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On a été témoin de la percée de La Chinga l’an dernier, en voyant fleurir les annonces de leurs concerts européens donnés un peu partout, de manière aussi tapageuse que chaotique… sans véritable album à promouvoir ! Enfin, pas tout à fait : les canadiens avaient certes déjà un premier album sous le bras depuis quelques années, mais sa sortie confidentielle en son temps n’aura pas marqué plus de « fans » que n’aurait pu en compter le baron Empain sur ses deux mains. Et petit à petit la rumeur se confirme : leur nouveau disque sortira chez un Small Stone Records qui commence depuis quelques mois à redonner quelques signes de vie. N’empêche que les caribous (il n’aura pas été dit que l’on ne se vautrerait pas dans le cliché et la vanne éculée dans cette chronique) auront fait les choses à l’envers… Mais après tout pourquoi pas ?
A l’écoute du second album de La Chinga, finalement, ce qui marque le plus est la réflexion liée à leur label, les mythiques Small Stone, à travers leur signature : label habitué à des productions quelque peu monolithiques, plutôt cohérentes sur la dernière décennie, leur renaissance ces derniers mois à travers quelques rares et sporadiques sorties ne donne plus cette impression de cohérence de la ligne musicale que le label de Detroit voudrait (ou pas) défendre. Difficile de tirer des conclusions avec ce disque ! La Chinga, voyez-vous, se complait dans un orgasmique heavy rock bien graisseux en directe provenance des années 70, mais dans une exécution énergique et débridée plutôt symptomatique des groupes de hard rock des années 80, en réalité. La Chinga c’est un peu des titres du MC5 interprétés alternativement par le Aerosmith de la fin des années 80 et par le Twisted Sister de la grande époque. M’voyez… Un vrai travail sur les compos, des chansons qui marquent dès les premières écoutes (« Mother of all Snakeheads », « Faded Angel », « Gone Gipsy »…), du riff en veux-tu en voilà, et, on le répète volontiers, une énergie et un enthousiasme dans l’interprétation qui embarquent tout le monde, laissant par la même occasion une idée plutôt séduisante de ce que peut donner un concert du groupe (à tester, clairement).
Du coup, on ne va pas forcément développer au-delà du raisonnable : on est clairement borderline avec le « monde Desert-Rock », et si le groupe n’était pas signé chez Small Stone, on aurait probablement passé sous silence cette sortie par ailleurs fort sympathique. A recommander aux amateurs de hard rock plus qu’aux stoner heads, donc.

On ne pourra pas dire que les finlandais de Kaleidobolt rechignent à la tâche. Au rythme d’une sortie par an chez Pink Tank Records, le trio actif depuis 2014 s’est même déjà fendu d’un live avant que son premier album éponyme ne sorte. Au vu de la qualité de ce dernier, on ne pouvait légitimement espérer que du bon.
Et effectivement, sur ce “The Zenith Cracks”, le ton est donné d’emblée, le court jam introductif au solo endiablé qui pourrait très bien ne jamais se terminer va poser les bases d’un niveau de composition plutôt élevé.
Définitivement encré dans les 70’s, “Murderous Way” déboule ensuite et confirme cette sensation instantanément. Car Kaleidobolt aime être taquin et truffe sa musique de breaks aussi efficaces qu’inattendus. Comme par exemple sur le très bon”Inbred”, qui monte en puissance avant de balancer un riff bien lourd puis un couplet jazzy. Pas un hasard s’ils s’embarquent en tournée avec un certain Radio Moscow…
Tout cela est également d’une technicité instrumentale impressionnante mais décidément, un vrai bon chanteur s’avère être une denrée rare. Pénurie ou volonté d’épurer son line-up, un frontman digne de ce nom semble être devenu une espèce en voie de disparition. Pas vraiment d’exception à la règle, mais ici le timbre parfois forcé et donc limite est joliment rattrapé par de bonnes idées, on se surprend même à penser à Jim Morrison sur certains des passages les plus moelleux.
Le bassiste, assez étrangement placé tout à gauche dans le mix, à l’opposé de son comparse à la six-corde, se laisse aller à quelques incartades claviéristiques, avec des nappes d’orgue disséminées ça et là, un soupçon de piano ou encore du Theremin, instrument hautement invraisemblable portant le pseudo de son inventeur.
L’album s’écoute vraiment bien dans son intégralité, sans ennui, avec sa petite interlude latino inattendue, son solo de batterie au milieu de “City of the Sun” pas forcément anachronique et une production clairement à la hauteur.
Tradition oblige, on garde bien sûr le meilleur pour la fin avec les dix minutes de “Spoil” qui n’en est pas vraiment un, les brougres ayant toujours un brin de surprises sous le pied. On a droit au morceau de clôture idéal, posé, lancinant, bluesy et furieux qui finit sur le ralentissement qui va bien.
Bon, maintenant il va nous falloir avoir confirmation de ces qualités sur planches vibrantes, et ce le plus rapidement possible, sachant que l’indice de confiance à ce propos est plutôt élevé… Le prochain dans un an ?

Farflung, pionnier californien du genre côté space rock, semble avoir eu le besoin récent de se rappeler à nous un peu plus que ces huit dernières années. Des années mises à profit pour sortir un live et des splits avec Black Rainbows et Fatson Jetson notamment, certes. Des collaborations qui permettent généralement d’expérimenter, de se ressourcer ou de passer du temps avec ses copains. Évidemment, dans le monde de Farflung, chaque écho, chaque possibilité de spatialisation et autres étranges effets, ont depuis longtemps livré leurs secrets. Peut-être ont-ils simplement pris le temps de chercher suffisamment de matière pour obtenir un « 5 » riche et cohérent ? En tout cas, ils restent dans un esprit collaboratif puisqu’ils se sont adjoints les services de Nick Turner (Hawkind), David Catching et Gene Trautmann (QOTSA, EODM).
Depuis 1995 et leur « 25,000 Feet Per Second », Farflung nous plonge donc dans une gangue où des milliers de sonorités et gazouillis spatiaux nous encerclent et d’où se détachent des riffs souvent entraînants, toujours intéressants. Les voix sont multiples, du gargarisme à l’aigüe ironique en passant par le grave incantatoire ou parlé. Enfin, quelques samples pour l’ambiance. Depuis les débuts, la principale différence tient en fait dans la qualité de la production, qui a évolué avec son temps et qui permet une meilleure mise en valeur du travail. Un travail enregistré au Saturn Moon Studio, au Tarantula Ranch et au Rancho de la Luna.
Si Farflung propose des voyages sonores à nul autre pareil, et c’est ce qui fait à mon sens leur principale force, c’est grâce à leur pouvoir de suggestion. Ils ont cette capacité à savoir ne pas mettre en avant ce qui est évident, ne pas insister lourdement sur des éléments qui sont pourtant au cœur du morceau et qui seront peut-être d’abord à peines perçus. Quand bien même ces éléments sont simples, ils sont la touche qui transforme le tout.
Avec presque sept minutes, c’est « Hive » qui débute le voyage. Une intro toute en tension, libérée dans un déluge par un riff limpide et efficace, entouré des bruissements de l’infini. C’est la voix qui est ici d’abord suggérée pour être peu à peu mise en avant. Avec un concept plus que simple, la voix imitant plus ou moins le riff principal, le morceau prend l’apparence d’une longue fuite en avant, laissant un sentiment de béatitude. Autre réussite dans la suggestion sur « Being Bolled » avec une partie mélodique qu’il est presque nécessaire de reconstruire soi même, et qui sans laquelle pourtant, le morceau s’avérerait presque bas du front.
Avec ces neuf morceaux, « 5 » propose en fait autant de découvertes. C’est avec une grande cohérence générale qu’ils s’enchaînent en ayant tous quelque chose à proposer. Chacun représente un chapitre d’un tout et pourtant se caractérise par son unicité pleine et entière. Aucune répétition, aucune lassitude, mais des expériences dans le voyage. Après de très nombreuses écoutes, j’en suis encore à essayer d’avoir une vue globale de cet album. Je ne peux que trop vous conseiller d’aller vous y perdre.

Les norvégiens de Red Mountains proposent un premier album avec un riff éléphantesque en guise de démarrage. Bon moyen de briser la glace avec ces nouveaux venus dans votre playlist, ce « Six Hands » est cependant dans l’entre deux de ce qu’ils nous montrerons par la suite. Un bon mid-tempo empli de groove, un chant aux accents grunge prononcés, un refrain efficace et des breaks et soli maîtrisés mais parfois sans surprises, la faute à un classicisme parfois trop présent. Un « entre deux » qui caractérise ce « Down With The Sun ».
« Rodents » présente par exemple la face hard rock (trop) classique du groupe, avec un morceau proche d’un Velvet Revolver : un démarrage en trombe qui se termine dans une mélancolie instrumentale qui évite de justesse d’être pompeuse. Ce raccord classique pourrait trouver une justification dans son positionnement central sur l’album en permettant de trancher du reste, mais il lui manque un petit quelque chose pour éviter cet effet ventre mou qu’il génère. C’est d’autant plus dommageable quand la clôture de l’album est une version sur-vitaminée et plus intéressante de « Rodents », qui prouve que cette facette du groupe mérite d’être aménagée.
A l’opposer, on a « Sun », nettement plus inspiré. Ce n’est pas une surprise si Red Mountains a choisi ce morceau comme single pour la sortie de l’album. Le groupe y prend son temps et les 5 minutes paraissent un peu courtes. Autre argument de poids dans la même veine, mais avec ajout de psychédélisme et avec les quelques minutes supplémentaires, « Sleepy Desert Blues » se pose comme la pièce maîtresse de l’album. Morceau qui permet d’ailleurs d’identifier ce qui paraît être l’une des signatures du groupe, les longs finals instrumentaux. Enfin, « Silver Grey Sky » ajoute à l’édifice une influence Yawning Man qui s’insère parfaitement dans la sève du groupe. On passe encore un cap et on s’éloigne un peu plus de l’entre deux pour atteindre la limite haute.
Avec un « Six Hands » comme bonne base sans être exceptionnelle, le groupe navigue entre du moyen et du très bon qui l’emporte tout de même sur la majorité de l’album. Constat d’autant plus dommageable quand on comprend que tous les éléments sont là pour nous électriser de bout en bout.

Généralement, les groupes de doom, et cela est finalement valable pour tous les autres genres, se divisent en deux catégories : ceux reprenant les codes et clichés installés et ne cherchant pas vraiment à s’affranchir des bases posées par leurs ainées, proposant une sorte de pastiche de groupe, puis ceux qui se construisent en dehors des carcans définis par les stéréotypes pour trouver leur propre identité et livrer une œuvre plus personnel et inspiré. Autant vous dire qu’à la vue des feuilles de cannabis et des pentacles sur la pochette de Sigillum Luciferi, premier album de Cough sorti en 2008, on sautait à pied joint dans la première catégorie. Au menu, une confiture sludge/doom étalée sur des tartines de 10 minutes d’épaisseur environ. Un album fort appréciable mais pas vraiment révolutionnaire. Deux ans plus tard, Ritual Abuse pointait dans une direction plus intéressante, rajoutant une dose de psychédélisme à la recette initiale. Aujourd’hui, Cough revient avec Still They Pray, produit et enregistré par Jus Oborn, leur album le plus introspectif et la suite logique d’une discographie qui est comme le bon vin.
Pour Parker Chandler, bassiste, chanteur et membre fondateur de Cough, les dernières années ont été assez chargées, puisque le Monsieur gratte également la basse au sein de Windhand, groupe assez prolifique avec déjà 3 albums à son actif en seulement 4 ans. Cela explique surement le silence radio de 6 ans ayant précédé Still They Pray. Allant et venant d’un groupe à l’autre, inutile de préciser que Parker Chandler est désormais titulaire d’un doctorat en doom avec mention poutrelle. “Mais pourquoi s’importuner de deux groupes si c’est pour faire du doom dans les deux?”, me demanderont les plus malins d’entre vous. Et bien parce que les deux sont très différents. Si Windhand et la douce voix de sa chanteuse laisse passer une légère clarté à travers la fenêtre, Cough s’occupe de fermer les volets. Il creuse profondément les abîmes du genre humain, et ce qu’il y trouve pourrait convaincre le plus philanthrope des hommes de la laideur du monde.
Comme sur ses deux précédents opus, Still They Pray s’ouvre en grand apparat avec “Haunter Of The Dark” et son riff inoubliable, véritable débauche d’élégance sordide. “Possession” pousse lui aussi le bouchon de l’ignominie avec cette voix si caractéristique qui semble littéralement rendre toute sa haine au visage de l’auditeur, avec des vrais morceaux de rage dans le vomi.
Au milieu de toute cette animosité, on trouve aussi des moments où la vigueur baisse les bras et laisse la mélancolie s’installer, comme sur la ballade acoustique “Still They Pray”, douce mais toujours entachée par le chagrin. “Let It Bleed”, sorte de chanson 2 en 1, est la parfaite synthèse de cette fluctuation entre deux univers : Parker chante d’une voix claire et bancale sur des guitares saturées, rappelant presque l’âge d’or du shoegaze, avant de repartir dans un tourbillon de larsens torturés. Impossible aussi de ne pas évoquer la pépite “The Wounding Hours” et son orgue apportant une grâce divine à la monstruosité générale.
Le titre “Dead Among The Roses” résume bien de quoi Cough est le nom. Cough, c’est exactement ça: la mort au milieu des roses. L’immonde au sein du merveilleux. Le macabre élevé au rang du beau. Cette réunion du superbe et de l’abject est présente tout au long de Still They Pray. Avec cet album, Cough s’est intellectualisé et nous propose une œuvre plus spirituelle, parfois un peu épaisse (8 morceaux pour plus d’une heure), mais tellement bien pensée qu’il serait idiot de ne pas faire l’effort de s’y plonger. Cough a enfin trouvé la pierre philosophale qui a transformé sa musique en substance sonore précieuse. En somme, un album taillé d’une pierre de Cough.
L’ego flatté par ce jeu de mot dont le placement est de loin ce qui m’aura pris le plus de temps dans l’écriture de cette chronique, il ne me reste plus qu’à vous conseiller une dernière fois l’écoute de ce splendide album. Dans le noir, évidemment.

C’est toujours un plaisir de retrouver le power-trio texan, et pour tout dire, le plaisir est décuplé ici, car leur galette précédente, 421, est sortie il y a quelques années sur un label obscur, dans le plus coupable silence. Bref : on l’avait zappé, quoi. Plus de dix ans donc depuis le redoutable Balls Out Inn, sorti lui chez Small Stone. Dans l’intervalle, Bobby Landgraf, le guitariste et chanteur de Honky a récupéré le siège laissé vide par Kirk Windstein au sein de Down, rien que ça ! Un petit boost de notoriété qui ne semble pas non plus avoir transcendé le groupe… La présente galette sort chez Housecore Records (le label de Phil Anselmo…) – de là à laisser penser que le piston y est pour quelque chose, il n’y a qu’un pas que nous ne franchirons pas. Au niveau du line-up, Landgraf est toujours associé à JD Pinkus (Melvins), tandis que le siège du batteur relève toujours un peu du siège éjectable… Pour l’album, c’est l’occasion d’alterner quatre différents batteurs, dont des pointures comme Dale Crover ou notre chouchou Trinidad Leal (Dixie Witch). Pas vraiment un point faible, donc.
Toujours est-il qu’on ne se fait pas prier pour bouffer la rondelle de ces graveleux texans… On appuie donc sur « play » (Quoi ? Vous pensiez à autre chose ?…) et ça commence dès la première seconde par un riff phat-issime, accouplé à une basse qui le traine encore un peu plus profond dans le gras ; le morceau-titre, par ailleurs parfaitement groovy, donne le ton d’un album qui ne nous laissera pas le loisir de nous ennuyer. Faut dire qu’avec 29 minutes pour huit chansons (et demi), la messe est vite dite. Les titres s’enchaînent donc sans traînasser, bavant leurs rythmiques plombées et chaloupées de leur insolent boogie rock typique des trio d’Austin (ZZ Top pour commencer – voir « Baby Don’t Slow Down » ou « Snortin’ Whiskey », qui ne tromperont personne). Gros gros son tout du long, prod’ roborative mais efficace, et toujours teintée « sudiste » : on aime notamment l’idée des cuivres sur « Outta Season » (couvrant le son lourd et acéré de la gratte), les chœurs très Skynyrd-esques de « Bad Stones »… tout est là pour le plaisir primal de l’auditeur.
Bref, en un mot comme en mille, ce Corduroy est l’un des meilleurs albums de Honky… comme les précédents ! Ni plus ni moins, ce qui en soit donne une bonne indication sur sa qualité. Gageons que le groupe ne sera probablement jamais un groupe référentiel, un challenger au Hall of Fame ou un sujet de discussion au sein de l’intelligentsia rock ou hard rock… Mais ses ambitions sont plus modestes, bien que fort louables : entertainment, comme disent nos amis ricains. Et ils le font bien, alors ne boudons pas notre plaisir.
![Candlemass-Death-Thy-Lover-800x800[1]](https://desert-rock.com/dr/chrocd/files/2016/06/Candlemass-Death-Thy-Lover-800x8001-170x170.jpg)
Plus qu’un groupe, Candlemass est de ces légendes qui ont un jour, sciemment ou non, apporté leur pierre à l’édifice heavy metal. Celle posée par la formation de Stockolm en 1986 est un énorme pavé et a donné, en plus de quelques unes de ses plus belles lettres de noblesse, son nom au doom avec Doomicus Epicus Metallicus. Les précurseurs sémantiques du sous-genre le plus lent du metal ont depuis émaillé leur discographie de quelques albums formidables et d’autres qui le sont franchement un peu moins. Auréolé d’un statut d’intouchables, le combo se permet même d’annoncer, lors de la publication de Psalm For The Dead en 2012, qu’il s’agissait là de leur dernier album, préférant se concentrer pour les années à venir sur quelques EP (comprendre par là publier des titres qui leur plaisent, sans remplissage ni pression d’une grosse maison de disque) et quelques événements ciblés (entendre par là bien payés, en avion, s’évitant les tournées). Un statut de sénateurs du doom que mieux que quiconque Leif Edling et les siens ont bien mérité. Désormais à l’abri chez Napalm Records, Candlemass publie le très bon Dancing In The Temple Of The Mad Queen Bee fin 2012 puis quatre ans plus tard l’EP Death Thy Lover, 4 nouvelles friandises qu’aucun amateur de la formation suédoise ne pourra renier.
Quitte à ne proposer que quatre titres, Candlemass ne se perd en pas en digressions superflues et balance autant de tubes heavy, s’offrant une épique cavalcade avec la chanson titre en ouverture, deux plongées dans les contrées doom avec « Sleeping Giant », aux faux airs de Cathedral ainsi que « The Goose » probablement ce que Candlemass a produit de plus rampant. Pièce maitresse de l’EP, « Sinister N Sweet » se révèle être un mid tempo imparable porté par un riff qui fera à coup sûr lever tous les poings, même les plus septiques. On se prend alors à espérer, en cette ère où la musique subit de drôle de mutations, versant presque dans une sorte de communautarisme séparant les vinylovores des dématérialisés, que ceux – et ils sont nombreux – qui n’arrivent pas être pertinents sur un album entier prennent bonne note qu’un format plus réduit est une alternative enthousiasmante et efficace.
Avantage ultime du format EP : Les 12’s sont pressé pour être lus en 45T, or ainsi passés en 33T, la musique de Candlemass prend des allures de doom d’apocalypse pas inintéressant. Essayez c’est bluffant.
Point vinyle :
L’EP est sorti chez Napalm Records donc il y a quelques couleurs à se mettre sous la dent : du rouge (300 exemplaire, en commande sur leur site), du or (200 exemplaires, toujours sur leur site, avec un slipmate du visuel d’Epicus Doomicus Metallicus) et du classique. Faites votre choix.

Venu du Canada, Blood Ceremony ensorcelle la scène doom dès 2008 et son premier album présentant une mixture de doom à chanteuse et de folk, porté par l’ajout de l’anachronique son d’une flute traversière. Propulsé alors « Jethro Tull du doom », bien aidé par leur tournée en ouverture d’un Electric Wizard fraichement reformé, le combo se fait bien vite un nom et un son. Living With The Ancients (2011) et surtout The Eldritch Dark (2013) finissent alors d’installer confortablement Sean Kennedy et sa bande au sein d’une seine doom florissante. Ainsi, l’apport d’éléments empruntés au rock progressif et l’utilisation d’un orgue enrichit leur son et font d’Alia O’Brien, vocaliste et flutiste, le pendant lumineux de la ténébreuse et inégalable Jex Thoth.
Hélas, trois fois hélas, ce genre de recette résiste souvent mal à l’épreuve du temps et la publication de Lord Of Misrule vient à mon sens mettre un vrai coup d’arrêt à la jolie discographie de Blood Ceremony. L’album, visiblement recentré sur l’idée de produire quelque chose de plus immédiat, de complètement ancré dans les 70’s, à l’instar de son pourtant intéressant single « Old Fires », relègue bien trop souvent la flute à un gimmick nécessaire plus qu’à l’élément central du débat. Exit le doom, l’accent est mis sur cette mode du rétro rock qui a produit le pire comme le meilleur. « The Devil’s Widow » en ouverture d’album est à ce sens un cas d’école de pauvreté musicale. Par la suite l’album oscille entre sursauts (« The Rogue’s Lot », « Old Fires ») et robinet à rock tiède, ponctué de deux ballades folks (« The Weird of Finistere » et « Things Present, Things Past » ) aussi sympatiques qu’oubliables.
Définitivement pas l’album par lequel il vous faut commencer pour découvrir le meilleur de Blood Ceremony, espérons que Lord Of Misrule tienne plus de l’accident de parcours que de la voie que le groupe a décidé de creuser.
Point Vinyle :
Rise Above propose, come pour tous ses artistes, un grand choix. Outre la version noire (600 ex), vous trouverez trois Die Hard (noir à 80 ex, clear et gold limités à 150 ex) ainsi qu’une version rouge (700 ex) et une violette pour le marché US (750 ex). Autre version, une noir et or à 250 exemplaires.

La horde teutonique peut s’enorgueillir de mener une carrière à l’image de certaines de ses compositions : trépidante ! En même pas deux ans, le quintet aura débuté ses tribulations musicales, sorti un premier EP The Goat Ritual (chroniqué par ici jadis), tourné avec des pointures de la scène et même foulé les scènes de certains festivals que nous chérissons (Desertfest germain et Stoned From The Underground par exemple) ainsi que sorti un premier long format chez Svart. Qui dit mieux ?
Il faut concéder, qu’à leur actif, les Allemands comptent dans leurs rangs certains acteurs ayant participé naguère à d’autres tribulations musicales, mais que ceux qui se souviennent de Pyogenesis se lèvent (j’en vois pas beaucoup…) ! Question musique, on repend les ingrédients de la première trace en plus heavy, on fout les potards à coin et on procède au grand déballage d’un stoner sévèrement burné (excusez-moi Madame la vocaliste) baignant dans des effluves de doom pour huit titres à l’attention d’un public de lourdingues (comme vous savez si bien l’être). Du gros heavy qui tache tenacement l’esprit et se retrouve après quelques écoutes à peine à vous tourner en boucle dans la caboche.
Le point fort de cette plaque est sans conteste les performances vocales de la frontwoman, Mona, qui est aussi à l’aise dans ses plans chantés que dans les passages plus bestiaux où ses grognements font merveille. L’efficacité de ce long-format ne saurait toutefois se résumer aux prouesses vocales puisque derrière la femme, ça touche plutôt bien sa bille. « The Gatekeeper » illustre à merveille ce qui attend l’auditeur à l’écoute des 8 nouveaux titres des Germains : une construction assez simple qui débute en douceur avant d’être interrompue brutalement par quelques passages plus appuyés avec, comme renfort aux hurlements, une baisse du tempo et une légère accélération pour reprendre le headbanging puis un pont au riff implacable qui aboutit sur un solo de gratte bien senti avant un larsen final. C’est sans fioriture, c’est basique et ça fait bien taper du pied en rythme.
Les lourdingues débutants de l’assistance s’attarderont sur « Blinder », la première vidéo publiée par le groupe, un brulot frénétique d’un peu plus de trois minutes qui gagne à être écouté et réécouté tant le travail de fond est à la fois créatif et bien ficelé. Pour les lourdingues nostalgiques amateurs de compositions frénétiques, il y a une petite pépite : « Darkest Days ». Le riff de ce dernier rappelle agréablement le joyau que Mustasch commit il y a de nombreuses années : « I Hunt Alone » (une écoute plus que conseillée par moi-même au passage) avec quelques lignes vocales peu éloignées du « Darkest Days » qu’Obituary balança il y a pas si longtemps : un régal !
La perle de cet opus demeure à mon sens : « Gods » qui emprunte un chemin nettement plus soombre (qui a dit doom ?). Six minutes ralenties avec une rythmique énoorme : la basse de Constantin y est brillamment mise en avant et l’ambiance dégueulasse soulignée par les chants hystériques féminins constituent une expérience plus qu’intéressante. Une excellente sortie qui rassemblera les frappadingues férus de sensations fortes et les aficionados de heavy rock plus traditionnel.
Point Vinyle :
La crémerie Svart nous a habitué à d’excellents comestibles et ce n’est pas sur ce coup-ci qu’ils vont nous décevoir. 400 exemplaires standards black seront mis en circulation ainsi que 400 autres en rouge qui tâche avec des stries bleues. Pour compléter la panoplie : 200 plaques bleues et blanches seront mises en vente directement auprès du label.

Parfois la violence a du bon, surtout quand elle est exprimée à travers la musique. C’est ce que Rhin entend nous faire partager avec son dernier opus Passenger. Originaire de Virginie Occidentale aux Etats-Unis, le power-trio n’est pas vraiment un groupe standard, on peut même parler d’un sacré bel OVNI.
Amis de la belle mélodie et de la structure basique, vous risquez de ne pas vous y retrouver. Par contre, si vous êtes de ceux qui aiment tenter des expériences enrichissantes, là on peut commencer à parler. Car en effet, il est très difficile de placer Rhin dans une catégorie plutôt qu’une autre. Tantôt Noise/Stoner, parfois même à la limite du Sludge, il est évident que le groupe nous offre un large panel stylistique flirtant tout autant avec le Punk que l’Indus, voire le Hardcore. Et c’est exactement ce qui permet de constater qu’on a affaire à une musique des plus originales. Essayez d’écouter ne serait-ce qu’un morceau et vous aurez déjà cité de nombreuses références musicales.
Niveau ambiance, on se retrouve très vite plongé dans un univers carrément sadique, torturé et ravageur. Ne serait-ce qu’en décortiquant la base rythmique, on découvre une batterie très subtile et à des milliers de kilomètres d’un groupe de rock classique. Tout est expérimenté pour vous surprendre et vous rendre fou. Mais une douce et saine folie que le duo basse-guitare sait mettre en scène. Vocalement parlant, c’est là qu’on comprend que nos tympans vont être rongés par une énergique et grinçante rage à vous faire palpiter tous les organes. Vous l’avez compris, Passenger prend aux tripes, et, c’est juste jouissif.
Il serait d’ailleurs impossible de citer un meilleur morceau plutôt qu’un autre tant les sept titres de la galette sont inséparables et parfaitement biens agencés. Mais prenons tout de même le risque de citer « Uncle Tuck », « Basement » ou encore « Unwell » qui jouent dans la fureur schizophrène, comme une sorte d’accouplement entre Will Haven et RATM avec un soupçon de Bad Brains. Puis vous avez aussi le droit à du pur bonheur Indus/Punk/Hardcore avec « Drag My Feet », « Clay » et «Bad Timing ». Et avec « Snivlem », titre le plus lourd et le plus impressionnant de l’album, on se croirait plongé en pleine fin des années 1990 comme si ressuscitait Antichrist Superstar de Marilyn Manson. Que du bonheur !!!
Passenger est donc un pur bijou à se mettre sous la dent d’urgence, surtout si vous avez le cœur solide et la folie des grandeurs musicales.

Fans de Ghinzu, passez votre chemin : le combo belge de rock alternatif n’a en effet pas sa place dans nos colonnes. Et c’est de Gozu que nous allons parler dans cette chronique. Gozu, avec un « Go » comme dans « Gonades ». Cela tombe bien car le gang de Boston fait dans la musique couillue.
Fraichement signés chez Ripple Music (qui réalise ici une très belle opération), Mark Gaffney et sa bande s’attaquent à un sacré défi : celui du troisième album tant redouté. Album d’autant plus redouté ici qu’il a la lourde tâche de succéder à l’excellent The Fury of A patient Man qui a installé le groupe comme une valeur montante de la scène stoner.
C’est ainsi que déboule sur nos platines le très attendu Revival. Premier constat : la formule reste à peu près la même. Après s’être attaqué à une célèbre pornstar ou à Supercopter, le groupe continue ses hommages appuyés aux années 80 et 90 avec « Dee Dee McCall » et « Lorenzo Llamas ».
Le premier, dans la veine de ce que l’on a pu entendre sur The Fury of a Patient Man, capture en seulement 2’15 l’urgence, le sens du riff, et cette voix nasillarde qui font l’essence de Gozu. Un morceau bien plus sexy que la coéquipière de Rick Hunter.
Le second, dont l’intro sonne comme une reprise du célèbre « War Pigs » des non moins célèbres Black Sabbath, répand une ambiance doomesque que Gaffney, par ses lignes vocales mélodieuses, s’applique à prendre à contre-pieds.
Mais si les titres des morceaux de Gozu flirtent généralement avec le ridicule, les chansons en elles-mêmes empruntent la trajectoire diamétralement opposée. « By Mennen » par exemple qui, contrairement à son nom, est tout sauf nauséabond : construit autour d’un beat basse/batterie ciselé à la perfection par la paire Grotto/Hubbard, le titre prend du volume et de l’épaisseur avec l’entrée en scène de la guitare de Sherman et de la voix matinée de soul de Gaffney qui viendra clore a capella cette tuerie longue 5 minutes.
Comme mentionné un peu plus haut : la formule reste à peu près la même. Sauf que Gozu repousse les limites de la qualité et de la diversité avec ce Revival un peu moins facile d’accès que son prédécesseur. Le fossé séparant « Nature Boy », titre d’ouverture abrasif comme du papier de verre, et le final « Tin Chicken », doux comme la caresse d’une plume, ressemble en effet plus à l’océan Atlantique qu’au canal de Suez.
Plusieurs écoutes seront donc nécessaires pour apprécier la quintessence du tortueux « Big Casino », titre qui débute sur du fuzz « old-school » que n’aurait pas renié un Fu Manchu avant de redescendre lentement, au rythme des frappes de Hubbard, pour se poser en douceur sur la voix étouffée de Gaffney.
La formule reste à peu près la même donc, mais l’arrivée de la paire Grotto/Hubbard après des déboires de batteur et de bassiste (Grotto était crédité sur The Fury of a Patient Man sans avoir posé une seule ligne de basse sur le skeud) semble avoir renforcé la cohésion du groupe et donne à cette version de Gozu des allures de line-up définitif pour lequel le champ des possibles semble infini. Entre la brutale simplicité d’un « Oldie », ou bien ce solo sorti de nulle part qui amène « Bubble Time » sur un final incroyable, les choix proposés par le groupe sont variés. Ils font néanmoins mouche à chaque fois.
En ces temps modernes où Twitter est roi, ce Revival pas passéiste pour deux sous peut donc se résumer par #groove #riff #heavy # kickass #rocknroll. L’excellent album d’un très grand groupe.

Authentique association de malfaiteurs, The Disease Concept rassemblait en son sein quelques fins limiers transfuges, le temps d’une parenthèse tout sauf enchantée, de groupes aussi délicats que Solace, Blood Farmers, Accept Death ou Fistula. De cette rencontre, deux albums verront le jour, publiées sur de vulgaires CDr chez Goat Skull Records. Heureusement pour nous, Totem Cat – le plus breton des labels français ou l’inverse – a pris le risque de nous proposer une version vinyle du second album du gang : Your Destroyer.
Tout dans cet album sonne comme une ode aux comportements addictifs. Les titres des morceaux à eux seuls soulignent l’état d’esprit des musiciens « Life is Shit », « Bad Credits & Dead Friends », « High on Amphetamines & Love (But Mostly Amphetamines) » ou mon préféré : « Living At Home & Hiding From The Government ». Comme perpétuellement à la recherche de la Brown Note, celle qui touche avant tout ton intestin, Disease Concept travaille l’influx électrique à la lisière d’un doom/sludge poisseux, matraquant de ça de là ses convictions hardcore à grand coups de guitares à l’unisson, Thin Lizzy style. Si la finesse brille par son absence, le poisseux, l’humour (brun donc) et la puissance du disque, couplé à l’encéphalogramme plat de ce groupe qui n’en a finalement jamais vraiment été un, font de Your Destroyer un disque à part, que l’on met un temps infini à poser sur la platine mais qui finit pas la squatter durablement.
Point vinyle :
Il n’existe que 300 exemplaires de cet objet du mal, en bleu tacheté de rouge et numéroté. Par chance nous sommes pas (encore) 300 à en avoir entendu parler…

Est-il encore nécessaire de présenter Wo Fat, les chantres d’un groove-southern-rock aussi heavy que psychédélique ? Aujourd’hui 6 albums au compteur (on ne tiendra pas compte des splits et lives) et toujours cette même aisance dans un style que le groupe aujourd’hui représente à la perfection. Dans la parfaite continuité de Black Code et The Conjuring, Midnight Cometh ancre plus profondément encore la main-mise de Wo Fat sur la susbstantifique moelle du stoner. Tous les codes du style – qui porte un nom uniquement pour justifier une classification hâtive d’une scène plus riche que son étiquette n’indique – se retrouvent avec ces petits gars là. Longues plages instrumentales, du lent, du rapide, du fuzz, du groove et tutti quanti, l’album est plus exhaustif que cette liste. Mais depuis 3 albums maintenant le groupe va plus loin que juste rassembler toutes ses idées, ses plans, ses jams : ils ont maîtrisé la pierre philosophale qui transforme l’excellence en hit.
Redoutable à chaque détour de riff, efficace dans chaque placement rythmique, l’aisance texane dépasse l’entendement du quidam de passage. Aussi prenants que riches les 6 titres qui émaillent ce nouvel opus frisent l’indécence. Chaque écoute permettant de relever le degré d’affinage qu’arrive à proposer les maîtres crémiers Stump et Walter. Les deux faisant la paire, on ne peut que rester admiratif devant la constante progression en terme de composition (on ne saurait remettre en question leurs talents d’instrumentistes). Un nouveau palier est atteint aujourd’hui en ce sens. Les jams s’intégrant sans sourciller au sein de passages aux constructions plus classiques, les morceaux déroulent chacun inlassablement des moments de bravoure et de jouissance. Tant et si bien qu’avec des compteurs flirtant toujours au delà des standards, quelque soit la longueur, le temps est suspendu. Les minutes paraissent secondes et bien trop vite passent les 48 minutes de Midnight Cometh. D’une régularité presque métronomique dans ses sorties d’album, le pilier à deux têtes ne s’endort donc pas sur ses lauriers, offrant un panel houblonné de ce que le rock a de plus précieux : son esprit.
Wo Fat suinte le rock. En voilà encore qui n’ont pas bien écouté leurs mamans et qui ont préféré, aux cinq fruits et légumes recommandés, prendre des tartines de groovela et des bouillons d’orge brassé. Que ce soit pied au plancher avec le velu “Riffborn” ou dans ses ondulances massives avec “There’s something sinister in the Wind”, le trio (oui parce qu’il y a bien une basse dans l’histoire) déboite les nuques aussi facilement qu’il développe une accointance avec nos pieds désormais guinchant frénétiquement. Sachant se faire plus aérien et posé sur le mid-tempo de “Of Smoke and Fog”, osant les percusions vaudou sur “Three minutes to midnight”, Wo Fat invoque les esprits décharnés de la nuit pour venir jouir comme de leur vivant de la beauté d’une mélodie, d’un solo, d’une voix justement en retrait, d’un break au feeling outrageusement sensuel de complicité.
En un mot comme en cent, l’usine à riffs bat son plein. Et sans prendre des airs de donneurs de leçon, Wo Fat renvoie à leurs études nombre de suiveurs. Une pièce d’orfèvrerie avec du groove addictif comme sur “Le Dilemme de Detenu”, du final délié/maîtrisé sur “Nightcomer”, le tout dans une ambiance et dans une tension tenues et maintenues de bout en bout. Plus qu’une valeur sûre ce Midnight Cometh est une gourmandise de luxe supplémentaire à la pièce montée qu’est l’œuvre des texans.

Instant Boner est un groupe de Stoner/Rock qui donne dans le Psychédélisme. Originaire de Thessalonique en Grèce, le groupe propose ainsi son deuxième EP 5 titres: Outburst, disponible depuis janvier 2016.
S’il n’y avait que deux mots à retenir de cet EP, il prendrait ce genre de ton : « original et subtil ». Tout d’abord parce que la configuration instrumentale ne peut pas laisser indifférent aux premières sonorités d’un saxophone dégageant tant d’agrément artistique. Ensuite, l’ensemble rythmique et mélodique offrent un réel voyage cosmique et désaltérant. A cela s’ajoute une prestance vocale des plus justes aux tons très crooner, vous obtenez un EP très humain et bien plus Blues qu’il n’y parait.
Côté ambiance, cet EP réussit à proposer en cinq titres tout le potentiel du groupe : gros son qui tâche et qui se répète dans la tête avec « The Messiah » ou encore la très bonne reprise de « Foxy Lady » (Jimi Hendrix), ambiance américaine et musique tamisée d’un lounge bar avec « Falling Stars » et enfin volupté Blues domptée par « Lady Sin ».
Pour les amateurs de nouvelles vagues musicales qui apprécient aussi bien Fu Manchu que B.B King, Cet EP est donc pour vous. A découvrir d’urgence !!!

Un bon live, c’est toujours quelque chose à prendre et à apprécier. Un bon live sur CD, c’est déjà une autre paire de manche. Alors à quoi bon imaginer un Live qui suinte la fuzz à plein nez ? Surtout que Truckfighters n’est pas le dernier à faire dans la dentelle sonore. Pourtant, à notre grande surprise, et peut-être parce que la magie a opéré, le power trio envoie la sauce suédoise.
Enregistré le 14 novembre 2014 et en direct de Islington Academy à Londres, le groupe a su opter pour un live d’excellente qualité. Et ça, on le ressent de suite quant à la justesse vocale, instrumentale et rythmique : aucun faux pas ou de fausses notes, que du bon. Le concert offre une set list des plus classiques mais efficace (pour les habitués) pour la tournée de Universe avec une intro focalisée sur « Mind Control ». C’est d’ailleurs certainement le seul titre qui a du mal à passer en ce qui concerne le son. Mais on imagine que l’ingénieur du son venait d’entrer dans la danse un peu précipitamment. Parce que sinon, c’est du très bon : la guitare de Django pétarde à mort la Russian Big Muff (sa principale pédale de fuzz); Ozo, le chanteur/bassiste, groove à mort et semble moins renfermé que d’habitude ; puis Enzo (à l’époque) tabasse méchamment sa batterie comme pendant la subtile et non moins magnifique « The Chairman ».
Vous l’aurez compris, ce concert vous fait presque oublier que le « show » se passe dans votre salon ou dans votre voiture. Car le trio a véritablement réussi à transposer le ronronnement de leurs camions. On en vient même à rire et à se prendre dans l’ambiance des commentaires du public ou du groupe, manque juste la bière sur le tee-shirt. Puis, c’est aussi le moment de découvrir ou de redécouvrir les gros titres de l’album Mania comme « Last Curfew » ou la féroce « Monte Garnano » . On en vient même à jalouser le public ayant eu la chance d’assister à ce concert tant la merveilleuse « Get Lifted » ne peut que mettre tout le monde d’accord. N’oublions pas non plus que le groupe a plus d’une corde à son arc à nous envoyer de multiples claques auditives avec « Manhattan Project » et surtout « Traffic », qui pointent l’atout majeur du groupe : le son massif de la guitare. Et ainsi en retraçant toute la discographie des Suédois, même du split album fait avec Firestone (Fuzzsplit on the century) avec « Helium 28 », on ne s’étonne pas que le concert s’achève avec la très culte « Desert Cruiser », devenue un véritable hymne Stoner. Il serait acceptable que l’énergie se soit un peu dissipée mais c’est mal connaître le groupe, rétorquant un assez fougueux : “Qu’est-ce que vous voulez entendre ?” Et le ta-ta-ta-ta-ta-ta-ta-ta démarre pour donner une impression de gouache sans fin. Le public est possédé, et, nous aussi.
Il est donc bien aimable de la part de Truckfighters de nous offrir cette cerise sur le gâteau d’une discographie déjà des plus honorables. Car enfin, on peut emporter un concert du power trio dans sa poche, et le consommer à toute heure de la journée : qualité suédoise pour sûr.
Point collector :
A noter qu’au delà de la musique, c’est un véritable coffret collector que Truckfighters propose avec ce “Live in London”, constitué de 2 vinyls “splatter”, 1 CD, 1 download code pour l’album, et un accès vidéo bonus (vidéo à laquelle nous n’avons pas pu avoir accès à l’heure où vous lirez ces lignes).
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