Lowburn c’est quatre potes fondus de rock qui après des années passées à naviguer de groupe en groupe ont décidé de fonder Lowburn sous l’impulsion de Tomi Mykkänen et Henkka Vahvanen, deux ex Battlelore (Non, je t’assure, reste encore un peu, tu vas voire c’est surprenant.). C’est un peu comme si la bande retrouvait les sensations de ses beuveries estudiantines l’expérience en plus. Autant te dire que ça sent la bagarre chez Argonauta records. Ça va tabasser fort avec ce second album de Lowburn, Phantasma.
Le moins qu’on puisse dire c’est que le quartet Finlandais prend le temps de reconstituer ses forces entre deux efforts. Doomsayer sentait déjà la poudre et la sueur, ce n’était qu’un avant-goût de ce qui arrive avec Phantasma juste quatre ans plus tard. Pantasma c’est un brûlot à la Monster Magnet lancé à toute vitesse pour venir percuter tes tympans et tout détruire, tu peux t’en assurer avant même la fin du premier titre “My Doom Dealer”. Alors bon, vu la référence usée jusqu’à la trame, on ne va pas se montrer trop enthousiaste…et…et pourquoi pas putain? Ça tient la route et c’est tout ce que je demande au moment où j’appuie sur Play, pas besoin de réinventer la poudre quand elle fait tout péter.
Bas du front Lowburn? probablement un poil, mais on est là pour s’amuser et attention ce n’est pas si bourrin que ça au final. La galette est émaillée de belles compos de gratte, les effets sont justes dosés. L’intro de “Walking On Thirds” en est témoin. Le réglage de la basse sonne avec le classicisme nécessaire et la batterie ne frappe pas en monolithe, elle dérive même vers des sonorités de congas alléchantes comme sur “Cloud Valley”. L’orientalisme du solo de “Hypnopomp” c’est un peu la finesse en plus et le groupe n’oublie pas de passer par la case bon hard à l’ancienne sur le solo de “Freaks” ou avec la tonalité de “Song of a Preacher”. (de là à dire qu’il y a une certaine logique entre le grand écart avec Battlelore…) L’album pourrait se résumer en une piste, “Walking On Thirds” qui est sans doute celle qui contient tout.
On pourrait s’y tromper, Phantasma n’est pas qu’un défouloir, Lowburn livre une seconde pièce maîtrisée par sa maturité. Il faut quelques écoutes pour jouir pleinement de la richesse du tout. Phantasma c’est la plaque qui s’écoute à deux degrés, au premier un bourre pif musclé, au second une œuvre qui fait tourner dans oreilles quantité de petites étoiles.
The Elephant une fois supprimé tous les accents liés au correcteur orthographique c’est plus costaud qu’une infusion de verveine issue d’une Scop. Ce trio italien devrait mettre Pesaro (Latitude : 43.8987/Longitude : 12.8437) sur la carte du monde stoner avec juste deux basses et une batterie. Le tout se retrouve gravé sur une plaque éponyme, The Elephant, un album accrocheur à plus d’un titre et à commencer par son artwork tribal comme si Picasso avait été infographiste.
The Elephant pour commencer c’est deux paires, une paire de Marco (Le bassiste et le batteur) et une paire de bassistes, (Le Marco bassiste et le bassiste premier vocaliste Giovanni) Ensuite quand tu tombes sur le trio c’est un peu comme si tu te retrouvais avec le petit frère de Dust Lovers. On y goûte la même originalité du chant et le swing des instrumentistes. Bien sûr il y a un peu plus que ça, sinon ce ne serait pas drôle. Giovanni sait se mettre brailler de sa voix rocailleuse et c’est la touche de force qui fait le sel du truc.
Les morceaux sont emprunts de poésie et t’invitent au voyage. Rien n’y est réellement linéaire comme sur le titre “Black White Alice” qui va et vient entre mélopée ensorcelante et stoner brut accrocheur. Outre le stoner The Elephant tape allègrement dans le blues à la manière d’un The Devil & The Almighty Blues comme c’est le cas avec la piste d’intro judicieusement intitulée “Mud Song” ou le blues plus classique de “Catfish”. Bref côté références on pourra se raccrocher à plus dégueulasse. Le groupe parvient même à frôler l’invocation avec “Monkey Demon” et ajoute à ses passages lancinants des crochets faits de saturation qui finiront de t’aguicher totalement.
The Elephant c’est un premier album avec la maturité d’écriture d’un énième. Il faut dire que les gars ont pris le temps de bosser ensemble dans d’autres groupes avant de former l’actuel projet. Plus haut je disais que rien n’était vraiment linéaire dans cette plaque, c’est partiellement vrai. Rien n’est linéaire si l’on considère les morceaux en tant que pièce finie, mais il y a de la magie car la galette s’écoute d’un seul tenant et si l’on n’y prête pas attention on finit l’audition sans s’être aperçu qu’il y avait plus d’une piste. Tu auras donc plaisir à trouver chez The Elephant outre de l’originalité et des compositions bien agencées, un souci de cohésion. Les morceaux n’étant pas jetés les uns à la suite des autres au petit bonheur la chance.
Pour ceux qui ne verraient pas l’intérêt de deux basses sans gratte, allez jeter une oreille sur “Summer Blood”. Cela devrait vous convaincre que le monde n’est pas réservé aux guitaristes. Cette piste s’ouvre sur un gimmick magistral où la lourdeur du trio basses batterie livre toute son efficacité. Ce Trio, c’est un groupe au groove délicieux dans lequel j’ai pris un réel plaisir à me vautrer ainsi que dans les parties de chant où les bassistes se doublent et où bien souvent ils ne suivent pas la même partition, un régal de richesse.
Pour un premier album The Elephant frappe fort, il ne serait que justice que le monde reçoive son album comme il se doit. Une plaque maîtrisée, riche, intelligente. L’assemblage est suffisamment rare au milieu des bennes déversée chaque jour par le Stoner. Il y a suffisamment de qualités dans cette galette pour qu’en ce dernier trimestre je ne sois pas loin de le mettre dans mon top 10 de l’année
Il y a quelques mois à la sortie de LifeMetal, Greg Anderson nous avait prévenu de la sortie de ce Pyroclasts (cf interview). Pour rappel donc, Pyroclasts n’est pas un véritable album de Sunn O))), il n’était pas prévu, et n’a pas été composé, non plus… En fait, lors de l’enregistrement de LifeMetal, les musiciens “du moment” (les albums du groupe rassemblent souvent plusieurs musiciens invités, qui se croisent en studio tout au long de l’enregistrement) lançaient chaque journée par une séquences musicale expérimentale improvisée, une séance de pur drone où chacun s’exprimait sur l’instrument de son choix, selon l’atmosphère et l’inspiration du moment, et même de l’instant. Chaque jour un enregistrement était donc effectué, avec comme seule contrainte la gamme musicale donnée pour lancer les hostilités. Pyroclasts, donc, le nom donné aux fragments de roches solides éjectés par les volcans en éruption… Sunn 0))) serait donc un magma de créativité, dont ils ont recueilli quatre extraits, les seuls fragments solides qu’ils ont gravé sur disque…
Les quatre plages composant ce disque correspondent donc à quatre sessions respectivement lancées sur les gammes de DO, SOL, MI et LA. Chacune porte un nom, clair mais énigmatique (“Frost”, “Kingdoms”, “Ampliphædies” et “Ascension”…). Énigmatique, la musique l’est aussi. Ne nous voilons pas la face : après des dizaines d’écoutes, même en étant fan du groupe, je cherche encore le sens de l’histoire… concernant Sunn O))), ça en dit long ! Pas de structure ici, pas de parcours, pas d’histoire, pas de travail sur la sensation voire l’émotion… On est sur du drone pur, de la mise en son en directe communion avec les artistes, sans concertation et, donc, sans construction.
Attention, on n’est pas néanmoins sur les délires bruitistes d’un nerd lambda qui lance 3 boucles sur son sampler et fais mumuse avec son synthé et son ordi. On est sur un groupe de musiciens qui interprètent ensemble un ensemble sonore, ce qui apporte une grille de lecture pas inintéressante en soi. Les couches instrumentales se cumulent donc, et chacun trouve sa place dans un tranquille maelstrom qui… ne va nulle part. Car encore une fois, il nous manque le chemin : une intro, une montée, une descente, un pic, un plateau, un virage… Ici tout intervient ensemble ou d’affilée, et, littéralement, les objets n’ont ni queue ni tête. C’est d’ailleurs illustré par ces conclusions calamiteuses et abruptes (le pompon à “Ascension”) qui montrent bien que les extraits ont été “ponctionnés” sans y chercher une quelconque structure plus ou moins “traditionnelle”. Alors “Ampliphædies”, le titre qui propose peut-être le plus de subtilités et d’aspérités, correspond peut-être à ce que l’on assimile plus habituellement à du Sunn O))) “classique” (!) mais on est quand même loin de nos repères…
Au final, donner une note à ce disque serait incongru : le positionner au regard d’une production musicale traditionnelle (même pour Sunn O)))…) serait aussi vain que stérile. Pyroclasts est un disque de Sunn 0))) (plusieurs centaines de personnes ont déjà commandé les multiples éditions vinyliques à la simple lecture de ce début de phrase…) mais peut-être pas réellement un véritable “album” dans leur carrière. Plutôt une parenthèse expérimentale. En tant qu’objet musical, il s’agit d’un ensemble instrumental dense, copieux et déstructuré, qui ne fera ni le job de musique d’ascenseur, ni celui de musique d’ambiance pour le prochain repas dominical en famille. Il s’écoute mais se prête peu à l’étude minutieuse, proposant trop peu d’aspérités ou de repères. Très peu probable dans quelques années de le retrouver dans le top des albums préférés des fans du groupe. Si les disques de Sunn O))) sont déjà des OVNIs pour vous, inutile de vous procurer celui-ci. Si vous aimez Sunn O))) en revanche, vous pourrez apprécier cette production.
16 ans ! Il aura fallu 16 ans aux ricains d’Orodruin pour nous pondre un successeur à Epicurean Mass, paru (vous aurez compté de vous-même) en 2003. Mais qu’est-ce qui s’est passé pendant toutes ces années et, surtout, pourquoi revenir sur le devant de la scène maintenant ? Certes, l’EP In doom les avait remis en selle en 2012 et les musiciens n’ont pas forcément eu le temps de s’ennuyer (ils ont bossé avec des groupes comme Gates Of Slumber, Blood Ceremony ou Iron Man) mais la sortie de Ruins Of Eternity est surprenante à plus d’un titre.
D’une part parce que, déboulant comme un cheveu sur la soupe au milieu de la jeune garde stoner-doom, Orodruin (la fameuse « montagne du destin » des romans de J.R.R. Tolkien) apparaît comme un « ancien » du genre sans avoir la même légitimité que les ténors du barreau que sont Saint-Vitus, Cathedral, The Obsessed et j’en passe. Et d’autre part, disons que leur doom sent la cave. Rien de péjoratif là-dedans car c’est souvent à cet endroit qu’on retrouve les meilleurs millésimes mais force est de constater qu’Orodruin semble enfermé dans les années 80-90 en offrant un doom traditionnel mais pas forcément dans le sens le plus agréable du terme. Entendez par là que les ricains ne prennent aucun risque, défrichent des terrains explorés depuis des lustres et se risquent même à sonner franchement daté.
Chaque titre est sensiblement construit sur le même moule, avec un riff central sur lequel les zicos brodent un doom assez inoffensif (amis du sous-accordage, passez votre chemin…) au fort accent heavy metal (les accélérations de rythmes à la Iron Maiden, le chant clair du bassiste-batteur (!) Mike Puleo qui surmonte les riffs des guitaristes Nicholas Tydelski et John Gallo). Pas follement original, on a un fort sentiment de déjà entendu (et surtout un sentiment de déjà entendu bien meilleur) mais Orodruin fait le job avec des solis inspirés et aériens et des passages franchement grandioses dans lesquels les musiciens font preuve d’une belle qualité technique. Dommage que la fin de plusieurs titres s’avère quelque peu brutale et qu’on reste parfois sur notre faim (aucun ne dépasse les 6 minutes alors que l’ambiance du titre se prête à l’étaler encore plusieurs minutes).
Alors, ce retour d’Orodruin, évènement ou pétard mouillé ? Un peu des deux… Un album de cette qualité ne vaut pas qu’on s’acharne sur lui mais on aurait aimé un peu plus d’audace à une époque où la concurrence est rude. Reste à savoir si cette concurrence aux dents longues leur laissera une petite place…
Seas of Titan vient faire sonner de nouveau les notes de Bison Machine après quatre ans d’absence. (si on excepte un Split et un single présent d’ailleurs sur cette plaque) La présente galette est signée chez Small Stone Records ce qui en soit devrait nous donner un album de bonne facture.
Les gars du Michigan nous gratifient cette fois d’un album qualitatif mais sans révolution. Les morceaux biens aboutis jouent fort, la piste d’introduction, “The Tower” tricote plus vite que mémé à l’approche de l’hiver et annonce ce qui va se passer par la suite. Comme déjà constaté de par le passé Bison Machine joue tout en légèreté et finesse malgré son nom. Même si oui, ça décrasse le cornet quand la gratte attaque fort comme sur “Cloak & Bones”, je vous invite à savourer le jeu de questions réponses que se jouent guitare et basse avant de se lancer dans une course à en perdre haleine et à laquelle participe sans se faire prier la batterie.
Un pur morceau de blues “Echoes In Space” vous permettra de reprendre votre souffle dans cette course folle…enfin pas tout à fait, car repris par cette frénésie qui semble les caractériser, les gars accélèrent le rythme une fois de plus et invitent l’auditeur dans la danse. Même sur “Seas Of Titan” qui déroule une intro entre Pink Floyd et Kraftwerk sous forme de Spoutnik musical ça fini par rouler comme sur des montagnes russe une seconde après l’accalmie. Décidément, le quartet a de l’énergie à revendre et ne se repose jamais. La conséquence est que l’album file à une vitesse fulgurante et on se retrouve un peu con une fois que “A Distant Sun” a sonné le rappel.
Le quartet de Bison Machine aura su maintenir le suspens avant de livrer ce Seas of Titan et cela débouche sur une réussite plutôt nette. Alors que l’on pourrait s’attendre à un univers bas du front et joyeusement défouloir, on se retrouve avec un album qui file comme un bovidé bionique piqué au fer rouge et dont la mécanique est joliment assemblée. Tout ça va si vite que je me suis retrouvé à imaginer la sueur me couler le long du dos lors d’un de leurs prochains concerts.
Nom d’un cactus! Voici revenu, le trio le plus velu d’outre Rhin, j’ai nommé Kadavar, ce groupe qui sent bon le bois de planche de scène, ce trio soyeux comme un chat angora, ce chatoyant Bensimon de la fripe, bref KA.DA.VAR meuf/mec! Que s’est il passé cette fois? un artwork transylvanien. Un titre, For The Dead Travel Fast qui plante un décor digne de Nosferatu et fait référence au vers “[…] die Todten reiten schnell !” issu du poème Lénore de Gottfried August Bürger (Sans rapport avec une lessive et Disponible Ici). Cette référence gothique est citée notamment dans Dracula de B. Stoker (Ouai, on a des lettres chez Desert-Rock) Alors qu’en est-il? Nos teutons s’érigeraient-ils en nouvel âge de l’obscurité faite musique? Ouvrons le bal (des vampires) tout de suite pour savoir de quoi il retourne.
A la première écoute de ce nouvel opus, on découvre une meilleure maîtrise du nouveau studio, le son semble plus rond, plus chaud. Coté compos, Kadavar a fait du chemin depuis ses premiers albums, d’ailleurs notre rédaction s’était interrogée autour de l’esprit de recherche qui anime le groupe et ce dès Berlin. Les œuvres étaient empreintes d’audace et déstabilisaient parfois l’auditeur, cette nouvelle galette ne fera pas exception.
Avec For The Dead Travel Fast la machine Kadavar ajuste son tir. L’album n’est pas une série de tronçons empreints de la marque de l’un ou de l’autre des musiciens (J’avais eu cette nette impression à la sortie de Rough Time.) Lupus pousse la note haut, très haut sur “Evil Forces” tel un Beegees tout en canines, le chant en chœur est largement maîtrisé sur “Saturnales”, l’énergie des trois instrumentistes frappante sur “Poison”. Tout ceci concourant à former une plaque riche bien que déstabilisante pour qui voudrait voir dans Kadavar un groupe qui ne devait pas évoluer.
Que reste-t-il du Kadavar dès début? Le solo de “Children of the Night”, l’esprit de l’intro de “Dancing With the Dead”, Le swing bluesy de “Long Forgotten Song” (A mon avis le morceau le plus prenant) et enfin et surtout une qualité de composition indéniable tout du long, un travail toujours léché et au cordeau. Mais il s’installe autre chose chez le trio berlinois comme le montrent “Dancing With The Dead” et son ambiance pop sur fond de saturation, l’outro de “Demons In My Mind” et ses relents de Berlin, “The Devil’s Master” et “Saturnales” qui sonnent comme des pièces dédiées au cinéma. La couleur des compositions relève parfois plus du western spaghetti que d’un Dracula et c’est surprenant au vu du thème choisi.
Personnellement je ne recommanderai pas cette galette aux fans de la première heure qui auraient aimé garder l’énergie old school des débuts. For The Dead Travel Fast est un album moins énergique, j’en ai peur, plus mid tempo que ce qui n’a jamais été réalisé par le groupe, il sonne la fin d’une époque pour notre trio. L’enchainement des morceaux laisse une impression de platitude et de manque de spontanéité. Donc oui, l’album est réalisé avec le souci du détail, c’est un travail attentif, soigné, mais à mon sens Kadavar y a laissé des plumes. Un album Pompier là où j’aurais aimé retrouver du Fauve.
For the Dead Travel Fast est somme toute la suite logique de la carrière de Kadavar, une plaque qui ne m’aura pas fait sauter au plafond mais qui garde toute la qualité d’écriture des productions précédentes en explorant des voies loin des clichés du genre. Kadavar, c’est un peu comme un adolescent, tout petit il faisait la joie de tous et on pensait qu’il allait rester comme ça toute sa vie, mais le poupon a grandi et à présent il montre de la dualité, se construisant sans rejeter ce qu’il fut mais affirmant sa personnalité sur la base de ses rencontres. Bien malin celui qui dira quel individu mature deviendra le groupe. En attendant, l’ado qu’on a là n’est pas encore tout à fait repoussant et on est toujours curieux de l’écouter se réinventer
Nous avions laissé les Norvegiens de Kal-El quelque part entre Coachella Valley et la nébuleuse d’Orion avec un précédent album qui jouait plutôt pas mal du côté du Stoner à tendance hyper espace. Le quartet revient cette fois avec un nouvel album intitulé Witches of Mars et une variation de line-up pour la guitare. Compte tenu de la facture du précédent album il eut été dommage de ne pas laisser traîner son oreille du côté de celui-ci.
Du point de vue de l’artwork, l’album s’adresse toujours aux fans de Si-Fi old school. Du côté de la musique, cette fois Captaine Ulven a emmené son équipage sur la planète rouge et le sol y est généreusement désertique. Gratte aride, riffs accrocheurs comme du granit, Kal-El fait une fois de plus le job pour se qualifier dans la course Stoner. La voix du Capitaine apporte toujours une touche Space/Psyché à la galette.
Soyons francs, l’environnement ne varie pas trop depuis Astrodoomeda. On se retrouve dans l’espace, les compos poussent toujours comme une bonne paire de booster sous son siège. Pour autant en surface quelques plaisantes mignardises attirent l’attention. Le titre “Anubiuous” fini par fondre les instruments en magma pour ne faire ressortir que la voix. L’intro de “Witches of Mars” nous offre le murmure de sorcières aux gorges de goules sur fond de percussions tribales avant que le tout ne monte dans des tours fort classiques.
Cette plaque contient donc un savoir-faire. Le swing fuzzé de Kal-El garantit toujours des morceaux à péter des nuques en live et l’âme de Kyuss est toujours bien présente, comme en témoigne l’intro d’”Incubator” mais avec une touche qui assombrit le tableau juste comme il faut pour offrir une ambiance inquiétante et alourdie.
Le morceau le plus barré dans le psychédélisme, “Moon Unit” est comme une divagation en plein soleil où sous l’effet de psychotropes qui annonceraient alors bien logiquement la conclusion de l’album avec une reprise réjouissante de “Cocaine”. Le quartet apporte au titre de JJ Cale une lourdeur plaintive où la gratte prend en assurance jusqu’à la déstructuration. Il est à noter ici que Kal-El deviendrait coutumier de la reprise puisque le précédent album se clôturait lui par une cover de “Green Machine” de Kyuss.
En conclusion de mes écoutes de Witches of Mars, je ne saurai que trop vous recommander d’aller faire un tour une fois de plus dans le vaisseau de Kal-El, ici pas de kryptonite, juste du bon son et une marque de fabrique qui s’installe gentiment dans l’orbite de la planète Stoner.
Après l’EP The Hound sorti en 2016 et un album éponyme autoproduit en 2017, Monte Luna signe cette année chez Argonauta Record pour un album que je ne saurai recommander davantage. Dépouillé de toutes fioritures, il se cristallise autour d’un duo symbiotique de Texans déterminés à nous ouvrir à nouveau les portes de leur sombre dimension du dessous.
À eux deux, James Clarke et Philip Hook nous délivrent un lourd et lancinant doom mixé d’une main de maître par Chris Fielding (bassiste de Conan) au sein des studios Skyhammer. Déjà sur le CV ça commence à peser, on sent qu’il va falloir demander à mamie de sortir dans le jardin avant de brancher ces six pistes sur les enceintes du salon.
Et ça ne manque pas. Si « The Water Hag » s’introduit par le relaxant bruit des vagues glissant sur le sable, le riff de guitare qui suit sonne comme le glas de ce havre de paix. Croissant de manière crescendo, il nous envoûte, nous donne peu à peu le vertige jusqu’à ce que le sol se dérobe sous nos pieds. Suit alors une chute vertigineuse jusqu’à percuter la surface de l’eau, qui à cette vitesse s’avère aussi dure qu’un mur de briques.
L’ambiance morbide de Monte Luna, pleine de noirceur, est rendue possible par la lourdeur d’une guitare basse et grasse à souhait. Cette lourdeur est contrebalancée par le chant de James tantôt clair et élevé au-dessus du tumulte tel un phare dans une nuit de tempête, tantôt saturé et plein d’une puissance dévastatrice : « Man of Glass ». Mais que serait ce combo sans l’énergie de Philip Hook, qui derrière ses fûts porte chaque riff avec une force et une justesse admirable. Il s’autorise même un interlude tribal sur « Wild Hunt » en vue d’invoquer la Traque Sauvage de l’univers de The Witcher.
Parlons des références à cette œuvre d’Andrzej Sapkowski justement : « The Butcher Of Blaviken » n’étant autre qu’un des titres du personnage principal Géralt de Riv, « Wild Hunt » le nom anglais de la Traque Sauvage qui le poursuit, ou encore « Long Fangs » évoquant sans doute les crocs d’une des créatures que le sorceleur se doit de chasser. L’album en est infesté jusqu’à son titre, les Drowners (noyeurs) montres humanoïdes qui jaillissent des eaux pour ravir les imprudents trop fous pour se tenir à l’écart des rivages traîtres. Un univers inspiré donc, pour les gars d’Austin amateurs de DnD, Lovecraft et des Melvins.
Petit bémol néanmoins sur la durée des pistes. Là où le duo nous avait habitués à d’interminables morceaux s’étirant parfois jusqu’à 17 minutes, on atteint à grand-peine les huit sur cet opus. Un peu plus de 34 minutes en cumuler pour Drowners Wives face à presque 72 sur le précédent ; du simple au double ! Contrainte du label ou volonté du groupe de revoir sa stratégie ? C’est bien l’immersion dans la musique qui souffrira de ce revirement, car comme « Nightmare Frontier » l’avait prouvé par le passé, il faut davantage que deux ou trois minutes pour apprécier pleinement l’univers torturé d’un morceau.
L’album n’en sera par chance pas moins bon, comme en atteste « Scenes From A Mariage ». Il laissera simplement un léger sentiment de frustration pour les plus gourmands. Si ce n’est pas déjà le cas, foncez tendre l’oreille à cette galette (dont l’artwork de Zuhal Muhammad utilisé pour le single « The Water Hag » donne, selon moi, beaucoup plus de crédit à l’œuvre que celui de Becky Cloonan). Et pour ce qui est de découvrir la performance scénique du duo, rendez-vous le 29 octobre à Volmeranges-Les-Mines en Moselle, pour l’unique date en France de leur tournée.
Il y a de ces groupes avec lesquels on est parfois bien en peine de trouver la raison pour laquelle on les aime. En ce qui me concerne c’est le cas avec Nightstalker (Heureusement je ne suis pas le seul à les aimer chez desert-rock.com). Bien entendu je pourrais avancer des tas d’arguments mais rien qui ne puisse justifier que j’aime ce groupe plus que beaucoup d’autres du même tonneau. Ça tombe bien, les grecs sus cités viennent de passer chez Heavy Psych Sounds Records pour sortir Great Hallucinations et je me suis dit que c’était l’occasion de faire mon bilan introspectif.
Voilà belle lurette que ce quartet hante épisodiquement les salles de concert poisseuses de toute l’Europe et livre son Stoner aux oreilles amatrices du genre. Great Hallucinations ne surprend pas en soi. On retrouve le chant plaintif de Argy. Sa litanie de chien mouillé fait toujours mouche et si ce dernier sait encore montrer les crocs on pourra constater qu’il ne mord pas
Cette dernière production mid-tempo tout du long contient sans doute à cause de cet état de fait beaucoup de mélancolie. (En même temps quand on intitule des composition “Sweet Knife” ou encore “Sad Side of The City” il ne faut pas s’attendre à un débordement de gaudriole.) Great Hallucinations pourrait donc passer pour un album qui manque de Watts alors qu’il n’en est rien. Le rythme est là, le tout est bien balancé et tout s’accorde. La voix sonne juste parmi des instruments qui ne se tirent pas la bourre et réussissent à se frayer un chemin collectif qui ne va pas convoquer qui que ce soit d’autre que Nightstalker. N’en déplaise à certains de nos rédacteurs qui voient dans Nightstalker un parangon de Monster Magnet. (N’est-ce pas Laurent?)
Great Hallucination est un album dont on pourrait dire qu’il “spliff”. Le premier titre “Black Cloud” faisant office de montée et l’enchaînement du reste laissant planer l’auditeur tout en offrant une multitude de choses sur lesquelles s’arrêter; le groove de “Sweet Knife”, la sentence martiale de “Seven Out Of Ten”, le solo de “Cursed”, le pont sur “Half Crazy”, l’intro de “Hole In The Mirror” où encore la jam symbiotique sur “Great Hallucinations”, de celles qu’on ne rencontre que chez les groupes de talent qui peuvent allumer des stades entiers grâce à leur musique. Il ne s’agit là que d’exemple et pour creuser la question il faudra passer par des écoutes répétées et goulues.
Pourquoi j’aime Nightstalker? parce que ce groupe a son identité propre et qu’il reste fidèle à lui-même depuis le début. Sans chercher la faille et s’appuyant sur un classicisme certain. Great Hallucinations n’échappe pas à la règle, il est sans effet de manche, juste un album carré, personnel où tout se met en place avec harmonie. Un conseil, si vous cherchez un trip, allez gober ce buvard-là, il devrait vous offrir un voyage de 42 minutes aussi fascinant qu’apaisant.
Ce disque est pas passé loin de l’oubli le plus total. Dans le flot d’albums qui sortent chaque mois, il est difficile d’identifier les groupes à potentiel, les albums qui ont “ce petit truc” qui mérite une seconde, puis pourquoi pas une troisième écoute… Alchemical Wake ne fut pas de ceux-là, et on n’est pas passé loin de le retrouver perdu au fond du disque dur. Sans cette petite touche d’abnégation (et toujours ce professionnalisme sans faille) votre serviteur serait passé à côté de ce pourtant excellent disque. Car il en faut un paquet d’écoutes pour le digérer celui-là !
La musique du duo sarde est aride, leur doom est brut, austère, froid et simpliste. Nos deux jeunes italiens développent un spectre musical qui emprunte à plusieurs écoles du doom moderne. En premier lieu, largement, on entend du Ufomammut : ce riffing froid et dur, ce goût pour la lancinance et la répétition ad libitum de ses mêmes riffs… On entend même à de rares occasions (sur “Andromeda” ou “Libra” par exemple) des lignes vocales au traitement sonore proche de celles de Urlo, le bassiste-vocaliste du trio de leurs compatriotes. On entend aussi du Bongripper chez Alchemical Wake, et oui ! L’intro de “Libra” par exemple ou “Noctua”, même si elles ne peuvent pas se prévaloir du son gras et massif des grands maîtres doomsters de Chicago, proposent certains de ces riffs emblématiques et une succession de “virages” ou parenthèses sonores très intéressants (en particulier toutes les relances de “Noctua” vers un bien beau final). Et puis on entend de l’indus, du sludge…
Le duo est jeune (existent depuis quelques années seulement, c’est leur premier album) et la marge de progression existe. La mise en son notamment se cherche un peu : même si la lourdeur propre au genre est là et bien là, ça manque de rugosité, de graisse et de colle. Ce son est efficace, mais trop conventionnel pour se distinguer. Autre remarque sur les compos justement : certains morceaux se perdent un peu dans la répétition, leur cheminement pouvant apparaître confus. Pour autant, on se laisse quand même absorber par ces colosses (qui dans certains cas vont taquiner les 14 minutes) sans vraiment s’ennuyer… pour peu qu’on soit prêt à se laisser absorber. Car répétons-le, ce disque est difficile à cerner, le volume des riffs, leur grâce, ne convainc pas rapidement. Mais dès lors que l’on laisse sa chance au produit, on est conquis.
On recommandera donc ce disque aux amateurs de doom dans ses penchants les plus modernes, quand il est lent, lourd et répétitif en particulier.
Ozzykiel 25 :17 : Le riff des vertueux est semé de fuzz Qui sont les influs électriques Que fait sans fin surgir l’œuvre du malin. Béni soient les hommes de bonne volonté Qui, au nom du heavy se fait les bergers du metal Qu’ils guident dans la Valley d’ombre, de la mort et des larmes Car ils sont les gardiens de leur art Et la providence des groupes égarés. J’abattrai alors le bras d’une terrible colère D’une vengeance furieuse et effrayante Sur les hordes impies qui pourchassent et réduisent à néant les brebis de Dieu. Et tu connaîtras pourquoi mon nom est Black Sabbath Quand sur toi s’abattra la vengeance du Tout-Puissant.
La sortie du premier album de Crypt Sermon avait fait l’effet d’un murmure persistant au sein de la cathédrale du doom, séduits qu’étaient les plus informés à la découverte d’Out Of The Garden, premier album magistral d’un doom aussi épique qu’héroïque. Empruntant à Candlemass son aspect conteur et ses vocaux chiadés et à Trouble sa préoccupation du riff et ses considérations religieuses, le quintet de Philadelphie avait tout de même très vite révélé ses intentions de se placer dans le revival heavy actuel, ne serait-ce que par ses visuels et ses accointances de tournées, avec notamment Eternal Champion, Smoulder ou Visigoth.
Le second album du groupe lève les derniers doutes sur leurs intentions : oui Crypt Sermon est un groupe de heavy metal, avec certes des accointances doom mais les tempi, les riffs de leur second effort sont une déclaration au revival heavy. Et à Jésus aussi. Car aussi improbable que cela puisse paraître, malgré l’intégralité des paroles liées à la Bible et malgré des iconographies religieuses (de Gustave Doré), plein l’insert, l’aspect white metal n’avait pas été tant discuté en 2015. C’est aujourd’hui un pendant de leur propos qui ne fait plus aucun doute, voyant Crypt Sermon rejoindre Trouble et plus récemment Witch Hazel dans leur prêche à guitares distordues. Mais quid des qualités de l’album me direz vous ?
The Ruins Of Fading Light est un disque exceptionnel. Exceptionnel par son travail sur : 1/ les riffs, fourmillant d’idées, réussissant le périlleux exercice de rester dans le champ défriché des grands anciens sans jamais sembler emprunter aux autres et 2/ sur les lignes vocales. Rendons à Brooks Wilson ce qui appartient au divin, son chant est sublime, ses paroles, enfin son prêche, donne quelques unes des plus belles lignes vocales du genre (la volonté de varier amène parfois quelques drôles de moments comme le pont d’« Our reverend’s Grave » où l’on jurerait entendre un hommage à « Footlose » de Kenny Loggins ce qui, aussi improbable que cela paraisse n’est pas dans ma bouche une critique). Si, tel Saint Dave, vous ne croyez que ce que vous entendez (évangile selon Saint Vitus), « Key Of Solomon » est probablement l’hymne metal de 2019 pour quiconque porte barbe ET veste à patch. Ce second album pousse finalement plus loin les belles promesses de Out Of The Garden et, avec un simple léger changement de line up (Franck Chin, ex-Vektor, ayant joué auparavant avec quelques uns de ses nouveaux collègues au sein de Daeva, prenant la basse), le groupe réussit à être plus épique (« The Snake Handler »), plus cinématique (trois interludes et des ambiances extrêmement travaillées) et plus mélodique (« Christ is Dead ») que son pourtant impeccable premier album. Plus qu’un tour de force, un miracle divin ?
Point vinyle :
Dark Descent Records c’est comme les places à l’église, si tu t’y prends au dernier moment, il ne reste que les bancs du fond (black). Les places près de la nef sont parties depuis longtemps (Blue/Grey Vinyl). Il reste toujours possibilité de s’asseoir sur les genoux du prêtre (Discogs) mais ça risque de vous coûter cher.
Dix ans de carrière, troisième album au compteur, et on ne peut pas dire que Goatess occupe aujourd’hui la place qui lui revient en terme de notoriété, au regard de la qualité de ses productions. Une activité scénique trop réduite, une distribution discographique basique… Difficile d’en isoler le ou les motif(s). Quoi qu’il en soit, c’est avec une certaine appétence que cette offrande est accueillie par votre serviteur. Première surprise : gros changement de line up ! Samuel Cornelsen a récupéré la basse des mains de Peter Svensson, mais surtout, Karl Buhre est au chant à la place de l’emblématique Chritus Lindersson ! Remplacer l’un de ses membres fondateurs, et accessoirement un vocaliste qui a tenu le micro pour des groupes comme Lord Vicar, Count Raven, St Vitus, Terra Firma, pour le remplacer par un inconnu est un geste que l’on qualifiera d’audacieux ou de suicidaire ! Le quatuor suédois fait preuve de pragmatisme et fait un gros pari sur l’avenir sans doute…
Pour être honnête, au bout de 8min15 (c’est-à-dire la durée de « Goddess », titre introductif) nos doutes sont balayés, pour deux motifs a minima : d’abord, ce titre est un petit bijou, reposant sur un riff tout simplement impeccable, qui se trouve affublé ici d’un gimmick de production aussi saugrenu que visionnaire, à savoir un petit passage de clavier (comme un violon) qui donne au morceau le trait de génie qui participe à développer une sorte de moment de grâce sur toute la durée de la chanson. ce truc est susceptible de vous rester gravé dans la tête un paquet d’années… Le second facteur rassurant est le chant de Buhre. Lindersson était talentueux, efficace et emblématique… mais aussi un peu « daté » dans son style de chant. Buhre apporte une profondeur et une densité qui transcendent la musique du groupe ; sa technique est impeccablement adaptée au style Goatess, et se révèle l’un de ses points forts désormais. Doté d’un chant plus grave que son prédécesseur, Buhre amène les aspects doom du groupe dans des sonorités plus contemporaines, Lindersson les maintenant auparavant plutôt dans les influences des groupes de doom des années 80-90. Et quant aux plans plus stoner, l’autre des facettes caractéristiques du combo, sa technique les transcende de la même manière pour renforcer l’hybridation qui a toujours été le point fort de Goatess.
Niveau compos, on n’était pas trop inquiet, les albums précédents des suédois ayant déjà fait la preuve de leur talent dans ce secteur de jeu. Les neuf titres sont tous excellents, et l’on ne s’ennuie jamais, durant plus d’une heure de musique. On retiendra en particulier la puissance de « What Lies Beneath » (tour de force de Buhre, encore), les plus stoner « Dunerider » et « Stampede », les plans atmosphériques de « Jupiter Rising » (qui rappellent My Sleeping Karma), ou encore cet excellent « Blood & Wine » de 14min, dont une seconde section de stoner très heavy, en mode instrumental puissant et lancinant.
Inutile de vous faire un dessin, Blood & Wine, pour peu que vous soyez prêt à accepter ce changement dans le chant, est probablement le meilleur album de Goatess. Si vous connaissez la qualité des précédents, vous saurez appréhender la portée de cette phrase. Reste à espérer retrouver le groupe un peu plus actif sur les planches, pour transformer l’essai et trouver la place qu’il mérite dans les meilleures formations du genre.
Trois ans ont passé depuis « APEX III ». Trois ans depuis le dernier album et voilà que déboule le dernier rejeton majeur de la famille Mars Red Sky, un LP glouton et consistant de trois quarts d’heure qu’il nous aura fallu écouter bien plus que ses aînés pour nous en faire une idée précise et une appréciation juste.
« The Task Eternal »
Pourquoi ? Tout simplement parce que le bébé n’est pas aussi évident que le reste de la discographie. La première écoute confirme que le trio est bien assis sur ses fondamentaux, on est immergé de suite dans l’écrin que troussent les Bordelais. Voix haute, guitare et basses grasses, batterie pachydermique, le terrain est connu. Pourtant le silence faisant suite aux huit titres nous laisse avec une étrange sensation de routine. En effet aucun titre, a priori, n’est venu nous titiller les esgourdes par une mélodie nouvelle, une folle idée. Non pas que la track liste soit mauvaise mais l’ensemble marque le pas et souffre d’une évidence. La patte sonore Mars Red Sky est tellement identifiable qu’elle perd en spontanéité et en surprise. Le défaut de sa qualité.
Mais c’est mal connaître les Bordelais. Penser que le ptit nouveau ne serait qu’une redite des albums précédents serait une erreur. Et fort de cette idée, un jour nouveau apparaît à l’écoute. Car oui, la richesse de «The Task Eternal » vient de la production et de ce que Mars Red Sky arrive une fois de plus à être sacrément intelligent dans sa manière de composer. Pour ce faire il faut aller écouter le diptyque « Recast/Reacts », une dinguerie musicale, dense, riche de mille pirouettes stylistiques, une pièce maîtresse pour qui cherche à comprendre ce que « composer » veut dire. Cette richesse progressive sied particulièrement bien au trio et on serait curieux de les voir se coller à l’exercice de l’album concept. Les autres titres renferment eux-aussi leur petite surprise pour qui saura prendre le temps de les apprécier. On ne saurait que trop vous conseiller d’attarder votre écoute sur la basse de «Hollow King » ou la merveilleuse outro acoustique « A far cry » qui permettent d’enrichir The Task Eternal.
Le temps justement fera peut-être office de juge de paix concernant cet album et lui accordera une place égale dans la discographie du groupe. Car l’album semble tout de même moins impactant, moins direct que ses aînés. La faute à des mélodies peut-être moins accrocheuses, à notre exigence trop poussée concernant le trio ?
Toujours est-il que ces nouveaux morceaux imprégnés de la patte « MRS » s’intègrent parfaitement en live et nous promettent tout de même de beaux et épiques instants sur scène.
Mars Red Sky offre avec The Task Eternal une belle continuité à son univers sans toutefois repousser les frontières de sa folie créatrice. Il s’agit d’un jalon solide de la discographie asseyant un peu plus l’identité des bordelais sans pour autant la transcender.
Tout le monde connaît Doom, le groupe, combo de… death-crust bien crade des années 80 en Angleterre, qui vivote toujours aujourd’hui à l’occasion de quelques concerts plus rémunérateurs que fondamentalement excitants. Au début des années 90, deux des membres de Doom (le groupe qui ne fait pas de doom, donc, vous suivez ?) décident de monter un projet pour… faire du doom ! Et du coup ils l’appellent… Cain ! (vous les sentez, les génies du marketing aux manettes ?). Jon Pickering et Pete Nash, donc, s’en vont recruter une paire de potes (eux aussi issus du metal extreme, pas la panacée à l’époque, mais une voie musicale pourvoyeuse de pas mal de glorieux groupes anglais de fin du siècle) et se retrouvent autour de quelques pintes et quelques ustensiles électroniques divers (pédales d’effets, samplers…) pour bidouiller et expérimenter. Quelques concerts autour de leur charmant patelin (la joyeuse et luxuriante Birmingham) leur permettent de dégoter un deal vinylique pour un premier album, qui marche pas mal. Malheureusement, le groupe se disperse, et malgré une poignée de concerts supplémentaires, se sépare… Et (attention : surprise) ils ne se sont jamais reformés depuis ! (avouez-le : celle-là, vous ne vous y attendiez pas).
Lee Dorrian, maître-activiste du doom anglais depuis quelques décennies (à travers Cathedral ou son honorable label Rise Above) décide en 2019 de mettre ses moyens au service du souvenir perdu de ces trop méconnues vieilles gloires locales, et propose donc une re-sortie de leur unique album, initialement sorti en 1993 mais jamais réédité, sur un support qualitatif, mais fidèle à la vision du groupe de l’époque.
Et au final, inutile de tergiverser, on a pour partie exactement ce à quoi on s’attendait dans la platine : un vieux doom sous influences directes des années 70-80. C’est-à-dire qu’à l’époque, les groupes de doom se comptaient sur les doigts de la main : Trouble, Candlemass, St Vitus, Pentagram… Du old school absolu. Même Pentagram, lancé sur les mêmes bases d’influences, n’est encore qu’en phase embryonnaire à l’époque. Mais plus que tout, l’origine matricielle de tout ce bazar est à retrouver derrière l’AUTRE groupe de Birmingham, tant l’ombre du maître Iommi se retrouve derrière la plupart des riffs de ce disque, et tant le premier album du Sabbath Noir a teinté l’ambiance lugubre de ce disque.
Il faut dire d’ailleurs que l’ambiance est probablement le point fort autant que la pierre angulaire de ce disque : tout repose dessus. Le schéma de chaque titre se résume à un riff (les riffs y sont d’ailleurs fort bons, en général) et à une quantité d’effets et arrangements divers visant à constituer une texture sinistre, froide et glauque autant que possible. Il y a en effet beaucoup de machines sur ce disque : des samples, des effets sur les voix (echo a minima), de la reverb sur les grattes, etc…
Quelques titres viendront directement caresser l’oreille des vrais esthètes du bon vieux doom old school, à l’image du gracieux « Screams of the Reaper » et son riff en résurgence de « Symptom of the Universe » en plus lent, ou bien un « Crucify » qui rappellera les meilleurs riffs de Pentagram ou de Candlemass.
En revanche, une autre part de ce disque, résolument expérimentale, laisse plus circonspect : on pense à ce « Masters of Death » construit sur un sample gimmick de plus de cinq minutes avec des nappes et samples divers tout du long, ou ce « Lone Wolf » où les hurlements d’un loup entendus loin en fond se voient agrémentés pendant presque 10 minutes (!!) de délires bruitistes divers et variés, rappelant aléatoirement une ambiance de forêt nocturne, une usine de sidérurgie ou un vieux délire space robotique…
Et entre les deux, des titres « hybrides » proposent quelques riffs ou portions de structures intéressantes, larvés de sections noise avant l’heure, pseudo-indus ou space (comme sur « Bleeding » ou le lancinant et très intéressant « Ultimate Elevation »).
La synthèse de ce déluge peu contrôlé de sons et de riffs se retrouve dans l’épique « Oberon : Desolate One », premier titre de la galette, qui va titiller le quart d’heure de riffs épiques, nourris de nappes sonores chelou et d’un chant évanescent.
La ressortie de l’unique album de Cain va donc au-delà du simple travail de mémoire : il s’agit d’une réhabilitation en bonne et due forme. Car ce groupe aurait pu (dû ?) avoir une reconnaissance supérieure. Il y avait du talent et de l’inspiration, des influences assumées mais un champ très propice à une évolution qui aurait pu être très excitante : en voyant ce disque comme la matrice un peu brouillonne d’une carrière qui n’aura pas eu lieu, on se dit que le potentiel pour une « nouvelle branche » du doom était présent à ce moment-là. Et si cette hybridation avait eu lieu, qui sait de quoi le paysage du doom actuel aurait l’air ? En tous les cas, l’écoute du disque nous ramène à une époque où le doom n’était pas encore un genre aussi codifié, où il était plus une question d’état d’esprit et d’ambiance qu’un travail sur le son, la technique ou les rythmiques. Une époque que les moins de 30 voire 40 ans ne peuvent pas connaître… Rarement voyage dans le temps aura été si vivifiant.
Déjà, quand on a découvert le premier album éponyme de Firebreather en 2017, on se disait que le trio suédois vénérait secrètement Matt Pike. En effet, leur sludge crasseux et d’une violence extrême était la suite logique des plus grands méfaits d’High On Fire. Fondé en 2016 des cendres encore fumantes du groupe Galvano, Firebreather avait rapidement attiré l’attention des amateurs du genre avec, donc, un premier essai d’une extraordinaire puissance composé de seulement 4 titres pour 32 minutes, le temps nécessaire pour s’immiscer dans votre tête et vous la retourner. Voici maintenant que déboule Under A Blood Moon, second effort du trio.
Dès les premières mesures, le ton est donné : il ne sera fait aucun prisonnier. « Dancing Flames » pose l’ambiance, et elle sera sombre. C’est lourd comme une vanne de Cyril Hanouna, pour vous donner une idée… Pourtant, le côté mélodique n’est pas oublié et le guitariste/hurleur Mattias Nööjd se fend même d’un petit solo bienvenu après plus de 7 minutes éprouvantes. Juste derrière, « Our Souls They Burn » vous éclate la mâchoire à grands coups de boutoir donnés sans sommation par la doublette basse/batterie. Autant vous dire que Firebreather n’est pas venu pour vous conter fleurette : le son est rugueux, viscéral, bouillonnant, épais… La clé idéale pour ouvrir les portes du Mordor, en quelque sorte…
« Closed Gate » ne vous apportera pas de répit et vos oreilles ordonnent à votre tête de se mouvoir en cadence d’avant en arrière. De toute façon, pas la peine de lutter, Firebreather a déjà pris le contrôle de votre corps. Le titre « Firebreather », lui, est un impressionnant magma sonique de sept minutes et demie où la tellurique guitare de Nööjd ravage tout. « We Bleed » enfonce le clou avant que « The Siren » (sans doute le titre le plus « abordable » de l’album) ne vous achève d’un coup de hache en pleine tête.
Autant vous le dire tout de suite, ce genre de groupe me laisse en général totalement froid et j’ai plus souvent l’habitude de volontairement les éviter. Mais Firebreather a été enrôlé par Monolord pour ouvrir leurs concerts lors de leur tournée européenne et j’ai donc décidé d’écouter Under A Blood Moon pour me faire une idée avant le concert, et ce malgré mes réticences initiales. Eh bien, même si je n’écouterai pas cet album en boucle pendant plusieurs jours, je dois lui reconnaître de nombreuses qualités parmi lesquelles une puissance de feu démoniaque, une ambiance apocalyptique assez impressionnante et des compositions capables de retourner les tripes des plus endurcis. C’est épuisant, on ressort de cette expérience totalement vidée mais, étonnamment, on a hâte de vivre çà en live… Il y a des fois où l’on aime se faire mal…