de basse rond et groovy, et globalement tout ce qui fait le charme de ce son souvent copié mais jamais égalé (car protéiforme).
En résumé, de multiples sentiments émergent à l’écoute de ce disque. Celui d’un profond gâchis avant tout, et donc d’une certaine tristesse finalement, d’entendre la qualité d’un groupe qui n’aura pas pu laisser la trace qu’il méritait dans l’histoire de la musique. Mais le plaisir d’écoute l’emporte au final, et on a du mal à se défaire de ce disque remarquable.
Bible Black Tyrant est avant tout le bébé de Aaron D.C. Edge, multi-instrumentiste barré, mono-maniaque du riff qui fait saigner et du mur du son, à l’initiative de plein de projets musicaux ces dernières années, qui ont rarement dépassé la production d’un album, voire d’un EP… On a en particulier entendu parler de lui quand le projet Lumbar a émergé il y a quelques années à l’occasion d’un album : largement vu comme un super-groupe avec Mike Scheidt (Yob) et Tad Doyle (Tad), le projet était en fait initié et porté par Edge, en maître d’œuvre discret d’un album qui aura néanmoins déçu au regard de son casting trois étoiles. Par ailleurs, Edge étant atteint de sclérose en plaque, et pièce maîtresse de chacun des projets, difficile de les envisager plus loin que sur albums, le musicien ne pouvant que difficilement envisager de se produire en live au vu de son handicap. C’est donc sur disque que l’on a le plus souvent l’opportunité de l’entendre, ce qui fut le cas il y a une paire d’années avec le premier disque de Bible Black Tyrant : Regret Beyond Death nous avait alors présenté une galette complexe, proposant une sorte de sludge à la froidure extrême, pas si loin du post rock, un disque hybride foisonnant d’idées et de sonorités. Doté d’un artwork dans le même concept (motif gris clair / gris foncé), on reçoit donc le second disque du groupe, trio presque devenu duo, puisque la formation s’est resserrée autour de Edge et Tyler Smith, batteur extraordinaire qui s’est notamment révélé sur le dernier Eagle Twin.
Ça commence âpre et sec avec « A Snowflake of Death’s Denial » qui laboure les tympans sur un riff bien craspec jumelé à un pattern de batterie martial, qui rappelle le Conan des débuts. Le tout est vite balayé par une séquence de plusieurs minutes où s’enchaînent des plans variés, sur un lit claquant de basse bien saturée, avant de se replonger vers un final reprenant le riff introductif. Un peu déboussolé, on se prend direct « Valorous » en pleine face, un glaviot sludge-doom pur-jus porté par une paire de riffs (couplet + refrain) définitifs et toujours un chant mélangeant avec une subtilité infinie déglutition grasse et aboiements hargneux. « Panic Inducer » prend la suite et porte bien son nom : le titre de 7 minutes enquille les ruptures de rythmes violentes et séquences WTF (ce violoncelle geignard explosé par ce déluge d’amplis), au risque de susciter chez l’auditeur sensible et non-averti toutes sortes de crises (cardiaque, d’angoisse, d’anxiété, de foi(e)…). Retour du violoncelle en intro de « Infinite Stages of Grief », une courte décharge de gros sludge qui tergiverse un peu moins. Et le tout se termine par un vilain « Sickening Thrum », larvé lui aussi de breaks vicieux en embuscade et d’une montagne de riffs salaces.
Le mini-album se résume donc finalement bien à la description aussi imparfaite de ces 5 coups de poings nerveux, piochant musicalement dans diverses variantes d’un sludge aussi gras que lent, mais jamais monolithique – loin s’en faut. Un dénominateur commun se dessine, basé sur des compos dénuées de toute forme traditionnelle de structure musicale, le tout embarqué avec cohérence par un socle sonore qui donne tout le liant à ce projet : des lignes vocales où se partagent agression et goût du gras, une mur de grattes présent sur tous les plans (riffs-montagnes, ambiances sonores variées, rythmiques foutraques) et un jeu de batterie balayant tous les registres, de la lourdeur basique des plans les plus dooms jusqu’aux plans les plus barrés. L’ensemble se révèle toutefois un peu court (moins de trente minutes, même aussi denses, c’est quand même juste), mais avec le recul plus massif encore que le premier album : plus homogène, plus mature, plus cohérent… Le propos est plus maîtrisé globalement, même si, paradoxalement, la musique de Bible Black Tyrant reste aussi imprévisible qu’insondable.
Ce disque vous l’aurez compris aura du mal à trouver sa place dans la discographie du fanatique exclusif de psyche rock tendance folk acoustique. Il trouvera en revanche tout son sens pour accompagner les porteurs d’idées noires et les amateurs d’ambiances crasses, ceux qui aiment écouter leur musique mâchoire serrée et nuque tendue. Une agression en règle, à la musicalité complexe.
Ummon est le petit dernier de Slift, trio toulousain versant dans le space, psyche barré astral. Cette sortie chez Vicious Circle et Stolen Body Records est joliment illustrée par Caza, dessinateur ayant fait ses preuves notamment chez Métal Hurlant où Pilote et édité chez Dargaud, Les Humanoïdes associés ou encore Delcourt. Excusez-moi du peu! Donc si le ramage se rapporte au plumage, avant même d’avoir fait tourner l’objet on est en droit d’attendre de la qualité.
La qualité ne tarde pas à faire son entrée avec une avalanche de notes pour introduire la plaque sur “Ummon”, titre éponyme puissant tout autant que profond. Voilà qui ne laisse présager que du bon pour la suite. Du bon, mais du complexe. En effet, car plus on déroule l’objet plus on s’y perd. L’œuvre est dense et le trio a fourni beaucoup de boulot pour se faire plus gros qu’il n’est. Leur space rock tout à la fois massif et aérien (A ce sujet je recommande “Citadel On Satellite”) donne l’impression que le trio est en fait foule comme le démontre la densité de “Hyperion” qui englouti l’auditeur.
J’en viens à repenser à l’artwork issu d’une époque où les dessinateurs de SF donnaient dans les encrages gluants et organiques. Une époque où la SF en BD était faite de violence et de sexe. N’allez pas me demander pourquoi mais chez Slift il y a de ça, le groupe sent l’humanité à plein nez et même si les toulousains font voyager l’auditeur en plein space opéra sur “Hyeprion”, le chant scandé appuyé par la batterie donne envie de se jeter dans l’orgie avec eux, d’invoquer des créatures venues d’ailleurs avec la prière “Altitude Lake” et de caresser la basse ténue et soyeuse qui coule en arrière-plan de “Sonar” où l’ensemble flirte allègrement avec le jazz fusion.
Le chant porte de façon singulière tout l’album, renforcé d’effets il amplifie le propos et participe de cette sensation enveloppante qui caractérise l’écoute. Mais comme déjà dit, l’effort n’est pas monolithique. “Lions, Tigers and Bears” et son pont qui accélère pour offrir l’espoir d’un décollage intergalactique démontre une fois encore que toute la force du groupe est de ne pas jouer dans la convenance, l’explosion n’arrive pas et ce pont s’enfonce vers des abysses doomesques surprenantes au milieux d’une galette qui n’en a en rien les oripeaux. Ummon est protéiforme et c’est l’occasion une fois de plus de le rappeler.
Ummon est un album dont il est compliqué de parler tant la richesse qu’il continent à tendance à noyer l’auditeur. Ce qui est certain c’est que cette richesse fait la force et la faiblesse de l’œuvre. Il est difficile de graver la plaque dans sa mémoire car elle regorge de variations. Slift affirme autour de cet album son humanité, tout en même temps forte et faillible, le trio donne beaucoup de grain à moudre à celui qui se donne la peine de revenir sur l’écoute avec attention et c’est bien ce qui fait la qualité de cet album d’une durée exceptionnelle de plus d’une heure.
Ce qu’on aime tant dans le stoner, c’est justement qu’il n’y a pas qu’un seul style de stoner: hard, heavy, psychédélique, space, sludge, rétro, il y en a pour tous les goûts et pour toutes les oreilles. Et ce qu’on aime encore plus, c’est quand un groupe transcende les genres, mélange les sonorités et les influences, prend des risques et sort de sa zone de confort. C’est vrai quoi, il n’y a rien de plus appréciable que de découvrir le nouvel album d’un groupe qu’on apprécie et de se rendre compte que ledit groupe propose quelque chose de neuf, d’original et qu’on n’attendait pas du tout.
Quand j’ai appris qu’Humulus sortait un nouvel album, je me suis dit au fond de moi: « chic alors, je vais me retrouver avec un bon album de stoner bien classique composé de 8 titres de 5 minutes et que je vais passer un bon moment mais rapidement oublié. Les gars sont chez Kozmic Artifactz, pourquoi se casser le cul à prendre des risques… ». Surtout qu’une récente interview du groupe annonçait que le groupe voulait travailler sur des chansons courtes et qui pourraient plaire au plus grand nombre… Plaire au plus grand nombre, les gros mots sont lâchés, nous qui adorons rester dans l’ombre, entre nous, bien au chaud dans nos petites salles au milieu de nos congénères…
Bref, de quoi avoir quelques frissons légitimes avant de poser The Deep sur la platine. Mais de frissons, il y en aura mais ce seront des frissons de plaisir à l’écoute de la mise en bouche qu’est « Into the heart of the volcano sun »… Près de 15 minutes d’un voyage au cours duquel tous vos sens seront mis en éveil. Débutant comme un trip cosmique à la Electric Moon, le titre prend son envol dès l’apparition de la voix d’Andrea Van Cleef, sublime, prenante, qui vous chuchote des mots doux à l’oreille avant de vous les faire dresser avec un riff tellurique et un solo beau à pleurer. Le priapisme vous guette, mes amis!
Les festivités continuent avec « Hajra », superbe titre de 8 minutes qui bénéficie du jeu subtil d’Andrea (sans parler de son organe vocal à la puissance folle) qui fait ronronner de plaisir sa gratte. La montée en puissance est juste parfaite et elle serait à montrer dans toutes les bonnes écoles de stoner (d’ailleurs, à quand la première école du genre?). « Devil’s peak » ouvre la face B avec un titre très bluesy qui vous fait immédiatement dodeliner de la crinière et nos 3 brasseurs italiens (ah oui, j’oubliais, les garçons fabriquent leur propre bière qu’ils vendent au merch lors de leurs concerts!) proposent une chanson très travaillée à la production aux petits oignons qui tranche un peu avec l’esprit « jam improvisée » de la face A. C’est alors que déboule la petite douceur, intitulée « Lunar queen »… Préparez-vous à emballer en concert avec ce slow joué à la guitare acoustique et bénéficiant de la voix d’ogre lubrique d’Andrea, décidément très en forme. Puis il est déjà temps de se quitter mais pas avec n’importe quoi: en effet, quoi de mieux qu’une (seconde) merveille de 15 minutes pour clore cette galette? « Sanctuary III – The Deep », c’est son nom de baptême, est construit comme un titre de rock progressif que votre grand-père écoutait au début des seventies: orchestration sublime, mise en abîme idéale, c’est du Genesis à la sauce 2020… Et ce riff, et ce jeu de basse, et cette batterie surpuissante! Non, vraiment, Humulus a fait un sacré putain de bon boulot sur cet opus…
Pas la peine de tourner autour du pot: j’ai été réellement emballé par The Deep et je remercie chaleureusement Humulus pour le bonheur procuré par l’écoute de cet album qui fera date. Allez, j’ose: il est du niveau du dernier Lowrider, carrément! Je ne le note pas 10/10 car l’album parfait n’existe pas mais croyez-moi, je ne suis pas loin de le penser!
Un peu passés sous les radars depuis leur formation en 2015, Shadow Witch (paye ton blaze cliché) n’a pourtant pas attendu en se roulant les pouces, proposant avec ce Under the Shadow of a Witch (paye ton titre d’album cliché) rien moins que leur troisième album en 5 ans de carrière, donc. Sortant désormais sous le saint patronnage de Argonauta records, un label qui ne paye pas de mine mais qui propose depuis plusieurs mois un sacré paquet de belles galettes, c’est avec une oreille intéressée qu’on s’est penchés sur leur production.
Le quatuor américain évolue dans une branche plutôt metal du stoner, assez endémique des USA. On y retrouve notamment des influences de doom old school US, à la mode Pentagram/Trouble (voir sur « Witches of Aendor » par exemple), mais aussi des plans plus modernes, emblématiques du metal énervé post-grunge qui vivote aux USA en particulier depuis une paire de décennies. Cette habile hybridation musicale rend l’écoute de ce Under the Shadow of a Witch plutôt agréable, car variée et jamais rébarbative : le groupe ne se retrouve jamais isolé dans un coin, fermé dans un carcan musical. Néanmoins la dominante reste quand même assez heavy et les amateurs d’ambiance planantes devraient regarder ailleurs.
S’appuyant largement sur la puissance vocale de son chanteur Earl Lundy, qui pèse lourd dans l’empreinte sonore du groupe et son identité, Shadow Witch se repose aussi lourdement sur un jeu de guitare assez prépondérant, encore une fois « à l’américaine » : gros riffs (« Spearfinger », « Witches of Aendor »…) , variété de sons (« Wolf Among the Sheep » et ses plans limite Mastodon-esques, « Shifter » et sa rythmique qui rappelle presque des plans neo…), soli en cascade (« Saint Magdalene », « Demon’s Hook »)… pas de virtuosité, mais un effort réel sur ce biais – si bien que l’on se demande souvent comment en live le pauvre Jeremy Hall parviendra à tenir seul la baraque sans binôme à la 6-cordes.
Bref, Shadow Witch ne propose pas le disque de la décennie, mais une galette solide et punchy, faisant autant honneur aux parrains du doom US qu’aux classiques metal ricains de la dernière génération. L’ensemble est élaboré avec soin, sérieux et passion, un travail d’artisan dévoué à la cause du heavy stoner de qualité. Les titres catchy s’enchaînent et devraient satisfaire un public amateur de cette tendance musicale peu représentée sur le vieux continent.
En provenance des froides contrées d’Oregon, Blackwater Holylight sort de la brume en 2018 avec son album éponyme. Riffs entêtants, atmosphères psychédéliques et chants prêt à nous posséder, les américaines ne réinventent pas le style mais gâtent les amateurs de la scène revival.
C’est donc avec plaisir que l’on se jette dans leur second album Veils of Winter, qui avec le titre “Motorcycle” sorti comme teaser, semble davantage tirer sur la face heavy du groupe. “Seeping of Secrets” entame l’album avec ses riffs puissants et un groove très prenant. “Motorcycle”, de par ses chœurs mystiques, son pont à tendance pachydermique et sa mélodie entraînante, nous montre ce que le groupe sait faire de mieux.
On commence à le savoir, les américaines manient à merveille les changements d’ambiances. Et Veils of Winter nous embarque ici, morceaux après morceaux, dans un trip plus sombre et hivernal porté par une basse pesante et répétitive ainsi que par les voix toujours aussi envoûtantes de Hopkins et Faris. Les rythmes lents posés par “The Protector” ajoutés aux notes de pianos et de synthés sur le titre “Daylight” viennent renforcer ces ambiances froides et mystiques. Mais voilà… tout voile finit par tomber et celui déposé par Blackwater Holylight va doucement s’effriter avec les mélodies plus pop de “Death Realms”, puis avec les vagues psychédéliques de “Lullaby” et “Moonlit” (et son très joli solo final).
Avec le choix d’une musique plus lente et axée sur les riffs, mais qui conserve ses contrastes musicaux efficaces, Blackwater Holylight affirme son identité et vient proposer autre chose que le heavy-rock psyché plus conventionnel de son premier album. Un poil inégal par moment, ce Veil of Winter peut paraitre frustrant à la première écoute. Mais il saura toucher le cœur des fans du genre et hypnotiser son auditeur pour le perdre dans ses ambiances brumeuses.
Ritual King et nous, ça a failli être l’histoire d’une rencontre manquée. En effet, dans la liste de ses influences sur sa page Facebook, le groupe cite en 1er de sa liste Blues Pills. La faute technique. On vous avoue, on a failli en rester là.
Heureusement abnégation et professionnalisme se sont donnés la main pour nous botter les fesses (!) et c’est en regardant les autres groupes de cette liste qu’on s’est aperçus que manifestement, c’était n’importe quoi : Orange Goblin, Danava, Elder, Clutch, Asteroid… C’est à mi-chemin entre un jeu de Kamoulox et le best of du mode random sur le profil streaming d’un desert-rocker lambda ; en tous les cas pas vraiment un jeu d’influences homogène. Il ne suffit d’ailleurs pas de longtemps pour s’en rendre compte et donner envie de se pencher plus sérieusement sur la musique de ce jeune trio mancunien. On ne sait d’ailleurs pas grand chose de ces anglais, si ce n’est qu’ils sortent ici leur premier album après trois ans d’existence, sur le label US Ripple Records, label opportuniste (dans le bon sens du terme), souvent qualitatif, proposant depuis des années un spectre large de musiques saturées, que l’on suit toujours de près.
Ritual King, donc, propose une galette solide et resserrée sur 7 titres pour moins de 45 minutes (honnêtement, le format idéal pour ce type de musique aurait justifié une chanson supplémentaire…). Musicalement, tout ça est très solide, efficace, riche et assez varié, tout en restant sur une base blues-rock vaguement retro-psyche plutôt constante et efficace. Sur ce socle invariant se greffent donc au fil des chansons des composantes plutôt enthousiasmantes et des sonorités variées (voir les plans hispanisants de “No Compromise” entre autres arrangements malins). Instrumentalement, le trio s’y entend, le jeune Jordan Leppitt alignant quelques très beaux (et jamais très longs) soli de guitares, quand le groupe ne part pas directement en mode jam band pour quelques mesures (encore une fois jamais entropiques), ou même en mode instrumental sur des titres entiers (le très enthousiasmant “602”). Et puis les petits jeunes écrivent bien aussi, proposant quelques riffs et mélodies bien entêtants (le gimmick de “Headspace”, le riff mid-tempo de “Dead Roads”, celui de “Valleys”, l’intro bien énervée de “Black Hills”…) et des structures de titres assez couillues (“Dead Roads” encore, qui enchaîne les différentes séquences musicales sur plus de 7 minutes). Coté influences, ça picore ici ou là. Effectivement l’axe Elder (voire King Buffalo) peut s’entendre sur quelques arrangements ou structures de morceaux ici ou là, mais on captera aussi des plans qui rappellent Brant Bjork (sur “Valleys” par exemple), Fu Manchu, Stoned Jesus…
Quoi qu’il en soit, on tient là un groupe au très bon potentiel, qui, s’il aligne facteur chance et opportunités de tournées, pourrait bien devenir grand dans les prochaines années. Dans ce contexte, faire l’acquisition de leur premier album relève du sage investissement ; sachant par ailleurs qu’il est plutôt bon, le choix devrait être vite fait.
Refaire la promo d’un album pour une réédition de celui-ci n’est pas l’apanage des stars mondialement reconnues. Parfois un Petit Poucet et son label à l’accent jovial s’y attèlent. C’est le cas pour Motsus et Polder records avec le pressage en vinyle de leur premier EP, Oumuamua, sorti en CD en 2018 déjà.
On pourrait nager en plein paradoxe avec ce trio qui affiche sur l’artwork de son disque un satellite et débute sa première piste avec démarreur d’un camion. Il n’en est rien. Motsus se classe parmi ces groupes qui font du Stoner/doom bien carré.
Oumuamua est une galette instrumentale où les compositions reposent bien souvent sur les blasts des trois instrumentistes. Quand je dis bien souvent, il faut aller écouter “King And Queen” dont c’est le principal ressort, “Warm” le second titre qui joue la boucle et “Exploder (part I)” avec son riff de basse démoniaque pour confirmer la sentence.
Alors au final qu’à t-il de folichon cet album, me direz-vous? A vrai dire on finit l’écoute sans trop savoir. C’est clairement une chouette friandise que ce Motsus. La basse est métallique à souhait, la gratte joue des boucles aguicheuses et la batterie saupoudre le tout d’un peu de piment. Ça joue gras et lent dans un pur esprit doom mais sans en avoir l’air.
Pourtant sur disque policé Motsus sait surprendre, avec “Freddy” notamment, cette piste a un truc à elle et joue le rôle de fève dans la galette. Le ton y est juste et il y a fort à parier qu’en live elle risque de casser quelques nuques et de mettre certains en transe. “Hootchy Wootchy” ne sera pas en reste jouant l’engouement sur une simple frappe de cowbell en introduction et faisant virant ainsi toute objectivité de l’écoute pour la suite.
On aurait pu dire que Oumuamua n’était pas une réédition nécessaire si Motsus avait pu faire valoir sa place lors de sa première sortie. On louera donc l’effort de Polder Records et de Motsus qui permet d’épingler une étoile de plus à la galaxie desert rock.
2020 va être une année bien chargée pour Kirk Windstein, qui vient d’annoncer son retour dans Down de manière permanente (le groupe va t’il enfin rémunérer correctement ses musiciens ?) en plus de la publication dès le premier mois de cette nouvelle décennie de son tout premier album solo. Un album solo pour le seul maître à bord du vaisseau Crowbar, que Captain Kirk gère comme un vrai chef d’Enterprise (non je n’ai pas mixé les lettres, j’ai fais une référence à Star Trek) ? Etonnant. Sauf à considérer que ce n’est pas tant de ses petits camarades que le guitariste aux courtes pattes cherche à s’affranchir mais bien de l’imposant mur du son qui caractérise sa formation a(d)mira(b)le.
Dream In Motion offre une première écoute déroutante. Tout ici sonne comme du Crowbar allégé, à faible teneur en matière grasse. Mais cette voix rocailleuse ne peut pas vous tromper, ni les rythmes lents, lourds, chargés ras-l’accord d’un désespoir entendu. Kirk a des patterns de composition et ni l’âge, ni la liberté que lui offre cette échappée ne va y changer quoi que ce soit. C’est inscrit dans son ADN. La différence se fait alors sur le traitement sonore. Car c’est ici que se trouve la lumière. La production est claire comme un ciel d’été. Chocking, nous autres vampires sommes si peu habitués. Et plus encore, des nappes de claviers, voire quelques notes de piano, viennent agrémenter l’album de leurs subtiles mais néanmoins réelles touches d’espoir, colorant jusqu’à l’intonation vocale du divin chauve (« Necropolis »).
Alors il faudra s’accrocher, il faudra plusieurs écoutes pour déceler le beau plus que l’escroc. C’est d’ailleurs surement pour cela que le public semble avoir prioritairement retenu la reprise du « Aqualung » de Jethro Tull qui clôture l’album. Plus sombre, plus convenue, elle est un point d’entrée idéal dans l’univers doux amer de ce très, mais alors très bel album.
Point vinyle :
eOne a fait les choses bien pour cette toute petite sortie (à l’échelle du plus grand label indé américain) en proposant une version double album transparent et splatter du plus bel effet.
Troisième LP et première signature chez Small Stone Records, le quartette ricain Seven Planets ne fait pas figure de rookie du stoner puisqu’il officie depuis 2007 et peut s’enorgueillir de 25 piges de pratique au sein de diverses formations. Cette année le groupe nous emmène voyager un bout au sein de son univers coloré, à bord de son Explorer.
A l’écoute de Explorer je me suis trouvé comme en arrêt devant un panorama où avançait lentement un animal pansu et coloré dans les prairies du psychédélisme. Le boulot fourni est assez beau à entendre, et n’est pas sans rappeler la façon d’être d’un Led Zepplin en particulier sur les pistes “Plain Truth In Homespun Dress” ou “Seven Seas”. J’ai aussi retrouvé ici ce qui faisait mon affection pour les russes de The Re Stoned, dans un registre parfois très proche.
Des sonorités qui fleurent bon le bois électrifié et le vernis qui craque. À la première écoute c’est un groupe porté par les guitaristes, pourtant, les riffs de basse font bien plus que le job de support et sont une véritable valeur ajoutée à l’ensemble. Si tout au long de l’album la batterie est discrète, jouant le scintillement des cymbales bien plus que le tonnerre des fûts. Le titre “Explorer” lui laisse remarquablement de quoi s’épanouir et c’est toujours sur ce registre qu’elle s’exprime, puisant généreusement dans le contretemps pour satisfaire l’amateur de l’instrument. Seven Planets en bon groupe de stoner instrumental est probablement un jam band. Peut-être n’en est-il rien car tout semble construit et on ne butte sur aucune incohérence même lorsque les guitares s’emballent. Cependant, c’est bien dans un pur esprit jam que ces dernières se mettent en branle systématiquement et le groove bluesy de la montée de “Great Attractor” ne me fera pas mentir, pas plus que le titre “Grissom” tout entier.
Les thèmes sont proches les uns des autres et l’enchaînement de “Explorer” et “206”(Aucun jeu de mot automobile n’est présent ici.) se fait naturellement bien que ce dernier titre marque une envolée rythmique souveraine qui porte une bonne partie de la suite de l’album. Explorer ne perd jamais son souffle et Seven Planets aboutit un album à réécouter plus qu’à écouter. Chacune des auditions livre une nouvelle facette de la plaque et confirme toujours le même étonnement pour le dernier titre “Buzzard”, mais je vous laisse le soin de vous pencher sur la question en allant écouter le disque.
Que l’on soit amateur de morceaux lents et pensifs ou de pastilles rapides et échevelées, il y aura de quoi trouver son bonheur dans Explorer. Cette plaque qui aura pris beaucoup de temps pour éclore, avec une genèse en 2014 a emmagasiné un bout d’histoire des gars de Seven Planets et de fait est un objet pour écoutes répétées et attentives. Il y a fort à parier que si tu accroche dès la première audition, il te faudra du temps avant d’user totalement l’objet.
Septième production depuis 2004, il serait faux de dire que Giöbia en est à son coup d’essai. Le groupe italien signe cette fois et toujours chez HPS un Plasmatic Idol, qui aurait bien fait une B.O pour Blade Runner, tant à l’époque de sa sortie au cinéma que pour un futur remake. (Si un réalisateur intéressé lit ceci, qu’il s’abstienne, on a déjà assez fait de mal à ce film)
The Doors, Led Zeppelin, Pink Floyd, Monkey 3, Hakwind, Monster Magnet, voici quelques influences ou idées que vous trouverez au sein de Plasmatic Idol. Il fallait bien une énumération liminaire pour ne pas trop s’accrocher aux références et se concentrer pleinement sur l’album.
Avec Plasmatic Idol, Giöbia garanti un voyage avec ou sans substances. La batterie s’y pose en élément moteur, elle tourne calmement mais rond et permet aux cordes de se tendre et de résonner depuis un point lointain de la galaxie. “The Escape” ou “Far behind” sont la déclinaison space rock du psychédélisme du groupe, ces titres éprouvent le concept de voyage temporel. Leur musique éveille quelque chose de profond, de connu mais d’indéfinissable. Cet indéfinissable inscrit d’ailleurs Plasmatic Idol dans une rupture par rapport aux albums passé. Il faudra aller y jeter une oreille pour se faire une idée mais quelque chose me dit que tout ceci est lié à une mise en exergue du côté space rock sus-cité métissé d’un soupçon d’orientalisme qui émaille différentes compositions ici présentes.
Les Milanais arrivent à prendre aux tripes avec des mélodies apaisées comme à l’image de Hardiwar, un titre qui s’installe comme une vieille connaissance venue murmurer quelques paroles décousues mais apaisantes à l’oreille. Les nappes de synthé font beaucoup pour l’atmosphère de cette production, plongeant l’auditeur dans un univers coloré où l’on imagine très bien nos musiciens assis en tailleur sur un tapis (volant) comme à la belle époque baba, jouant “Heart Of Stone”.
Giöbia confirme avec Plasmatic Idol sa place auprès des gardiens de l’esprit des sixties tout en continuant de dépoussiérer le genre. Un album avec beaucoup de sensibilité et de doigté qui permet une écoute prolongée qu’elle soit méditative ou pleine d’attention pour ce qui se passe au cœur des morceaux. En résumé la plaque ne fait pas changer son fusil d’épaule à Giöbia qui pour autant ne tire plus tout à fait dans la même direction qu’avec ces précédents efforts.
Plus Crossover que moi tu meurs, voilà quel aurait pu être le nom du premier album de Blutbad. Au lieu de ça les quatre italiens font le boulot tout en subtilité en choisissant pour la plaque le nom de Alcohodyssey. Finesse quand tu nous tiens!
Si tu cherches à faire la fête autour d’une plaque celle-ci pourrait bien te séduire. Elle a tous les trucs et astuces du festif réussi. L’album virevolte dans tous les genres possibles, ce qui déjà le classe d’entrée comme babiole pour non spécialiste et permet de fédérer un maximum. Les choix cependant sont toujours pêchus, on y trouve du punk, du thrash, du grunge, du surf, du rock à la Motörhead mais aussi et surtout du stoner bien gras. (Oui tout de même justifions la place de Alcohodyssey sur cette page.) Quoi qu’il en soit les variations de genre donnent toujours naissance à des titres cohésifs en en particulier quand le chant se fait en chœur comme avec “I want to believe”
J’insiste, cet album ne se prend jamais au sérieux comme le laisse supposer le choix des titres: “Alcohodyssey part.1 (The space adventures of the hopshunter)”, “Sunday Of Living Dead” ou encore “Flash Goldon” (Probablement du nom de Goldon, le fabricant de Xylophone). Blutbad, c’est un peu la part de connerie qui vit dans Red Fang, va jeter un œil au clip en bas de page et tu verras ce que je veux dire. Quoi qu’il en soit, tu peux laisser ton cerveau au vestiaire, aller chez l’épicier chercher une canette pleine de bourrins et commencer à hocher de la tête. Ouais, côté efficacité, Blutbad a fait le plein! C’est même ce qui a dû séduire Argonauta avant la signature, les gars sont capables de capter l’auditoire dès les premières mesures d’une compo, que ce soit avec le premier titre techno “Lost In Space” (je t’avais dit CROSSOVER, bordel!), les premières notes de “Die Alone” ou encore l’intro samplée de “Interstellaris”.
On va pas se leurrer, Blutbad ne figurera jamais dans les albums qui resteront note à note gravé dans ton esprit, c’est plutôt de la blague grasse entre potes bourrés. Et tu sais quoi? C’est fait pour! Alcohodyssey c’est le genre d’album à claquer sur une platine en cours de soirée une fois que tout le monde est bien déglingué et se rappeler qu’on est là avant tout pour se faire plaisir et qu’en l’espèce tous les moyens sont bons.