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Alors que les programmes spatiaux reviennent à la mode chez les milliardaires américains, la Suède a elle trouvé une alternative moins énergivore et beaucoup plus cool pour voyager dans l’espace… La chèvre ! Appelés Goatriders, les 4 savants fous ayant développé cet art ont rassemblé dans un album intutilé Traveler le récit de leurs pérégrinations.
Et pour ce faire, Goatriders a opté pour un enregistrement en conditions live pour mieux nous absorber dans leur univers. Pari réussi car à quelques imperfections près (mais c’est ce qui fait le charme du live n’est-ce pas ?) le son de l’album est impeccable et permet d’apprécier pleinement chaque instrument. Cette qualité permet de ressentir complètement l’énergie du groupe qui semble à tout moment prêt à basculer dans du jam pur et dur. Les amateurs de basse seront particulièrement comblés au vu de la place prise par l’instrument dans le mix, mêlant puissance et groove sur “Goat Head Nebula”, rythmes flous et psychédéliques sur “Snakemother” ou des lignes plus lentes et hypnotiques sur “Wayward Sun”.
Bien que suédois, Goatriders ne fait pas vraiment dans la grosse bûche à la Domkraft mais concocte plutôt des space crottins, parfois frais et moelleux comme sur “Elephant Bird” ou “The Garden”, parfois plus bruts et bouillonnants comme sur “Goat Head Medusa” ou “Unscathed”. Les inspirations viennent aussi du côté du rock psychédéliques des années 60/70 au niveau des guitares, notamment sur “Snakemother” ou le solo de “Atomic Sunlight”.
Essentiellement portée par son énergie “live”, Traveler donne clairement envie de retrouver le groupe en concert, en espérant que ces derniers arborent les mêmes tenues que les deux voyageurs de l’artwork. Rien de révolutionnaire, mais le trip est bon et c’est bien cela le principal.

Josiah a connu sa période de plus forte activité au début du siècle, où ils ont enchaîné quelques albums très discrets, la plupart chez Elektrohasch, label bien connu – et pour cause – pour héberger les productions de Colour Haze, moins connu en revanche pour son rayonnement promotionnel, malheureusement. Probablement enfanté dans le mauvais pays (le groupe est anglais, à une période où le stoner européen est barycentré sur le plateau sud – Italie, Espagne… – ou en scandinavie) le groupe ne parvient jamais à émerger à un niveau de notoriété auquel il pourrait prétendre. Usé, le duo Bethancourt / Beasley (autour desquels plusieurs batteurs ont gravité au fil du temps) plie les gaules au bout d’une petite décennie… pour finalement décider de se reformer dix ans plus tard. Ayant capté l’attention du label américain Blues Funeral, ils parviennent donc sur notre platine avec une nouvel album, leur cinquième.
On est rapidement capté par l’instrumental « Rats (to the Bitter End »), séduisant autant par sa variété que par sa séquence mélodique de base. Les choses sérieuses commencent avec ce « Salwater » à la très maline base rythmique. On se dit que ces zicos ont compris une chose ou deux en terme d’accroche. Le constat se confirme vite avec « Let the Lambs see the Knife » lancé par une rythmique robot rock et une ligne de chant dont vous aurez du mal à vous débarrasser. Petit moment étrange que cette transition avec l’instrumental « Cut Them free », basé sur une partition rythmique à 90% identique, donc en parfaite continuité… Les gars ont dû se dire que quand on tombe sur un tel filon il serait dommage de ne pas l’exploiter 5 minutes de plus… L’occasion de pousser le titre dans des retranchements jam / psych / kraut pas désagréables…
Les compos suivantes sont à l’avenant, en tous points : couillues, imaginatives et originales, à l’image de ce « (Realise) We are not Real » de presque onze minutes empruntant autant à Hawkwind qu’à Amon Düül ou Grateful Dead, l’ensemble renforcé d’une prod fuzzée un peu modernisante, le tout étiré dans tous les sens (jusqu’à se frotter aux limites du raisonnable parfois)… Le morceau le plus « classique » vient conclure la galette, le riffu « The Bitter End », qui permet de clôturer ces 40 minutes sur une touche efficace, sans chichi, laissant un bon goût en fin de bouche…
We Lay on Cold Stone s’avère donc un disque de psych rock très intéressant, qualitatif, efficace et audacieux, voire original, sans être révolutionnaire. Tout à fait pertinent musicalement dans notre époque, reste à voir si Josiah parviendra à réunir les conditions d’une véritable reconquête : il a le potentiel pour figurer dans les groupes « en vue », devrait même être aidé par son bagage historique et sa légitimité dans le genre, mais il devra pour cela s’activer notamment sur la scène live.

Dire que le nouveau Psychlona était attendu est un euphémisme, les amateurs du quartette stoner anglais rongeaient leur frein depuis la sortie de Venus Skytrip tout juste deux ans auparavant (et réédité pour l’occasion du nouvel album). En effet, avant même la sortie officielle du nouvel opus, Palo Verde, les rondelles noires (En réalité colorées pour cette édition Deluxe) annoncent sold-out. Gageons donc que la fan base du groupe aura eu le nez creux et plongeons nous dans les 49 minutes de cette production parue chez Psycho Waxx.
D’emblée Psychlona nous immerge dans une cavalcade tumultueuse qui voudrait donner à entrevoir la possibilité d’un album qui nous laisse le souffle court, mais c’est sans compter sur son amour inconditionnel des passages éthérés et des morceaux planants. Ainsi c’est bien une galette finement équilibrée qui se retrouve entre nos oreilles. Un monde sépare un introductif “Gasoline” au rythme soutenu et “La Tolvanera” qui joue au mieux les mid tempo et glisse l’auditeur dans des nappes soyeuses de psychédélisme en approchant la fin du disque. Entre temps on croise d’habiles soli rock n’roll comme sur “Rainbird” et des compositions à la lourdeur bien sentie comme avec “Meet Your Devil”. Vous l’aurez compris, Psychlona se paye un univers complet et ne cède pas à l’idée fixe. C’est tant mieux!
En ce qui concerne les instrus tout est impeccablement maîtrisé et mixé et même lorsque les quatre musiciens s’immiscent dans un mode plus léger et fun avec “Jetplane” il n’y a rien à regretter. Régulièrement les claviers s’insèrent à merveille dans l’entrelacs des cordes et de la batterie, ne frôlant jamais le kitch ou l’outrancier. La voix est toujours posée derrière un voile de reverb apportant profondeur et suavité à un chant qui participe désormais de la marque de fabrique du groupe.
Il n’y a pas grand-chose à dire sur ce nouveau Psychlona, Palo Verde ne renie pas ses origines et accepte sa position de digne successeur du précédent opus. Un album qui joue la confirmation de son talent donc et qui offre un peu plus de qualité encore. Tout ceci ne peut que nous pousser à réclamer de les trouver programmés sur d’autres dates qu’en des pays anglophones! Si par extraordinaire quelqu’un d’avisé les programmait, il ne fait aucun doute qu’il jouerait la carte du carton plein avec une salle remplie de stoner heads avide de savourer ces nouvelles compos en live.

Un peu de recul suffit à prendre la mesure de la petite galaxie autour de Corrosion of Conformity et ses quatre musiciens hyperactifs : une palanquée de projets musicaux, pour certains émanant directement des périodes de « break » de C.O.C. (durant leur split ou leurs pauses un peu forcées, en particulier par la priorité donnée ces dernières années à Down, l’autre groupe de Keenan). Reed Mullin (batterie), au calme pendant une dizaine d’années (rappelons qu’il quitta C.O.C. au début des années 2000), n’a pas brillé dans l’intervalle par sa production discographique parallèle, ce qui ne l’empêcha pas d’initier un projet musical avec son pote Jason Browning (guitare) en 2009. Pour étoffer ce maigre line-up, Mullin reprend contact avec son ancien compère bassiste Mike Dean (basse), qui ne tarde pas à intégrer le projet, heureux de renouer avec son binôme rythmique presque dix ans après leurs dernières bacchanales musicales. Le jeune trio produit une première paire de chansons que Southern Lord sort en 7’’ en 2010 [les deux chansons figurent sur le présent disque, a priori du même enregistrement], permettant au groupe de se greffer à quelques tournées et tester leurs compos sur scène. Toutefois, le trio n’a jamais vraiment trouvé de franche « fenêtre de tir » pour être mieux mis en avant (qu’il s’agisse de tournée en headlining, de sortie de disque…), et c’est aujourd’hui seulement que le groupe trouve la voie discographique, à travers ce premier album, qui sort chez Ripple Music. Un album en quelque sorte posthume, Reed Mullin nous ayant quitté comme vous le savez en 2020. Il s’agit donc vraisemblablement ici de la première et dernière opportunité pour le groupe de se faire connaître largement… étrange situation.
C’est dans cet état de réflexion un peu ambigu que l’on se lance dans l’écoute de l’album, une écoute qui s’avère bien vite quelque peu délicate : le disque est assez difficile à cerner. Très largement porté par des musiciens qui affectionnent le jam, les titres déboulent sans prévenir, s’enchaînent sans forcément de logique claire, à l’image de cette intro instrumentale ultra mélodique (mais à la structure “à tiroirs”) qui passe le relais à “Asteroid”, un titre nerveux et groovy, que l’on croirait directement issu du répertoire de… Valient Thorr (ça vaut pour le chant aussi !). Etrange… Et ce n’est qu’un exemple, car les compos qui défilent ont au minimum deux points communs : ce sens du groove avant tout, avec toujours des rythmiques gouleyantes, mais aussi des structures alambiquées, conférant à l’ensemble un atour presque prog. La plupart des titres se développent et se déploient sur une succession de séquences, breaks, aller-retours… On est loin du socle standard couplet-refrain-couplet-refrain-solo-refrain, d’autant plus que le trio ne propose pas de titres à rallonges : avec onze morceaux pour 45 minutes, on atteint rarement la barre des 5 minutes par chanson. L’ensemble donne donc une impression roborative, d’un disque rempli jusqu’à la gueule d’idées, pour la plupart excellentes, mises bout à bout. Mais il y a peut-être trop à manger au final pour un seul repas, et le disque a du mal à passer et à maintenir la pleine attention sur la longueur… avec cette sensation paradoxale que son contenu est assez brillant en terme d’écriture. En aparté, on notera que les trois musiciens se partagent les lignes de chant sur l’album, avec une certaine réussite au global (ce qui contribue toutefois à l’impression d’un spectre musical “bariolé”).
Remis en contexte (un album-somme, récapitulatif probablement de toute l’existence du groupe), ce disque mérite bien cette densité. Débordant de riffs impeccables, de soli barrés et de courtes jams stellaires, le tout enrobé d’une prod assez sommaire mais efficace, ce disque généreux se mérite… mais il le vaut bien.

Existential Void Guardian, il y a quatre ans, nous avait laissé sur l’impression d’un Conan en début de transmutation, avec un album de morceaux courts et percutants, se détachant un peu (par ce biais) du dogme un peu trop classique selon lequel les chansons doom doivent être longues et lentes. Le rubicon ainsi franchi, on se frottait un peu les mains à l’arrivée de ce nouveau disque en se demandant quelle autre profanation le trio anglais pouvait encore perpétrer sur ce genre musical très balisé… Même pas la peine d’appuyer sur « play » pour comprendre que, déjà, cette initiative sur leur album précédent n’a pas fait un long chemin : six chansons pour plus de 50 minutes d’album… les chansons long format sont revenues au goût du jour ! Il va donc falloir se pencher sur les compos pour évaluer si, à nouveau, évolution il y a…
La première approche ne défrise pas trop le vieux doomster blasé, car au niveau style et son, le groupe est bien sur ses fondamentaux : le doom de Conan est lourd, le son est (très) gras, les riffs sont prépondérants (le chant est rare et systématiquement mixé très en retrait), alourdis par une ligne de basse bitumeuse, et l’ensemble est piloté par une batterie puissante et sèche. Quelques nappes de claviers viennent parfois étayer le tout en fond (« Grief Sequence ») mais sinon, on ne change pas une équipe qui gagne. C’est aussi le cas du line-up du groupe, inchangé (ils semblent avoir trouvé avec Johnny King un batteur fiable capable de tenir au moins deux albums d’affilée), du recours à Chris Fielding (leur bassiste) pour produire le disque (il est un producteur reconnu et réputé, et accessoirement a produit ou enregistré tous les précédents albums de Conan, même quand il n’y jouait pas…), et de leur artwork, énième déclinaison toujours par Tony Roberts de l’imagerie « médiévalo-martiale » fantasy qui est désormais indissociable de la discographie du groupe. Pas vraiment les ingrédients d’une remise en cause fondamentale, a priori…
Au niveau compos, le constat n’est pas si radical, ce qui n’empêche pas de prendre un super pied à travers ces six compos, très complémentaires. On y retrouve du très bon Conan « classique » en mode doom mid-tempo, avec les très réussis « A Cleaved head No Longer Plots » (10 minutes, un gros riff, une seconde moitié de titre plus expérimentale) et « Righteous Alliance » (presque 9 minutes, un gros riff, une seconde moitié de titre plus expérimentale… ?!?), l’un des meilleurs titres du disque, avec un final qui n’est pas sans rappeler les immenses Bongripper (ultra lourd, ultra lent). Il y avait peut-être toutefois moyen de rendre ces titres plus efficaces en les réduisant un peu sur leur portion finale, qui manque « d’accroche ». Entre les deux, on aura aussi notre dose de doom « d’école », avec le plus lent « Equilibrium of Mankind », qui traîne son riff principal, gras et rampant, sur toute la durée du morceau, avec une batterie toujours en limite de contretemps… Petite joyeuseté qu’on sentait poindre sur Existential Void Guardian (et ses incursions extreme metal), Conan assume des influences metal plus affirmées, sur « Levitation Hoax » (sur sa première partie, avec des plans proches du thrash) ou plus encore sur « Ritual of Anonymity », dont la rythmique, encore plus nerveuse, va s’inspirer d’influences hardcore metal old school tout à fait bien intégrées (voir le refrain en particulier). L’album se termine par « Grief Sequence », un titre qui porte bien son nom, traînant sur presque un quart d’heure une trame musicale à base de clavier lancinant, une sorte d’orgue glaçant et grandiloquent, qui supporte un riff d’une extrême lenteur, le tout en mode instrumental. Bien exécuté, intéressant… mais probablement un peu trop long (presque un tiers de l’album, quand même…).
Bref, la qualité est là, et ce Evidence of Immortality est, tout simplement, un excellent album de doom. Il est (à nouveau) le signe que Conan développe son « fond de jeu » : il renforce ses basiques, tout en tentant quelques trucs ici ou là (rien de trop risqué, on reste en terrain connu). Le groupe est en maîtrise, mais aussi en démonstration de sa puissance éclatante sur son domaine musical. C’est bien… Etait-on en droit d’attendre autre chose ? A l’instar d’un Monolord, dans un registre musical différent mais proche, Conan ne propose toujours pas ici d’album qui va venir transcender sa discographie : les basiques ont été posés il y a bien longtemps maintenant (avec Monnos, mais surtout Blood Eagle, son album-matrice – c’est le même constat avec le Empress Rising de Monolord… sorti la même année !) et depuis, ils perfectionnent leur art petit à petit, mais toujours dans le même sillon musical. Frustrant ? Un peu, surtout quand, dans le contexte actuel, on est sur-stimulé musicalement, avec des propositions musicales sans arrêt, et de nouveaux groupes qui apparaissent tous les jours ou presque. Mais satisfaisant aussi : faire un bon album de doom est un exercice ardu, sur lequel de nombreux artistes se cassent les dents. Inutile dans ce contexte de gâcher notre plaisir et de se prendre la tête en sur-intellectualisant la chose (surtout sur un registre musical qui convoque largement la primitivité… bien servie ici) : dans son registre, Evidence of Immortality n’est peut-être pas parfait, mais il est l’un des meilleurs albums de doom sortis ces derniers temps, l’un des plus solides, homogènes et efficaces.

On sait peu de choses de ce jeune trio, si ce n’est qu’il s’est lancé il y a trois ans à peine, à Oslo. Avouons-le tout de go : dans la marée incessante de nouvelles productions qui se déverse quotidiennement dans nos oreilles, ce groupe aurait pu passer à l’as très aisément… si ce n’était pour ce sobriquet incongru (« les mecs mystérieux ») qui nous a titillé et incité à enchaîner quelques écoutes… ce qui fut loin d’être une mauvaise idée.
Rentrer dans ce disque n’est pourtant pas chose aisée, en particulier pour celles et ceux qui ont besoin de repères clairs, car Mystery Dudes part un peu dans tous les sens. Ils peuvent par exemple se lancer dans un bon vieux doom old school (le riff de « Evil Blood » rappellera quelques titres de Electric Wizard) pour le faire déraper au bout de quelques minutes sur des pentes dangereusement heavy rock, avant de revenir en terres doom… Déstabilisant. Ils peuvent aussi aller explorer des plans plus stoner-metal (le catchy « Ghost Train », l’instrumental heavy « Mondo Hopeless »…), du mid-tempo groovy (l’instrumental « Nebula ») ou même du punk (!) avec « Mexican Stand Up » ou le plutôt bien nommé… « Punk » (!!), pas leur titre le plus réussi toutefois, mais pas ridicule, en particulier pour son final.
L’ensemble, pris en bloc, s’avère un peu difficile à digérer, et l’on en ressort tout autant séduit (les riffs sont bien là, l’inventivité est au rendez-vous…) que circonspect (mais où vont-ils ?). S’il n’est toutefois pas l’album du siècle, ce premier disque de Mystery Dudes est en revanche un indicateur évident d’un groupe que l’on doit surveiller de près, sorte de touche-à-tout dont on aimerait néanmoins saisir la substantifique moelle, qui pour le moment nous échappe un peu…

C’est peu dire que My Sleeping Karma revient de loin. Moksha, son album précédent, date de plus de sept ans, et les fans du quatuor allemand n’ont eu qu’un album live à se mettre sous la dent pendant toutes ces années. Mais sept ans, pour quatre êtres humains, c’est long, et pour ces quatre là en particulier, ce fut éprouvant, à plus d’un titre. Les musiciens et amis ont été touchés à différents degrés par tout ce qui pouvait arriver de pire : décès, séparation, maladie grave… Forcément, la vraie vie prend le dessus et la musique passe au second plan, et Atma, dont les premières notes ont été écrites en 2017, ne voit le jour qu’aujourd’hui. Dans l’intervalle, l’écriture du groupe s’est imprégnée de ces expériences, pour un résultat… déstabilisant.
Il faut rappeler que musicalement, on avait laissé MSK avec son Moksha sur une ambiance plutôt altière, débridée, mélant les atmosphères pour un résultat haut en émotions et en expériences sensorielles ; au sommet de son art pensions-nous. La surprise intervenant après les premières écoutes de Atma n’en est que plus grande : même s’il ne fait pas l’ombre d’un doute une seule seconde qu’il s’agit de pur My Sleeping Karma, la densité du disque est d’une toute autre nature. Six chansons seulement, pas d’interlude ou de titres “remplissage”, on est dans le dur pendant près de 50 minutes. Musicalement, on le dit à nouveau, les bases de MSK sont toutes au rendez-vous, à un niveau de maturité tout simplement inédit. Le jeu de guitare de Seppi n’a jamais été aussi riche et inspiré, le jeu de basse de Matte n’a jamais été aussi présent, mélodiquement et en rythmique, la frappe de Steffen n’a jamais été aussi précise et puissante, et les arrangements de claviers de Norman n’ont jamais été aussi efficaces. Ce bilan-là s’impose dès la première poignée d’écoutes.
Mais il importe peu. Ce qui émerge plus fondamentalement d’Atma n’est en réalité pas une question d’interprétation mais d’écriture, et subséquemment d’ambiance développée. Autour du concept bouddhiste de l’Atma (un concept central décrivant le soi en tant qu’entité indépendante du corps et de l’esprit, crucial dans le cadre de nombreux principes fondateurs du bouddhisme), le quatuor déroule en six actes un parcours de vie, abordant les liens sentimentaux, la libération, le chaos, questionnant le poids de la divinité, et aboutissant, avec “Ananda”, au bonheur (que l’on imagine – ou espère – retrouvé). Pour porter ces concepts, MSK développe des chansons denses, très structurées mais jamais trop prévisibles, à l’image de “Prema” (choisi pour être proposé depuis quelques mois en primeur de l’album) qui développe plusieurs variantes de son riff principal sur la première section du disque, pour se transmuter en son milieu en une phase plus dynamique, légère et enlevée. “Mukti” prend la suite avec une intention différente : commençant par un segment plus léger, il s’alourdit sur la fin pour proposer un final tout en saturation et en puissance. Chaque titre vous prend ainsi par la main, vous emmène quelque part pour, en route, vous faire trébucher ou vous jeter sur un chemin de traverse, menant soit à un champ ensoleillé, soit à un cul de sac lugubre (ce qui était plutôt rare sur les disques précédents de MSK, proposant une approche plus optimiste fondamentalement). Bref, le truc vous prend par les tripes et ne vous relâche pas pendant la durée du disque, qui ne contient aucun morceau plus faible qu’un autre.
Atma est un disque d’une vraie beauté, profond et émouvant. Il est solide, à l’image de ses musiciens, forcés à la résilience, qui se sont reconstruits et retrouvés à travers la conception de cet album. Les fans de My Sleeping Karma y retrouveront évidemment le groupe qu’ils adorent, développant des mélodies remarquables et des compositions audacieuses et efficaces. Mais Atma a le potentiel pour captiver plus largement, pour toucher plus de monde et plus profondément. C’est en celà entre autres un disque remarquable, peut-être aussi parce que sa profondeur et sa noirceur assumée en font le partenaire parfait de cette époque sinistre, proposant néanmoins des lueurs de beauté porteuses d’un léger espoir.

S’il ne fait de doute pour personne ici que Nebula est un groupe majeur de la scène, je suis sûr que si je faisais une décente inopinée dans vos playlists, Spotify ou discothèques, je serai effaré du peu de Nebula que j’y trouverais. Du Monolord oui, ça dégouline sur les étagères ou dans l’iPod Shuffle, même les albums les plus dispensables, du Monster Magnet sans problème et du Kyuss à foison, en même temps c’est de saison. Mais Nebula semble plus être dans cette étrange case du respect poli. Le groupe dont personne n’ose dire du mal sans pour autant les écouter. La faute à qui, la faute à quoi ? Au peu de tournées ou apparitions marquantes en Europe ? La Faute à Eddie ? Car Glass remplace plus qu’il ne répare et ces incessants changements de line up ont sans aucun doute contribué à diluer l’intérêt de son groupe lorsqu’il était dans la fuzz de l’âge. Pourtant le début de carrière du trio (trois ex-Fu Manchu à la base, pour rappel) est pas loin d’être impeccable, nous ayant laissé au moins deux chefs-d’oeuvre et une poignée d’EP de grande qualité. Je rajoute au pot les Peel Sessions de 2008, on ne s’y était pas trompé dans notre chronique (ici). Mais depuis ? Depuis les départs d’Abshire et de Ruben Romano, et malgré des passages plus ou moins marquants de cadors tels Isaiah Mitchell (Earthless), Adam Kriney (La Otracina, autre groupe que vous n’écoutez pas assez !), Rob Oswald (Karma To Burn) ou Ian Ross (Roadsaw) ? Depuis, Nebula continue de creuser le sillon du psychédélisme heavy, comme statué sur son vrai faux album Heavy Psych, assemblé à la hâte pour le marché japonais mais à haute teneur en acide lysergique. Et puis le split, 10 ans d’inactivité au moment même du revival stoner. C’est ce qu’on appelle une vraie gestion de carrière.
Revenu d’entre les morts chez Heavy Psych (Sounds, le label, pas l’album, suivez un peu !), Nebula est désormais le projet d’Eddie Glass (était-ce différent avant ?), flanqué du fidèle Tom Davies (ex The Freaks, un groupe que vous n’écoutez jamais, ne faites pas genre) en poste depuis 2005 et Michael Amster, batteur de grand talent vu chez Mondo Generator et Blaak Heat (un groupe qui nous manque). Holy Shit (2019) est un album aussi honnête qu’oubliable et c’est peut-être ça qui a poussé Nebula dans la catégorie des groupes dont on ne dit pas de mal sans pour autant vraiment les écouter. C’est donc dans ce contexte de désintérêt quasi général que sort Transmissions From Mothership Earth (à l’heure d’écrire ces lignes, pas une version vinyle n’est encore sold out chez Heavy Psych, il n’y a donc pas que moi qui m’en suis détourné de ce groupe). Et pourtant…
Et pourtant ce disque a tout de la petite pépite estivale avec sa grosse demi-heure de fuzz épaisse, convoquant les premières heures du trio. À quelques fautes de goût près (“The Four Horseman”, le “single” clôturant l’album), Transmissions From Mothership Earth se veut solide, porté par un Michael Amster bien décidé à faire groover le disque à chaque pattern. C’est d’ailleurs à se demander si ses interventions sur Holy Shit étaient bridées par son côté « petit nouveau », parce que le gap entre les deux albums est abyssal sur ce point. Eddie Glass semble également avoir retrouvé l’envie de jouer de la guitare (lui qui joue souvent avec une Gibson SG, à la Iommi) et les riffs de « Warzone Speedwulff » (quel titre) ou « Highwired » (simple, basique, ultra efficace) sont absolument réjouissants. Il y a du Monster Magnet dans cet album, ou tout du moins une volonté de revenir au gros psychédélisme fuzzé du début des années 90 (« Wilted Flowers », « Melt Your Head », « I Got So High ») et tous ces petits effets, tous ces gros refrains et ces moments en suspension font de ce disque une vraie surprise, comme le sont les chouettes retours, ceux pour lesquels on avait abandonné toute idée d’être surpris. Et rien n’est plus beau qu’un réenchantement, même petit, même discret, comme ça au coeur de l’été.
Point vinyle :
Cette énième sortie chez Heavy Psych est proposée en bundle, avec des tonnes de goodies, en black bien sûr, en deux éditions limitées à 100 exemplaires, l’une transparente (plutôt jolie) et l’autre en tricolore (aussi affreusement colorée qu’un cul de babouin) ainsi que 400 disques en « aqua blue », beau et apaisant comme la mer adriatique. A noter que même si les versions couleur ont tendance à être toujours un peu plus chères, Heavy Psych a carrément une politique sur le sujet frôlant l’abus total. Reconnaissons tout de même que leurs pressages black sont par contre très abordables. Est-ce qu’elle n’est pas ici, finalement, la théorie du ruissellement ?

Mantar – le duo Allemand le plus bruyant de l’histoire – revient avec un album au titre particulièrement positif : Pain is Forever and This Is The End. Il faut dire que la pandémie a pas mal affecté ce groupe qui ne vit quasiment que de concerts, sans compter l’éprouvante phase de composition de l’album : Hanno Klärhardt (guitare/chant et unique compositeur du groupe) ayant dans un premier temps jeté l’intégralité de ses compostions, peu convaincu du rendu de ces dernières. Une fois l’inspiration retrouvée, il lui a fallu quitter la Floride (et son écureuil domestique) où il s’est installé, pour rejoindre Brême pour l’enregistrement. Par deux fois il s’est rendu sur place et par deux fois il a dû rentrer pour se faire opérer du genou, suite à d’infortunés accidents (d’abord en prenant une photo de son collègue batteur au mariage de ce dernier, puis en glissant dans un centre commercial). Bref quand ça veut pas, ça veut pas. Sans parler de l’actualité déprimante, les despotes succédant aux crises qui se transforment parfois en guerre. Alors oui, la douleur semble perdurer et qui contre-argumenterait si on parle de fin du monde?
Pourtant…
Pourtant PIFATITE (non ce n’est pas un nouveau virus) a fini par sortir et il s’agit probablement du meilleur album du groupe à cette date.
Prenez les molards imparables que sont « White Nights » (Death by Burning/2014) ou “Era Borealis” (Ode To The Flame/2016) et imaginez tout un album composé avec cette efficacité : Vous avez PIFATITE. Pas que The Modern Art Of Seting An Ablaze (2018) ait déçu, quoiqu’un peu long à mon goût, mais ce quatrième essai est une totale réussite. L’énergie punk sous-jacente au sludge/black’n’roll du duo explose en surface, accompagnant des riffs simples et efficaces, sur rythmiques puissantes – « comme si je cognais quelqu’un » confesse Erinç Sakarya lorsqu’on lui demande comment est son jeu de batterie. « Grim Reaping » saisit par son efficacité, « Hang’em Low (so the Rats Can Get’em) » par son énergie (et sa poésie), tout l’album marque, jusqu’aux dernières notes d’« Odysseus », dernier et meilleur morceau de l’album. De sa pochette au sample en ouverture d’« Orbital Plus », l’album est traversé par cette idée des dangers du culte, qu’il soit personnel ou en groupe. Mantar ironise sur cette société obsédée par l’opinion, par l’obsession du flux offrant des réponses simplistes aux questions complexes.
Pain is Forever and This Is The End, avec sa fureur et ses ambiances sombres tout en gardant chacun de ses morceaux extrêmement reconnaissables, réussit le tour de force d’apporter de la lumière dans sa noirceur, du refrain dans sa bouille sludge, du rock dans son vacarme. Un grand, grand album.
Point vinyle:
Preuve que Metal Blade croit en son nouveau poulain, pas moins de 8 versions couleurs limitées disponibles, plus une box et la version noire. Bref il y en a pour tous les goûts (et pour les amateurs de CD, mais collectionneurs quand même, un édition japonaise est dispo à l’import chez Chaos Reign).

Un groupe du nom de Smoke ça peut jouer que dans une seule catégorie, celle du stoner (faites un effort, le rapprochement est pas bien difficile). De plus le groupe étant signé chez Argonauta rien d’étonnant à cette hypothèse. Pourtant ces trois gars ne viennent pas du delta du Mississipi mais plutôt du Deltawerken en Hollande (CQFD). The Mighty Delta of Time est le nom de leur premier LP qui sort ces jours-ci et bien que peu porté sur la verdure, on s’est dit qu’il fallait choper la douille / le disque au vol.
Stoner certes mais plutôt dans sa branche southern avec des grattes en picking et aux sonorités quasi lap Steel. Bref, ça joue au bottle neck et ça envoie entre deux passes aériennes : “Ride” semble poser le décor de ce que sera cet album.
Ça envoie oui, les chœurs jouent le viril mais toujours mélodieux et je lorgne ici du côté de la piste “Bereft” qui au lieu de faire la poussive est un beau véhicule pour l’auditeur. Ce titre enchaîne avec un autre tout aussi contemplatif, “Riverbed”, et à ce point on se dit qu’il n’en aurait pas fallu plus de peur de l’indigestion. Pourtant c’est bien dans cette veine que continue The Mighty Delta of Time qui, tout de stoner vêtu, est surtout planant.
Les gars tiennent sur la durée non pas par une quelconque extraordinaire beauté des compos (qui néanmoins ne sont jamais dénuées de beaucoup de charme) ; on ira chercher plutôt dans l’atypique de litanies quasi mystiques ou des lourdes cartouches tirées par la basse et la batterie sur “Time” et “Umoya” (les deux morceaux de plus de 10 minutes de l’album)
En résumé, un album qui démarre fort puis, une fois à 20.000 pieds, qui prend un rythme de planeur pour une écoute linéaire avec de beaux moments. Voilà un groupe qui porte bien son nom et rappelle les sensations du hit avant la montée planante des encens prohibés. Ceci fait de The Mighty Delta of Time un album sensible. Sensible mais pas fragile ! OK ?!

Il y a une vingtaine d’années de cela, une poignée de labels se tiraient amicalement la bourre pour faire rayonner le stoner rock sur la planète. Alone Records était de ceux-là, avec une volonté affichée de développer la scène espagnole en particulier. Le label permettait de mettre en visibilité des formations très recommandables comme Viaje a 800, Fooz, El Paramo, Cuzo, Glow, Autoa… Gloire leur soit rendue pour cette noble tâche. Dans ce fringant roster figurait Orthodox, combo de doom assez classique, à la production assez rare, qui faisait un peu figure de précieux OVNI (à l’époque les groupes de doom venaient plutôt des contrées sombres, humides et froides, et les sévillans détonnaient un peu). Pour autant, leurs disques tenaient la dragée haute aux fers de lance du genre, mais leur discrétion (peu ou pas de concerts, sorties d’albums sporadiques…) ne leur permit jamais de réellement occuper la place méritée en termes de notoriété. Pour autant, nos trois ibères ont tracé leur chemin depuis bientôt deux décennies, sous l’indéfectible support de Alone Records (très peu actif depuis plusieurs années), et reposant sur les inamovibles mêmes trois amis. Leur musique a toutefois muté avec les années, et il est intéressant d’en faire le constat à l’écoute de ce Proceed.
Du doom old school classique, Orthodox a gardé les bases d’influence : leur musique s’appuie sur ce socle de rythmiques lentes, de frappe lourde et d’accordages graves. Mais leur soif d’exploration a pris un tournant assez radical il y a un peu plus de dix ans (rendant les allusions au groupe rares dans nos pages), tandis que le groupe s’est resserré en un simple duo (Marco et Borja, bassiste et batteur), injectant à tours de bras des influences débridées, produisant des albums intéressants mais assez barrés. Cette démarche exploratoire trouve une sorte de point culminant sur Proceed, tout en proposant une approche plus cohérente, probablement liée au retour de Ricardo, leur guitariste, au bercail, après une absence de plus d’une décennie. Pour donner plus de lustre encore à ces retrouvailles et à cette ambition retrouvée, comme un coup de poker, le trio fait appel à Billy Anderson (Sleep, Melvin, Neurosis, High on Fire, Eyehategod, Acid King…) à la production, pour superviser l’enregistrement et en effectuer le mix. Ce dernier fait exactement ce qu’on attend de lui : il apporte une cohérence sonore à l’ensemble, propose un rendu parfaitement sale (ni trop, ni trop peu) et donne la puissance sonore où elle s’impose (une batterie terrifiante, une basse oppressante, des riffs subtilement prépondérants et des leads parfaitement dérangeants).
Pour autant, l’écoute de Proceed n’est pas vraiment un long fleuve tranquille, loin s’en faut, et l’objet reste difficile à avaler, en particulier pour l’amateur de plaisirs simples et de dégustations rapides : Proceed est lourd, compliqué et riche, il explore beaucoup et propose beaucoup de choses. Il illustre très bien le riche spectre de genres musicaux pratiqué par le duo/trio : d’un socle évidemment doom, le groupe va se frotter à des plans presque post rock, dérivant sur des terrains déjà déminés par les brillants Eagle Twin (« Abendrot »), indus (on croirait entendre des plans de Ufomammut sur « Starve », avec sa frappe de mule et sa basse claquante), drone (« Starve » encore), et même des passages de doom presque jazzy (la conclusion de « The Long Defeat »). Et que dire du perturbant « The Son, The Sword, The Bread », qui fait tourner l’auditeur en bourrique sur presque dix minutes de plans bruitistes aux lignes instrumentales dissonantes, que l’on croirait même pas synchronisées. Rythmiques inconfortables, riffs malaisants et breaks imprévisibles viennent agrémenter chaque titre ou presque, annihilant toute éventualité de confort auditif ou même mental.
L’ensemble est rude, âpre à l’oreille, mais addictif : on aime à redécouvrir ce disque sur la longueur, se laisser capter par l’ambiance d’un passage, la force de tel autre, écraser par la frappe martiale de Borja, étourdir par les lignes de chant toutes cachées derrière le mur d’instruments… Difficile en revanche de qualifier la qualité du disque à l’aune d’un flux de productions plus conventionnel – on se gardera donc de le doter d’une quelconque notation, mais on le recommandera aux aventuriers du son pour lesquels le doom peut s’incarner dans un prisme musical plus large.

J’ai reçu ce matin une missive de la part de Red Sun Atacama, trio parisien qui fait le stoner avec beaucoup de passion et de tripes depuis 2015 et vient de signer chez Mrs Red Sound. Je vous partage ce qu’ils m’écrivent : “Cabron, sabemos donde vives !!”. Ah les chaleureux remerciements des groupes qui nous écrivent sans cesse. Dommage que je ne parle pas espagnol, mais avec l’habitude on sait à quoi s’en tenir! Et dire que je les avais traités de menteurs lors de ma précédente chronique.
La plaque, Darwin, est un rien plus longue que la précédente mais ce n’est pas pour autant qu’elle passe moins vite. Le rythme est sans doute la qualité majeure de RSA (l’acronyme du groupe, je ne donne aucune aide financière). De bout en bout Darwin nous fait frôler l’arrêt cardiaque en explosant le métronome. Avec cette même particularité, “Furies” s’inscrit dans la droite lignée des compos de Licancabur et lorsque le tempo se calme comme avec l’intro et le pont d’ “Antares” ou le pont de “Ribbons”, c’est toujours pour mieux reprendre son souffle et remettre le pied dedans ensuite, kicks de batterie à toute blinde.
Darwin est un album majoritairement instrumental, Clém réservant sa voix acide pour les meilleurs moments comme pour “Echoes” où non content de placer ses lyrics au bon endroit il livre un parfait solo de basse accompagné de percus, juste après le solo de gratte. Cette structure démontre la cohésion entre les musiciens. Celle-ci est présente sur tous les titres. Les trois gars s’emboitent le pas à merveille et se regroupent pile quand il faut c’est un bonheur de les entendre monter en ligne pour semer la bagarre tout au long de cette galette.
Le groupe ne reste pas sur ses acquis et insère ici et là, quelques moment plus calmes. Se faisant notre trio tente une incursion vers le psychédélisme et enrichissent ainsi leur fonds de commerce. Derrière ce travail de composition on se renferme assez peu sur soi pour laisser monter l’émotion. Tout ici part du ventre (si l’on excepte le morceau d’intro à la guitare flamenco). De la rage et de la force, quelques respirations certes mais pas d’envolée extatique ou introspective. Cela n’empêche pas pour autant Red Sun Atacama de placer ici et là quelques hameçons biens malins qui viennent choper l’auditeur par la manche (notamment la moitié de “Ribbons” qui en regorge et la conclusion pachydermique de “Revvelator” ).
Red Sun Atacama ne ment pas, c’est un pur groupe de stoner qui joue vrai et ils réchauffent les os au soleil brûlant de leur musique. Ils livrent à nouveau avec Darwin un album puissant et efficace qu’il faudra aller recevoir en live avec un protège dents. Un album qui a tenu ses promesses et ravira tous les amateurs du genre. (Sigan predicando la verdad del stoner, chicos)

Est-il encore nécessaire de présenter Valley of The Sun, le quartette de Cincinnati passé sous pavillon Ripple Music Records? On n’avait plus rien entendu depuis leur excellent Old Gods et le revoici avec l’étiquette de nouvelle génération du heavy et du stoner. A user les planches du vaste monde ils sont probablement montés en grade, voyons cela avec l’écoute de leur dernier né, The Chariot.
Valley of the Sun revient avec un album résolument Stoner. Rien d’étonnant. Le groupe creuse son sillon dans le genre depuis 2010, les gars ont eu le temps de se faire les dents et s’installent dans un créneau dont rien ne semble pouvoir les déloger.
La production léchée de la plaque résonne aussi propre et forte que pour le précédent album. On y croise des Chants entêtants comme sur “headlight” et de bout en bout les cordes ne faiblissent qu’en de très rares occasions comme pour “the chariot” afin d’accompagner le suave de la voix de Ryan Ferrier ou encore les chœurs de “Colosseum.”
Les appuis bluesys de “As Decay” qui coulent comme une évidence sont aussi perceptibles aux détours de morceaux gonflés à la testostérone. Car les morceaux savent montrer les muscles à la façon de “Sunblind”, blues rock sur vitaminé sans pour autant que l’enrobage sucré ne fonde totalement, en particulier avec l’à propos d’un passage à l’orgue bien senti.
Valley of The Sun confirme sa place et son identité. Pile là où on l’attendait The Chariot est plus qu’un véhicule lancé pleine balle, il s’agit d’un bonbon aussi doux qu’acidulé pour lequel on remet la main dans le paquet sans aucune culpabilité.

Les anglais de Desert Clouds sont de ces groupes qui portent très bien leur nom avec leur mélange de stoner rock à l’influence grunge très marqué et des sonorités psychédéliques appelant à l’évasion. Un brin taquin, ces hippies du grunge vont plus loin que le Brexit en nous proposant un très tentant Planexit.
Presque comme un cliché, le morceau éponyme ouvrant l’album rassemble toutes les qualités du groupe. Riff bien efficace basse grassouillette, chant écorché, on n’a à peine le temps de se chauffer la nuque que le morceau décolle pour filer vers des étoiles lointaines et stationner autour d’une flûte enchantée. On retrouve ce schéma grunge/psyché sur des morceaux comme “Staring the Sun at Midnight”, “Deceiver” ou “Speed of Shadow” mais avec des constructions plus ou moins différente. Les deux premiers morceaux jouant sur la répétition d’un riff avec une intensité crescendo alors que “Speed of Shadow” donne une plus grande place aux ambiances psychédéliques et sonne comme si les Doors étaient nés à Seattle.
Le groupe pousse cette atmosphère aérienne sur “Wheelchair” ou “Pearl Marmalade” mais conscient de ne pas endormir son auditeur, l’album est aussi parsemé de titres au son grunge plus énervés et rythmés comme “Mamarse”, “Willow” et “Revoltionnary Lies” qui viennent à chaque fois contrebalancer un des morceaux cités plus haut.
Dès la première écoute, on identifie le chant comme atout principal de ce “Planexit”. Forcément influencé par un Chris Cornell des premiers Soundgarden, il évolue aisément pour coller au timbre d’un Eddie Vedder sur “Pearl Marmalade” et “Deceiver” (en plus heavy sur ce dernier) ou de Jim Morrison sur l’errance 60’s de “Speed of Shadow” et intensifier le voyage musical. Car même si musicalement tout est carré et efficace, il manque à certains riffs ce côté entêtant qui permettrait à un titre comme “Staring at the Sun at Midnight” de passer dans une dimension plus épique. On sent cependant que Desert Cloud préfère travailler ses ambiances notamment avec une basse assez présente dans le mix (sur “Staring at the Sun at Midnight” encore lui comme par hasard mais aussi sur “Willow”) et pas mal de passage qui ont dû boucler pendant les répétitions (“Wheelchair”, “Pearl Marmalade”, “Planexit”).
Sans rénover son monde, Planexit est un album sérieux et intelligent dans sa tracklist qui prouve à nouveau que le mariage entre psyché et grunge est possible. Après tout, les hippies et les gosses des années 90 aimaient bien s’habiller de manière douteuse.

Nous avons jusqu’ici toujours été séduits par les productions de ce groupe australien au patronyme peu enthousiasmant. Derrière son frontman Paul Holden, les musiciens vont et viennent entre chaque sortie, sans que l’on n’ait senti de vraie fluctuation dans l’inspiration du groupe (ce qui laisse supposer le poids de son influence…). En progression constante, on espérait donc encore une bonne surprise après le déjà excellent The Balance of Nature Shifted sorti il y a deux ans.
Quelques écoutes suffisent à constater que le groupe ne s’est pas perdu en route, solide sur ses fondamentaux. Le premier de ces fondamentaux concerne sa production : sans jamais se départir de son son (un mix basse-batterie très classique mais solide, et une surcouche mélodique à renforts de guitares essentiellement) le groupe injecte une vraie réflexion dans ses choix de prod, sons de guitare, rares mais bienvenues nappes de clavier (pour des plans plus atmosphériques comme sur « Caged Animal » ou old school type orgue 70’s comme en fond sur « Scared »), chœurs parfois… avec l’efficacité comme leitmotiv. Sur ce socle de stoner mélodique nerveux gentiment fuzzé vient se greffer le chant de Holden : mixé bien en avant, il est décisif, sans pour autant se reposer sur une technicité ou originalité hors du commun – au service des compos uniquement. Bref, un savant équilibre, ajusté chanson par chanson, rarement mis à défaut.
Le dernier élément différenciant qui positionne ce You are Weightless dans le haut du panier est cette qualité d’écriture, en tout point remarquable : au bout d’une dizaine d’écoutes l’album devient addictif, et les écoutes suivantes viennent finir l’engrammation des chansons, que l’on se prend à fredonner inconsciemment à tous moments de la journée ensuite. Le phénomène est d’autant plus impressionnant avec le recul qu’il s’applique à 80% de l’album (il faut dire qu’avec 7 titres et 40 minutes de musique, Foot n’a pas pris le loisir de faire du gras, tout va à l’essentiel). Votre serviteur goûte un peu moins les mid-tempo (pourtant très catchy) que sont « Fire Dance » et « Caged Animal », mais difficile de critiquer le très malin « Gold Lion », « I’ll be just fine » (un riff impeccable, illuminé par un arrangement presque power pop brillant et un final de toute beauté avec une section de cordes en fond), ou encore le très heavy « Impossible ». Et que dire de ce prodigieux « Bitter », petite perle de robot rock groovy imparable, dont le lick de guitare (qui rappellera les meilleures inspirations de Josh Homme du début du siècle ou encore les illuminations plus récentes de Patròn) aura bien du mal à vous sortir de la tête.
Ce nouveau Foot, probablement leur meilleure galette à ce jour, est non seulement un excellent point d’entrée pour redécouvrir le quatuor de Melbourne, mais surtout un très bon album tout court. Il a de quoi séduire tout amateur d’un stoner rock travaillé, mélodique et efficace.
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